Anne R. 31 ans, présente :
De la terre à la mer : la Patagonie dans son quotidien
Chili
J'aime la Patagonie chilienne parce qu'elle ne cherche pas à vous séduire. Parce qu'elle est elle-même. Rude, parfois hostile, elle impressionne autant qu'elle fascine. Elle ne s'offre pas au premier venu : elle se laisse désirer... Et c'est à vous de vous adapter, pas à elle. Cette région est l'un des rares endroits où l'on peut encore se sentir loin de tout. On respire un grand coup, on vide son esprit, on revient à l'essentiel. Un territoire où la nature vous dépasse et vous laisse, parfois, sans voix. Sauf quand vous faites des rencontres : longues discussions assurées ! Les heures de marche dans ses paysages démesurés, ses villages isolés où le temps semble s'arrêter, les longues discussions avec les habitants autour du poêle brûlant, les "rios" turquoises, les rencontres inattendues et toujours chaleureuses, les soupes chaudes avalées après de belles randonnées, les pêcheurs qui vous échangent d'énormes "centollas" (crabe roi) contre des paquets de cigarettes et des gâteaux, le quotidien partagé avec les habitants rencontrés, l'entraide, les sublimes glaciers qui tombent directement dans l'océan et les canaux de Patagonie, interminables et sauvages. J'aime toute cela à la fois. Elle en impose, voilà tout.
Expert serait bien prétentieux de ma part... Disons plutôt que je suis fascinée par cette région. Entre la remontée des canaux de Patagonie à la voile pendant plusieurs semaines, la traversée de la Terre de Feu en stop, quelques navigations autour du Cap Horn et de ses îles alentours (dont une promenade sur le rocher, oui c'est possible !), la descente de la "carretera austral" à pied et en stop, de villages en villages, et les nuits passées chez l'habitant... les mois passés dans cette région ont été l'occasion d'en voir les multiples facettes. Je peux vous garantir que j'en suis revenue bien moins frileuse !
Un jour, je décide de quitter Ushuaia, où je me trouve depuis quelques mois déjà. C'est décidé : je file côté chilien voir la "carretera austral". La veille, alors que je rejoins le bus qui me mènera à la frontière, je me tords la cheville. Qui double de volume. Je monte quand même. Quelques heures plus tard, le bus s'arrête à un kilomètre du poste-frontière. Je termine donc le trajet à pied, en boitillant, sac sur le dos. Un peu surpris de voir arriver une voyageuse en marchant, les douaniers tamponnent mon passeport d'un oeil intrigué. "Le prochain village est à 7 km, tu devrais demander à une voiture de te déposer" me suggèrent-ils. Une dizaine de minutes plus tard, un couple et leurs trois enfants entrent dans les bureaux. - "Tu vas où ? - A Chile Chico, vous pouvez m'y déposer ? - Bien sûr, monte ! Et tu vas où ensuite ? - Je ne sais pas trop encore... - Alors tu restes déjeuner avec nous ! - Euh... d'accord ! - Ah, et puis tu peux rester dormir aussi, si tu veux !" Et voici comment je suis restée une semaine dans leur maison, à apprendre à cuisiner empanadas, sopaipillas, soupes et autres plaisirs gustatifs autour de l'unique poêle de la maison, à discuter de longues heures sur la région, à m'initier aux joies de la télé novela à la chilienne... et à reposer ma cheville foulée !
Ca donne vraiment envie d\'y aller! Un jour, peut-être... Bon voyage!
Un bien joli récit qui donne envie de fouler les pas de celle qui l'a écrit tout en essayant de garder ces notes d'humilité, d'observation et d'ouverture aux autres. On en redemande !