Allibert - Montagnes et déserts
 
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03/09/2007 à 18h32 - Mongolie - trek en Altai

Eleveur Kazakh

> Auteur Nadine P. / Voir ses carnets
> Ce carnet a été réalisé pendant : LE PAYS DE L'HOMME DES NEIGES


Diaporama (44)
Oulan Bator le palais du parlement
Oulan Bator Gengis Kahn
Oulan Bator Monatère de Gandan
Oulan Bator un immense bouddha doré de 25 m
Oulan Bator Le palais du Bogd Kaahn
Oulan Bator Le palais du Bodg Khaan ; raffinement d'une porte
Oulan Bator Palais du Bogd Khaan - les crêtes des toits sont ornées d'animaux
Oulan Bator une page de pub
Oulan Bator detail d'une pub
envol pour Olgi dans le petit bimoteur à hélice, les points blancs, se sont des yourtes
arrêt à Tosontsengel pour une escale technique
Olgi, sur le marché
Olgi un side car
Olgi Sur la grand place, une famille Kazakhe se prépare à un mariage
Le lac Tolbo
notre minibus une sacrée bête !
Premier camp Premier campement près des yourtes
un jeune visiteur venu à cheval avec son grand père
et son grandpère
nos chevaux les chevaux des chameliers
Les Tsambagarav
quel paysage !
arc en ciel
oulan & bator nos deux nouveaux amis
le glacier
le lac Vert
sur le glacier
immensité
rencontre
un autre glacier
yourtes des eleveurs
yourte kazakhe
modernité
de la visite
chez des eleveurs
leurs chevaux
autre campement nous quittons les Tsambagarav
pas gêné ! pourtant il y a de la place autour ...
séchage
descente vers le lac
le lac Bayan
autour du lac
arizona ?
enfin la plage !

Très beau trek en Altaï,  aux confins de la Mongolie, une enclave Kazakhe située dans le massif des Tsambagarav. Une autre Mongolie, celle des massifs montagneux culminant jusqu'à 4200 m.

Puis extension du voyage pour une semaine à Pékin « un an avant les J.O. »

 

21 juillet 2007

Pour Oulan Bator, pas de vol direct, nous passons par Moscou, vol moyen courrier de 3h40, en Airbus A319. A Moscou ajouter deux heures à sa montre.

Moscou- Cheremetièvo : terminal totale déprime : bienvenue dans les années 70 ! Il n'y a pas suffisamment de places assises pour des centaines et des centaines de voyageurs en transit. Beaucoup de personnes sont allongées à même le sol dans des sacs de couchage, les marches des escaliers sont squattées par les voyageurs, le tout dans  l'indifférence générale des autorités aéroportuaires et du personnel blasé. Alors un tuyau, s'installer à la cafeteria du premier étage, juste à côté d'un magasin de souvenirs et attendre tranquillement qu'une des serveuses veuille bien se décider à prendre votre commande, ce qui prendra déjà une bonne heure et demi, ensuite commander et rester encore quelques heures pénard, personne ne vous dérangera.

Moscou  - Oulan Bator, en Tupolev d'apparence un peu fatigué mais le vol sera très confortable, car nous aurons l'immense chance d'avoir des places près de la sortie de secours et donc beaucoup de place pour étaler les jambes. Survol des villes de Omsk, Novossibirsk.   

22 Juillet

Arrivée matinale à l'aéroport Chinggis Khaan. Bâtiments très modernes. Le ciel bleu est d'une pureté incroyable, la luminosité est éblouissante, l'air est frais. Ajouter encore quatre heures à sa montre.

Des montagnes de taille moyenne entourent la capitale Mongole, impression d'immensité et de bout du monde. Les maisons de banlieue sont pour la plupart en bois et peintes de couleurs vives, des yourtes blanches sont parsemées ça et là.  

Oulan Bator, un million d'habitants,  est chauffée l'hiver grâce à quatre centrales au charbon qui crachent leur fumée blanche, d'énormes canalisations calfeutrées parcourent l'espace entre les maisons et les trottoirs, passent aussi parfois au dessus de la chaussée comme un pont. Il est impossible de les enterrer à cause du gel, la température peut descendre l'hiver jusqu'à moins quarante. Je lis dans mon guide que les sans-abris se refugient l'hiver sous ces énormes canalisations de chauffage urbain.

Nous descendons à l'hôtel Zaluuchuud où nous nous écroulons pour quelques heures de repos.

Treize heures, on cogne à la porte, c'est Bilgoun notre guide qui vient nous réveiller, on n'a pas entendu la montre sonner. Alors, un peu dans le coaltar, nous partons faire un tour en ville. Sur la place principale, qui porte le nom du héros de la révolution mongole Sukhbaatar, il déclara l'indépendance de la Mongolie en juillet 1921 face à l'occupation chinoise.  

Peu de monde, c'est dimanche, un énorme building (un futur hôtel) en construction vient défigurer l'espace, les 4x4 flambant neufs croisent des camionnettes ou des voitures plus modestes.  On ne peut pas dire que la ville soit belle ni laide, il n'y a pas vraiment de style, c'est un mélange d'architecture stalinienne à la Russe avec un petit air Chinois ... les deux grands voisins ! On y croise aussi bien des personnes vêtues à l'occidentale que des anciens vêtus de façon traditionnelle dans leur long manteau (le del) et leur ceinture de couleur.

Devant le palais du Parlement, une énorme statue de Gengis Kahn. En Mongolie il fait l'objet d'un véritable culte. Et dans cette ville moderne, les publicités vantent les sports prisés par les Mongols : lutte, courses de chevaux, le tir à l'arc ...

23 juillet

Visite du Monastère de Gandan qui redevint après la chute du communisme, le siège d'une intense activité religieuse, il est le plus important de Mongolie. On y accède par une porte de type pagode. Le bâtiment principal est de très belle architecture tibétaine à la base, puis un double toit de style pagode chinoise. Visites des  temples bouddhistes somptueux, ornés d'or et de pierres précieuses. Ils résonnent aujourd'hui des chants et cérémonies des moines qui y vivent.

Puis nous montons au Belvédère, d'où l'on peut admirer les alentours. Un superbe bouddha doré de 25 mètres trône au dessus de la ville.

Nous passons le pont de la paix qui enjambe la rivière Tula, laquelle se jette dans le lac Baïkal, puis dans l'Arctique.

Visite du palais du Bogd Khaan. Une grande sérénité se dégage de ce palais composé d'un superbe ensemble de temples tous plus beaux les uns que les autres. Ces derniers abritent de nombreuses œuvres d'art bouddhistes, statues de bouddhas et de divinités, tangkas datant du début du siècle, soies brodées, un régal pour les connaisseurs ... Les crêtes des toits sont ornées d'animaux censés protéger les temples des esprits malfaisants, ils sont toujours par nombre impair. Enfin avant la sortie, un musée ou l'on trouve des objets ayant appartenu au dernier Bogd Khaan, des animaux empaillés, des carrosses ...

Dans la religion bouddhiste, le Bogd Khaan est le troisième niveau hiérarchique après le Dalai Lama et le Panchen Lama et Jebsundamba fut le premier mongol à atteindre ce rang.

Visite du musée des Beaux Arts Zanabazar

Zanabazar (1635-1724) fut l'équivalent du dalaï-lama Mongol, homme de religion, il conçut un nouvel alphabet, il aimait la littérature et les beaux-arts mais fut surtout un grand sculpteur. Ses œuvres sont donc exposées dans cet intéressant musée. On peut y admirer aussi des mandalas en soie, ce sont des représentations du paradis bouddhiste, ils peuvent être ronds ou carrés, la broderie demande un travail très délicat et très fin. Magnifique collection de tangkas, peintures sur tissus, dont les couleurs principales sont le rouge, bleu, blanc, jaune, vert. Belle collection de broderies et appliqués en soie  dont l'apogée fut au 18ème avec l'arrivée du bouddhisme en Mongolie, les pièces peuvent faire de la taille d'une boite d'allumette et jusqu'à 10 sur 18 m, prévues pour décorer des temples ou des rochers.  Intéressante collection de masque de Tsam qui est une dramaturgie bouddhiste introduite au Tibet. Les masques de Tsam sont très colorés et raffinés, ils peuvent peser jusqu'à 30 kg. 

On peut aussi observer une yourte Mongole (ger en Mongol, le mot yourte est d'origine turque) et ses six murs. Les yourtes Kazakhes sont plus grandes, elles peuvent avoir jusqu'à dix murs. Elles sont plus richement décorées notamment de tentures. Petite galerie de peinture Mongole dont celles du peintre Sharav (le Bruegel Mongol)  dont une que j'aime beaucoup « un jour en Mongolie »  représentant des scènes de vie peintes avec humour.  

24 juillet - Départ pour le trek

Vol pour Bayan-Olgi, dans un petit Antonov 21 un bimoteur à hélice de 40 places, nous ferons 1 650 km vers l'Ouest du pays, aux confins de la Russie, de la Chine et du Kazakhstan. 

Après une heure trente de vol, escale technique à Tosontsengel, un minuscule aéroport perdu au milieu de nul part, atterrissage en douceur sur la piste de terre. Et pendant que notre avion fait le plein, nous avons juste le temps de déjeuner d'un plat de truite et de riz, gentiment commandé par notre guide, dans le petit resto de bois.

Puis nous remontons dans le petit Antonov où le pilote dans son uniforme, nous attend près du cockpit. Après une heure et demie de vol, arrivée à Bayan-Olgi (30 000 habitants). Bayan signifie district (aimak). Cette région est une enclave Kazakhe, on se sent plus en Asie Centrale qu'en Mongolie. Les habitants de cette région sont principalement musulmans, au milieu du 19ème siècle, ils ont fuit la colonisation Russe. De nos jours le gouvernement Kazakh leur propose de s'installer à nouveau au pays.

Entretemps les nuages se sont amoncelés, nous atterrissons sous la pluie, on teste les k-ways et/ou capes de pluie ... Nous faisons connaissance avec notre chauffeur, un gars costaud et taciturne et grimpons dans un véhicule gris tout terrain du genre minibus 4x4, délicatement parfumé au gas-oil. Nous traversons les pistes de terre vers la ville, il n'y a pas de route goudronnée. Nous apercevons la mosquée. L'hôtel Duman est  assez terne et tristoune comme le reste de la ville, mais l'accueil est sympathique, les chambres sont propres, il y a même une salle de karaoké et une table de ping-pong pour le divertissement... Pour l'eau chaude, faut pas rêver, il n'y a que les douches municipales qui soient équipées ... un(e) vrai(e) trekkeur(se) ne se plaint jamais !  

Construits sous l'époque soviétique, les immeubles sont maintenant décatis, des yourtes parsèment ça et là le paysage et comme il pleut c'est encore plus triste. La ville paraît bien pauvre, mais les gens sont avenants et curieux de voir des étrangers.  

Dîner à l'hôtel dans une salle de resto kitch à souhait, mais nous savourons une délicieuse soupe aux légumes « maison », un plat de riz et de la viande de bœuf.

Le district de Bayan-Olgi est un des plus pauvres. Notre guide nous explique comment les catastrophes climatiques de 2000 à  2002? en fait, des sécheresses à répétitions et des vents extrêmement violents (les dzüüds) ont entraîné la mort de millions de bêtes, obligeant de nombreuses familles d'éleveurs à vendre leurs biens et à émigrer vers les villes et grossir la population des plus démunis. Le district de Bayan-Olgi a été le plus touché.

25 juillet  

Avant de partir enfin pour le trek tant attendu et pendant que notre guide s'en va faire quelques courses en ville, nous en profitons pour déambuler autour de l'hôtel, nos pas nous mènent vers la grand place où il ne se passe pas grand-chose. Mais soudain quelques voitures décorées de guirlande font irruption, ce sont des futurs mariés et leur famille. Ils descendent tous et bientôt se préparent à la photo de groupe. Nous apercevant, ils nous demandent de venir et voici l'occasion inespérée de faire des photos, nous d'eux et eux de nous ...

Puis nous nous retrouvons près du marché, rencontre avec deux cyclistes Australiens qui pédalent jusqu'au Népal ...

Dans la matinée, départ pour le lac Tolbo,  dans le minibus décrit plus haut, lequel ayant connu des jours meilleurs, n'en reste pas moins une sacrée bête (comme la suite du voyage nous le prouvera). Nous traversons des paysages de moyenne montagne pour arriver vers midi au magnifique lac. Le minibus se gare à une bonne centaine de mètres de la rive pour le pique-nique. Je décide quant à moi d'aller me laver les mains au bord de l'eau, mais impossible d'en approcher, un bourdonnement m'arrête, ce sont des milliers de moustiques ... Retour exprès près du minibus  où il y en a beaucoup moins mais quelques uns ... suffisamment pour sortir l'anti-moustique et une seule chose à faire : spoutcher ! Puis, après déjeuner et afin de nous dégourdir les mollets, nous escaladons les rochers, non sans avoir évité les hordes barbares (de moustiques)

Nous reprenons la piste qui devient de plus en plus chaotique et pas de chance un pneu crève ! Notre chauffeur qui est aussi un bon mécano (forcément) changera la roue sans problème. Les passages de gués se font plus fréquents, jusqu'au moment où ce sont carrément des torrents.  Provoqués par les pluies récentes, ils sont de plus en plus nombreux, la piste est coupée,  notre chauffeur est un as du volant ! Sa tactique est de remonter rapidement le courant et soudain braquer, le courant le propulse pour remonter sur la rive d'un bon coup d'accélérateur et nous voilà sur l'autre rive comme par miracle ! Waouh même pas peur !

Nous arrivons à environ 2000 m près d'un campement de yourtes (l'aïl). Le paysage est superbe, on aperçoit maintenant la neige sur les sommets. Les chameliers et leurs chameaux de Bactriane arriveront plus tard dans la nuit.

Au petit matin en sortant de ma tente, j'aperçois deux énormes silhouettes bossues, présentations : Oulan et Bator nos deux nouveaux amis ... Enfin c'est comme ça que nous les avons baptisés car ils n'ont pas de noms.

26 Juillet  

Enfin le trek commence. Lever 8h00, départ 10h15, le temps d'organiser le départ avec deux chameaux, il en était prévu trois mais l'un était malade. Ils grognent quand on les charge et râlent pour se relever, c'est dur pour eux les premiers jours. Montée sous la chaleur vers le col, vers la face Ouest du massif, à 2 900 m.  Les langues glaciaires apparaissent peu à peu au fur et à mesure que nous avançons vers les Tsambagarav. 

Délicieux déjeuner d'une salade et d'un plat chaud que nous a préparé notre cuisinière. Nous serons choyés comme des princes par cette jeune femme au demeurant excellente cavalière. Bilgoun notre guide nous explique comment la viande qui sera notre base d'alimentation est préparée afin de la conserver : elle coupée en petits morceaux, généreusement salée, puis cuite afin qu'il n'y ait plus d'eau. Il reste la viande et la graisse. On rajoute encore un peu de sel, on referme le bocal, la graisse recouvre la viande, ce qui permet une conservation parfaite pendant une dizaine de jours.

Descente près d'une cascade puis nous passons près  d'un camp de yourtes. Nous nous installons ensuite sur une superbe prairie d'altitude, face au glacier, pure merveille que ce paysage !

Les chameaux enfin débarrassés de leur charge broutent tranquillement en s'éloignant, au bout d'un moment, le chamelier doit aller les chercher à l'autre bout de la prairie, je comprends pourquoi il a besoin de son cheval ...  Des cavaliers surgissent de temps en temps, on se demande d'où ils sortent car, à priori, on  ne voit rien à l'horizon. Jeune ou moins jeune emmitouflé dans un grand manteau (le del) ceint d'une belle ceinture de couleur vive. Curieux, ils viennent jusqu'à la tente mess pour discuter avec les chameliers et notre guide et repartent ensuite comme ils étaient venus. La plupart du temps, ils nous proposent un tour à cheval ou bien une invitation dans leur yourte, mais on ne peux pas être de toutes les sorties ....

Il suffit de s'absenter pour le dîner, pour qu'un troupeau de chèvres (au pif 300 bêtes) vienne brouter près de nos tentes, on chasse quelques biquettes trop pot de colle, particulièrement celles qui commencent à goûter les cordelettes de nos merveilleux abris jaunes vifs estampillés « Ze North Face »...

Le soleil se couche et le ciel soudain devient tout rose, puis les montagnes se parent d'une couleur rouge, la lune apparaît derrière le glacier, la nuit est claire, pur bonheur ...   

En milieu de nuit ... ça broute près de la tente ... des petits chevaux ? 

27 juillet  

Au petit matin, la vue est magnifique, le glacier est là juste en face. Un troupeau de chevaux traverse la prairie au galop, ici c'est le paradis pour eux !

Nous commençons notre journée par une ascension dans les cailloux et les rochers jusqu'à la langue glaciaire d'une épaisseur de plusieurs mètres. Nous arrivons au lac Vert, un petit lac glaciaire.  Puis nous prenons la crête sur une bonne longueur pour arriver au pied du glacier. Les conditions météo sont bonnes aujourd'hui pour marcher sur le glacier ce qui n'est pas toujours le cas ; c'est au guide de décider.  

Les premiers mètres sont un peu raides, il faut faire attention à ne pas glisser, mais très vite nous arrivons sur un faux plat et le panorama s'avère alors purement magique. Le froid se fait mordant, le vent glacial nous cingle le visage, on met les bonnets et capuches. Au fur et à mesure que nous avançons les ravines d'eau se transforment en petites torrents de plus en plus violents. Plus haut nous admirons de magnifiques séracs. Nous avançons encore jusqu'au moment où il faut faire demi tour, les torrents se transformant en crevasses infranchissables.

Nous redescendons sur un autre versant, traversant des tourbières et la prairie bosselée de mottes de terre, le gel en hiver est tel qu'il soulève les mottes de terres gorgées d'eau ... Cela fait un sol bosselé, il faut sauter d'une motte à l'autre.  

On peut observer ça et là quelques fleurs minuscules, l'herbe est rase,  la végétation est vraiment miniature, le printemps commence très tard dans la saison et en septembre ou octobre arrivent les premières neiges, la température peut descendre jusqu'à moins quarante, autant dire des conditions difficiles pour la végétation.

Des cavaliers s'arrêtent et viennent discuter avec les chameliers, ce sont des bergers qui surveillent leurs troupeaux, fusils à l'épaule, ici on fait leur affaire aux loups...  

28 juillet

Après une balade dans la prairie, nous sommes invités dans la yourte d'éleveurs Kazakhs. Nous quittons nos grosses chaussures de rando et laissons sacs à dos et bâtons dehors. Nous rentrons dans la yourte en passant par la gauche et nous asseyons sur des tapis à  même le sol dans un ordre bien précis, au centre les plus âgés à la place d'honneur et ensuite, plus on s'approche de la porte, ce sont les plus jeunes.

Sur une petite table, du fromage, du thé, des petits pains, de l'airak (lait de jument fermenté) que je goûte et trouve tout à fait à mon goût, le breuvage étant de la veille ... je n'aurai pas l'occasion d'en goûter du plus fort ...

Au milieu de la yourte, le poêle dans lequel on fait bruler l'argol, les bouses de chevaux ou de chameaux, elles sont ramassées par les enfants et stockées à l'extérieur. Il n'y a aucun arbre, aucune végétation a part l'herbe rase pour les animaux ; le régime alimentaire est donc principalement à base de viande et de laitages.

La yourte est un endroit douillet, protégée du froid dans un cocon de feutre, elle permet de passer des hivers plus confortables car le froid peut être extrêmement mordant. Quelquefois les yourtes sont équipées d'un panneau solaire, d'une parabole et d'un téléviseur.

Le maître de maison nous demande de venir admirer son aigle, attaché au pied d'un rocher. La chasse à l'aigle se pratique d'octobre à janvier, en été il est attaché non loin de la yourte. Les aigles sont entraînés pour chasser le renard, les lièvres. 

Le cheptel Mongol s'élève à environ 31 millions de bêtes (pour une population de 2, 6 millions d'habitants), l'élevage est donc très important. Il se compose des "cinq museaux" : chameaux, chevaux, yaks, moutons et chèvres, divisés en "pattes longues" et "pattes courtes", sans oublier les chiens domestiques qui gardent les yourtes.

Nous continuons notre périple vers la face Nord des Tsambagarav et faisons un arrêt belvédère au dessus d'un campement de yourtes, puis descendons le chemin de pierres, les bergers nomades nous attendent pour boire le thé. Ils sont fiers de leur bel élevage de chevaux.

Puis nous descendons vers une vallée encaissée qui fait face à une nouvelle langue glacière accrochée au versant de la montagne.  Nos chameliers sont déjà arrivés, ils ont monté la tente mess. Soudain il se met à pleuvoir, vite il faut monter les tentes, très vite tout est mouillé, dans la précipitation nous cassons un arceau, panique à bord, il faut vite trouver une solution, notre guide nous prête un des siens, il le réparera plus tard ... Vite vite mettre les sacs à l'abri ... Ouah les matelas sous la pluie ..  

29 Juillet

Nuit calme mais vers 5h du mat pluie dense et froide. Vers 6h30 le vent se lève, le torrent en contrebas gronde de plus belle ...  une belle balade était prévue aujourd'hui, je sens que ça va pas le faire.

Pendant le petit-déjeuner, la tente mess dégouline et fait des poches d'eau qu'il faut secouer de temps en temps, le vent souffle de plus belle. Nous attendons l'accalmie en jouant aux énigmes, ambiance sympa. Mais pourquoi personne n'a-t-il pensé à apporter ne serait-ce qu'un jeu de carte, on aurait pu jouer au pouilleux, se faire une bataille ? A midi il pleut toujours,  il faut resserrer les cordelettes de la tente.

Vers 15h00 enfin une accalmie, le soleil revient, il pleut depuis 24h. Petite balade sur les crêtes pour se dégourdir les jambes.  Demain nous devions continuer notre trek vers le fond de vallée mais le franchissement du torrent est devenu impossible. Il a grossit avec toutes ces précipitations, il s'est élargit et charrie des pierres, d'énormes blocs tombent de temps en temps des versants dans un bruit sourd ...Aucun animal chameau ou cheval ne peut le traverser maintenant.

En fin de journée, magnifique lumière sur la prairie, il fait frisquet, moins de 10°C.  La nuit sera froide. Notre cuisinière nous a fait des beignets à la viande, aux légumes et sucrés aux pommes... c'est un quatre étoiles ici ! Au petit matin, il a neigé sur les sommets et je n'ai pas regretté l'investissement fait dans mon duvet de plume !

30 Juillet

Nous quittons la prairie emmitouflés dans nos coupe-vents, bonnets et gants... nous passerons en quelques heures de l'hiver, au printemps, puis en début d'après midi, à l'été.

Après avoir rencontré de nombreux troupeaux de chevaux et de moutons, nous arrivons près de notre nouveau campement, non loin d'un camp de yourtes. Comme d'hab, les premiers curieux sont les gamins aux yeux rieurs, puis des adultes.

L'après midi, balade sous le soleil, dans une vallée encaissée, des pics rocheux fendent le paysage de leurs lames acérées, au loin nous apercevons les monts neigeux des Tsambagarav ...

l1 juillet

Ce matin nous avons de la visite. Un jeune chameau appartenant aux habitants de la yourte voisine est venu sentir et se frotter à ses congénères. Il ne les quitte pas d'une semelle. Nous traversons un torrent à cheval, chacun notre tour.

Nos deux chameaux qui sont passés les premiers ont déjà pris de l'avance. Ils sont suivis par le jeune chameau qui vient de passer la rivière et qui décidément ne veut pas les quitter ...

Nous apercevons une dernière fois le massif des Tsambagarav et les sommets, là-haut il doit neiger. A midi, nous aidons à monter la tente mess, il fait très chaud à l'abri du vent. Nos deux chameaux soulagés de leur fardeau paissent tranquillement, le regard serein derrière leurs longs cils ... il fait beau et chaud ... Nous nous allongeons dans l'herbe, les chameliers en font autant. Notre cuisinière s'affaire, de bonnes odeurs chatouillent nos narines...

Après le déjeuner nous repartons, le ciel est menaçant derrière nous,  côté montagnes, mais beau temps vers le lac Bayan que nous apercevons depuis le col. Longue descente d'environ deux heures  vers le lac, nous apercevons des yourtes parsemées comme de minuscule petits points blancs autour du lac. Nous campons sur l'autre rive, installation des tentes, des vaches paissent tranquillement non loin de là ... Nos chameliers repèrent un puits d'eau douce où nous pourrons remplir les jerricanes et nos gourdes.

Puis nous allons piquer une tête dans l'eau qui est très légèrement salée. Quelle magnifique endroit sauvage : ici une carcasse de mouton, des ossements d'animaux blanchis par le soleil, une mâchoire de cheval, tiens ça c'est un fémur !

Après le dîner, quelques un(e)s se font un petit plaisir avec une balade à cheval sur la plage ... Des oies et des canards se posent sur le lac. Les chameaux sont heureux, leur mission est bientôt terminée.

1er Aout  

Réveil très matinal, la chaleur devient suffocante dans la tente, vers 7h on ne tient plus à l'intérieur. Aucun nuage dans le ciel, les oies sauvages viennent enfin de s'arrêter de caqueter au-dessus du lac ...  Ici c'est le paradis des grues, des mouettes, des oies sauvages ...

Grande journée pour une escapade dans un environnement semi-désertique qui ressemble à l'Arizona d'après ceux et celles qui y sont allé(e)s, superbes pitons rocheux de couleur ocre, c'est un changement complet de paysage.

2 Aout

Nous disons au revoir à nos chameliers qui rentrent chez eux. Ce matin, nous accompagnons notre guide pour faire des courses au « village », situé de l'autre rive du lac, nous passons donc  près des yourtes où vivent des familles d'éleveurs Kazakhs qui se sont sédentarisés, nous en comptons deux bonnes centaines.

Le village est une sorte de rue bordée d'échoppes en ciment et en pierres dans lesquelles on peut s'approvisionner en produits de base, vêtements. On y trouve le bureau de poste construit en rondins de bois, la camionnette du boucher, le camion de ravitaillement pour l'essence.

Retour au campement sous le cagnard. Après midi tranquille, sieste et baignade, bronzage ... les vacances quoi !

En fin d'après midi les nuages s'amoncellent et bientôt l'orage gronde sur la montagne, le vent souffle de plus en plus fort, il faut se réfugier dans nos tentes. Diner sous la tente mess, bientôt la tempête arrive de nouveau et secoue la tente dont le piquet central tremble sous les assauts du vent, nous tenons les piquets latéraux, le lac gronde, les vagues se brisent sur la berge, le ciel est gris, quel spectacle !  

3 août

Nous retrouvons notre chauffeur et son minibus et repartons vers Bayan-Olgi à une centaine de kilomètres que nous ferons en trois heures. La conduite est assez sportive car il y a beaucoup de trous et de cailloux, mais le véhicule tient bien la route et notre chauffeur un as du volant (voir plus haut). A force de secousses, le rétroviseur intérieur dégringole, et hop d'un coup il est raccroché, tout va bien.

Puis à nouveau un torrent, le minibus s'embourbe lamentablement, on est obligé de descendre dans la gadoue, le pousser de notre mieux et après quelques essais infructueux, c'est reparti, roule ma poule, on reprend la route secoués comme des pruniers. Une de nos compatriotes s'endort en dodelinant de la tête, vraiment je me dis, il y a des gens qui s'endorment n'importe où !

Mais bientôt le moteur s'essouffle et peine de plus en plus dans les côtes, il finit par s'arrêter. Notre chauffeur-mécano en descend, bricole un truc dans le moteur, sort la manivelle, et hop c'est reparti comme en quarante ...

En arrivant à Bayan-Olgi, nous nous installons dans un yourtotel (enfin un hôtel de yourtes) près de l'aéroport - pas de panique il n'y a qu'un avion par jour. On installe nos affaires et rêvons déjà d'une bonne douche chaude. Puis balade au marché où nous faisons nos emplettes. J'y admire des mobylettes et des side-cars d'une autre époque.

4 aout

Visite guidée par une jeune femme parlant français du musée ethnique Kazakh d'Olgi, très intéressant à propos du district de Bayan-Olgi : les glaciers les plus hauts de l'Altaï, une vingtaine de lacs et 400 rivières. Seulement un pour cent de forêts situées près de la frontière avec la Chine, c'est là que l'on trouve les ours, mais ils ne se comptent plus que sur les doigts de la main.

La faune locale est riche : faucons, vautours, buses, aigles de la steppe (dont la femelle chasse le loup car elle est plus costaude que le mâle) Un aigle peut chasser jusqu'à 25 renards par an, perdrix et tous les oiseaux migrateurs : oies, grues, cormoran, échassiers.

Des sangliers, bouquetins, cerfs, mouflons et loups, lynx, putois, chats sauvages, de nombreux rongeurs : blaireaux, loutres, martres, écureuils, renards d'eau sans oublier les poissons tels les brochets dans le lac Tolbo, des truites.

Au second étage, partie historique : de nombreuses photos d'artistes locaux, savants, intellectuels, sportifs : le premier grand lutteur Mongol et ses nombreuses médailles, photos de l'époque soviétique, de militaires et de l'incontournable Lénine, des médaillés du travail ... Très beaux costumes traditionnels, instruments de musique et divers jeux.  Quelques anciens corans (chaque année une cinquantaine d'habitants se rend à La Mecque), un tangka. Et la reconstitution d'une très belle yourte Kazakhe. Au rez de chaussée une boutique d'artisanat local.

L'après midi, vol de trois heures vers Oulan-Bator dans un petit SAAB 340 d'une trentaine de place. Après un dîner d'adieu, nous disons au-revoir à nos compatriotes se préparent à une nuit très courte pour le retour vers Paris qui est prévu aux aurores.

Mais pour nous c'est encore le voyage, il nous reste une journée à déambuler tranquillement en ville ou la plupart des magasins sont ouverts ainsi que la poste centrale.

En fin de journée nous nous envolons pour Pékin, dans un autre monde !

* * *

 

Au retour, alors que je partage mes impressions de ce merveilleux pays, une question revient sans cesse :

« Alors tu vas où l'année prochaine ? »

Je ne sais pas quoi répondre car dans ma tête, je suis encore en Mongolie.

J'ai véritablement été touchée par ce pays, par l'authenticité des gens, malgré une apparente rudesse, une grande générosité et une joie de vivre à toute épreuve.

J'entends encore le bruit du vent dans la plaine inondée de soleil, le galop des chevaux traversant la prairie, le bruissement des ailes d'un rapace, le murmure des torrents.

Je revois ces cavaliers burinés par le soleil,  leur fière allure, la noblesse des regards.

J'imagine les couchers de soleil sur les montagnes, la nuit claire derrière le glacier. La nature sauvage et brutale, où la solidarité n'est pas un vain mot.

Comment penser à un autre ailleurs ? Je suis sous le charme de ce pays, pour bien longtemps encore.

Nadine Pinon

Ce carnet a été lu 3206 fois depuis le 03/09/2007 à 18h32

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