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> Auteur Camille O. / Voir ses carnets |
Paul Bonhomme, guide de haute montagne Allibert, est parti cet automne au Népal pour tenter l'ascension du Dhaulagiri (8167 mètres) en compagnie de Nicolas Brun et Jean-Noël Urban. Suivez la progression de l'expédition au jour le jour :
Nous quittons Kathmandu ce soir, nous nous envolons pour Pokhara puis si tout va bien, pour Jomosom, coincés entre les Annapurnas à l'est et le Dhaulagiri à l'ouest, au fond de la vallée de la Khali Gandaki.
Nous quittons le grouillement de la ville et ses dechets dégueulants de partout, nous quittons les nuits chaudes , les belles citadines et le sourire hableur des commercants qui discretement, en murmures a peine voilés vous chantent invariablement:"Taxi? Rikshaws? Hashich? Girls?" ou plus si affinité.
La ville prend ici tout son sens, il n'y a pas de mystere, il n'y a plus de limites, plus de mystique: tout se vend, c'est comme cela, tout doit se vendre pour survivre a la ville.
Nous quittons ce grouillement perpétuel pour un autre, personnel.
Qu'allons-nous trouver plus haut?
Le calme, la sérenite, la beauté, la puissante majesté des cimes sur lesquelles nous nous poseront, essouflés, face a nos chimères?
Paul - Kathmandu - le 14 septembre 2007
Bonjour a tous,
Il faut que je vous raconte notre nuit épique!
Donc le projet initial etait de prendre l'avion, manque de chance, on nous avait annulé les billets suite a une mauvaise communication entre notre agence et le transporteur Gorkha airways!
Donc nous voila partis pour Pokhara en camionette soit 6 heures de trajet. L'arrivée était prévu vers minuit heure locale, nous pouvions donc tranquillement réussir à prendre notre avion pour Jomosom qui lui était prévu vers 7 heure du matin.
Comme une tuile n'arrive jamais seule, il se trouve qu'un accident a eu lieu sur ce parcour ce qui nous a valu une nuit confortable, pliés en deux sur les sieges étroits, dans la "fraicheur" de la nuit Nepalaise, coincés dans le plus grand des bouchons que j'ai jamais connu: à peu pres une centaine de kilometres.
Nous voici donc avec un jour de décalage sur notre programme initial, un bon mal de dos et de belles cernes mais du temps pour vous écrire!!!
La vie est etrange parfois, cet accident nous a couté la nuit et de la fatigue mais il a surtout couté la vie à deux Nepalais, foudroyés par la chute au sol de lignes electriques obsolètes suite aux intempéries d'hier soir.
Bref, relativisons... on est bien en France, sachons-le et profitons-en! Ici la vie est loin d'etre toujours drole.
Normalement nous devrions peut-etre avoir notre avion demain matin si tout va bien.
Ce serait donc le dernier mail que je puisse vous envoyer avant le camp de base que nous atteignerions d'ici quatres jours.
A bientôt,
Paul - Pokhara - Le 14 septembre 2007
Jean-Noël et Nicolas ont été bien malades pendant le trek. Nico va mieux mais Jeanno a du mal à récupérer.
Nous sommes arrivés au camp de base le 17 en fin d'après midi, éreintés sous la pluie.
Hier nous avons aménagé le camp avec un gros travail de remblayage pour pouvoir poser la tente mess.
Le Dhaulagiri (La Montagne Blanche) a l'air en bonne condition, un compatriote Néerlandais monté au camp 2 nous l'a confirmé.
Nous attendons que les forces nous reviennent après ce trek épuisant (une montée depuis 800m jusqu'à 5300m en presque 48h, il y a mieux comme acclimatation!), et nous devrons commencer l'installation des camps d'altitude.
Réflexions:
« Depuis le début du trek, à Marpha, la même rengaine: les matins sont ensoleillés et heureux, les après-midi nuageux et pluvieux. Doucement la montagne se met de la poudre pour nos yeux...
Les pins ont cédé leur place aux genévriers puis aux lichens jaunâtre et là, nous sommes assis, couchés, nous marchons sur la surface mouvante d'un glacier recouvert d'un manteau de pierres, lourd et confus.
Ici nous nous sommes posés dans un trou, au pied de la face nord de la Montagne Blanche. Nous nous déposons, bientôt transis de froid et d'effroi, humbles petits bonshommes prétentieux.
Demain, nous essaierons de monter, d'aller chatouiller les flancs de la belle, demain, nous serons en train, poussés par une curiosité infantile: monter au sommet d'une montagne comme monter au sommet du premier arbre de l'enfance.
La découverte d'un autre monde ou non, plutôt d'une autre partie du Monde.
Juste monter et crier un grand « Je t'aime! » à la vie. »
Paul - camp de base du Dhaulagiri, 4700m - le 19 septembre 2007
Nous sommes descendus du camp 1 (5800m) ce matin après y avoir passé la nuit.
Les lumières étaient fantastiques, il avait neigé dans la nuit, rendant les volumes plus précis avec cette lumière d'automne, vous savez, cette lumière limpide et pure. Petit à petit les nuages s'effaçaient en volutes dansantes s'accrochant aux sommets sans nom alentours.
En descendant sur le Chhombardan glacier je me suis arrêté un moment pour attendre Jean-Noël et Nicolas. Assis sur une pierre erratique givrée je contemplai: autour de nous des langues de glace débordaient en fleuves géants immobiles, craquelés, et tout au fond deux petits points noir s'animaient, pantins dodelinant dans ce cirque glaciaire immense.
Le sommet se tenait fièrement 3000m au-dessus de nos têtes et nous, nous passions dessous. Je pris alors encore plus pleinement la mesure de notre petitesse, assis là au milieu d'un cirque qui se perpétuera bien après notre mort.
Après une bonne journée de repos demain, nous essaierons de poser le camp 2 vers 6800m mardi. Le temps est toujours stable, relativement beau le matin, un peu humide après. Là-haut il n'y a pas beaucoup de neige, les conditions sont pour le moment optimales. La nuit à 5800m fut calme et presque chaude (-10°). Les autres expéditions ( 1 Coréen, 6 Japonais et leur sherpas, 2 néerlandais, 2 autrichiens, 1 Suédois) sont un peu en avance saur nous (1 nuit au camp 2) mais ça nous va bien, la trace étant ainsi faite.
Paul - Camp de base du Dhaulagiri - le 22 septembre 2007.
Il neige.
Hier, là-haut, il neigeait. Nous sommes redescendus du camp 1 après plus de 30h de tempête. Nous sommes redescendus, nous nous sommes sauvés de l'abri de misère qui pliait sans cesse sous les coups de boutoir du vent.100, 120, 130 km/h pendant 30 heures. Comme coincés dans le tambour d'une machine à laver.
Alors nous avons fui et aujourd'hui, là-haut il neige encore.
Jamais je n'avais autant pris conscience du risque que nous prenions en descendant. Mais le risque aurait été bien plus important si nous étions restés!
Nous avons pris LA bonne décision et la Montagne nous a laissé passer. J'avoue en toute honnêteté que je ne sais pas pourquoi. Les avalanches de partout se déclenchaient devant nous, derrière nous mais ELLE nous épargnait.
Je ferai tout pour ne pas revivre ce sentiment d'être un pantin planté au milieu d'un jeu de quille gigantesque.
Hier là-haut, il neigeait.
Et je pensai à mes filles, à mon amour, à mon bébé qui naîtra bientôt, à tous mes proches et il fallait que je m'en sorte.
Aucune Montagne n'est plus haute que cette Montagne là: une montagne d'Amour!
Et, s'il ne nous reste qu'une chose à faire, c'est d'aller en fouler la cime.
J'ai eu peur, une conscience immense, à un moment donné, de rentrer dans un jeu de hasard sans en connaître l'issue. J'ai alors levé les yeux vers les cimes qu'on ne voyait pas et je leur ai demandé humblement de nous laissé passer.
Je ne crois pas qu'Elle m'ait écouté, c'est juste ma façon de regarder les choses en face.
Comme un enfant qui dessine: il n'y avait plus de réalisme mais énormément de sincérité et d'Amour!
Paul, camp de base du Dhaulagiri, le 27 septembre.
il neige toujours.
La sincérité et l'amour: savoir pourquoi nous sommes là.
Il faut toute la sensibilité du monde, sentir les notes de blues d'Olu Dara comme sentir ce que la montagne a à nous dire, comme sentir la chaleur infinie du sourire de ses filles qui sont loin là-bas, tout est question de sensibilité.
Et s'il y a bien une chose que la Montagne peut nous apporter c'est cette sensibilité.
Si nous faisons l'effort de tendre l'oreille, évidemment.
Si nos égoïsmes ne prennent pas le dessus.
Si nous décidons d'y aller comme l'enfant décide de dessiner: juste pour faire plaisir et se faire plaisir, sans trop de réalisme et en n'y mettant jamais trop de valeur.
Après tout, ce que nous faisons ici n'est pas sérieux, ce n'est pas facile certes, mais surtout ce n'est pas sérieux.
Juste profiter et témoigner de Toute la Beauté du Monde.
Il neige depuis 5 jours sans discontinuer. Il y a 1 m de neige fraiche au camp de base, plus haut, nous ne savons pas, peut-être 2 ou 3.
Le coréen et son sherpa sont bloqués au camp 1 depuis lundi. Partis le même jour que nous, ils ont décidé de restés là-haut, contrairement à nous.
Je me fais du soucis mais de toute façon nous ne pouvons rien faire, d'immenses avalanches coulent toutes les dix minutes.
Nous sommes à l'abri ici, nous déneigeons sans arrët et attendons le retour du beau.
On verra ensuite comment la montagne se purge.
La vie est belle vous savez, profitez-en tous les jours, protégez-la, chérissez-la, parce que lorsqu'on est si prêt de la perdre on regrette de ne pas l'avoir fait, on regrette de n'avoir pas plus embrassé ses enfants, son amour, ses proches, d'avoir contenu tous ces sourires gratuits!
Il ne neige plus, à bientôt,
Paul - camp de base du Dhaulagiri, le 29 septembre.
Cela fait trois jours que la montagne se purge, jour et nuit. Ce matin un groupe est reparti au camp 1. Nous attendons demain.
La neige s'est vite transformée, le danger d'avalanche s'est estompé. Le Coréen est descendu avec son sherpa avant-hier, fatigué mais décidé à réessayer dans quelques jours. Nous ne serons pas aussi têtus: le départ de demain sera normalement le dernier. La prévision météo est stable pour une dizaine de jours, alors nous tenterons le sommet pendant ce labs de temps.
Le programme serait le suivant:
mercredi 03: nuit au camp 1.
le 04: nuit au camp 2.
le 05: montée au camp 3 et nuit au camp 1.
le 06: repos au camp 1.
le 07: nuit au camp 2.
le 08: nuit au camp 3.
le 09: montée au sommet et nuit au camp 1.
le 10: retour au camp de base.
Voilà, la Montagne Blanche est belle. Des volutes s'envolent à son sommet faisant s'étioler les drapeaux amplis de prières.
Les miennes ne concernent que peu le sommet mais plutôt la beauté, la majesté de la Montagne.
Je ne jurerais jamais d'atteindre la cime, mais je promets de me remplir les yeux et le coeur des lumières de là-haut.
Après la tempête, l'air s'est épuré, il est plus froid et sec, les contrastes sont plus denses et nos sentiments s'exaltent: y arriverons-nous?
Je ne sais pas, mais nous arriverons quelque part, nous y sommes déjà: nous sommes en route et le retour, même sans sommet constitue déjà une partie du chemin que nous nous traçons.
A nous de le remplir de bonheur et non de stress, d'angoisses vides de sens.
L'enjeu n'est pas là-haut mais bien plus à l'intérieur de chacun de nous.
S'émerveiller chaque jour de ce que nous trouvons au bord de nos routes!
Paul - camp de base du Dhaulagiri, le 02 octobre 2007.
Ne jamais dire jamais!!!
Nous étions donc partis mercredi 03 pour la tentative poussée qui aurait dû nous amener au sommet. Mais le sommet était
occupé à autre chose. Peut-être était-il en colère?
Le jeudi 04, nous avons essayé de monter au camp 2. Chargés d'une vingtaine de kilos chacun, nous avons dû renoncer à 6300m, soit 200m sous le camp parce que la visibilité devenait nulle et que la pente se redressait dangereusement avec toute la neige tombée ces derniers temps.
Le vendredi 05, les autres expéditions descendent... nous non!
Pourquoi?
Sûrement par frustration je pense. Une mauvaise raison donc; entraînant inévitablement une mauvaise décision.
Samedi 06: le mauvais temps annoncé est là. Nous tentons de descendre mais sur le plat du glacier, vers 5000m, la visibilité devient nulle une nouvelle fois. Nous déposons donc un peu de matériel et de nourriture et remontons nous réfugier au camp 1.
Il neige toute la journée, nos traces de descente se sont quasiment effacées, pour mieux les retrouver j'enlève mon masque.
Nuit du samedi et dimanche 07: le noir...
...une ophtalmie me cloue dans le duvet, un bandeau sur les yeux, je reste 24h dans le noir. Le temps se dégage un peu, nous aurions pu redescendre mais à 5700m, sans y voir, je n'aurais pas été bien loin!
Lundi 08: la météo nous ouvre une fenêtre, nous prenons le temps d'empaqueter tout le camp soit près de 25kg chacun. Nous partons assez tard dans un mètre de neige fraîche. Après dix minutes, protégés par des séracs, nous admirons une avalanche impressionnante qui efface en 5 min toute la voie de montée (largeur estimée: 500m, hauteur: 2000m).
Nous profitons qu'elle soit tombée pour descendre dedans, la neige portant mieux.
Nous retrouvons vite nos affaires du samedi, nos sacs pèsent à présent plus de 30kg!
Des amis Slovènes nous rejoignent sur le plat du glacier, nous retrouvons le camp de base. C'est fini!
Nous n'avons pas dépassé 6300m. Mais tant de sommets ont été atteints! Des sommets de doutes, d'angoisses, de peurs et par-dessus tout des sommets de Bonheur! Le bonheur de se sentir à l'abri, près de retrouver les siens, ce bonheur qui nous étreint, faisant monter des larmes aux yeux. Un bonheur simple, retrouver sa tente et toutes ces affaires qui nous rappellent d'où nous venons simplement. Humains, simplement. Et tellement heureux de l'être!!!
Nous n'avons pas dépassé 6300m. Mais l'expérience est unique, la montagne est belle et le restera, et nous resterons là à l'admirer, peut-être essaierons-nous de la frôler de temps à autre. Mais il faut rester humble petits hommes! Ne pas pousser trop loin l'enjeu.
Les « 8000 » ne sont pas toujours là où nous les mettons. Peut-être se trouvent-ils juste là, à nos côtés, dans cette main qui en tient une autre tendrement, dans ces étoiles que l'on collectent dans les yeux de nos enfants, dans la bise du matin qui nous réveille doucement.
Aimons ! Mais aimons vraiment, personne ne risque rien à aimer entièrement!
Aimons la vie d'abord, ayons le regard pétillant d'amour tout le temps!
Parce que la vie est courte et qu'il ne faut pas la gâcher de nos doutes.
Nous n'avons pas dépassé 6300m.
Et pourtant nous revenons de loin!
De beaucoup trop loin à mon goût. En montagne, je déteste rentrer chez moi en me disant: « J'ai eu de la chance! »
Et là, nous avons eu beaucoup de chance!
Merci Montagne Blanche, de nous avoir laissé te caresser alors que tu n'étais pas prête!
Merci à tous de m'avoir soutenu, j'ai beaucoup pensé à vous là-haut!
A nous tous, nous avons largement dépassé les 6300m!!!
Il ne nous reste plus qu'à redescendre dans les vallées, parmi les hommes (Dans 2 jours normalement). Des rencontres nous y attendent, des sourires édentés, des gestes remplis de simplicité. Oui, décidément, je suis persuadé que les sommets sont partout autour de nous. Des sommets propres à chacun, que nous construisons chaque jour de nos mains et que nos coeurs s'empressent de conquérir.
Paul, camp de base du Dhaulagiri, 4700m, Népal, le 10 octobre 2007.
voici quelques chiffres afin d'illustrer les difficultées rencontrées pendant cette expedition et un petit texte venant relativiser ces memes difficultees:
Nombre de jours au camp de base: 24
Nombre de jours sans chute de neige: 6
Duree de la plus longue chute de neige: 78 heures non-stop
Cumul de neige au camp de base: 1.5m
Cumul de neige au camp 1: 4.5m
sac le plus lourd: 30kg
Longueur de corde fixee par l'expedition commerciale Japonaise: 2 km
Longueur de corde ensevelie: 2 km
Nombre de tentes ensevelies: 12
Nombre de personne ayant atteint le sommet cette annee: 0
Medication: 3 aspirines de 1000mg, 2 de 500mg et 2 vitamines C
Nombre de livres lus: 6
Nombre de biere bues: 50
Nombre de bouteilles de vin: 4
Nombre de jours sans fumer: 26!!!
Voila, nous sommes a present de retour a Kathmandu, j'ai ecrit un petit texte entretemps:
"Le vent soufle dehors. Arithmetique rythmique, les avions ne decollent que le matin avant que ne remonte le vent de la vallée verte loin là bas, à trois jours de marche.
Les chiens errent sur les dalles pavant l'unique rue du village, les fils électriques pendent en d'anarchiques guirlandes pesant sur de frèles poteaux surchargés.
A l'hotel Tilicho les portes ne portant pas de poignées claquent au vent du dehors, la chambre est borgne, les murs fraichement repeints ne sont déjà plus blanc.
Nous attendons l'avion depuis la veille.
La patience n'est pas occidentale, elle est d'un autre continent, d'une autre époque, d'une autre vie.
La bière n'est servie qu'apres 15 minutes, le petit déjeuner 30, pour le diner il faut compter une heure et l'avion une journée avec de la chance.
Alors c'est à notre tour d'errer dans l'unique rue mal pavée de ce village, frontière du royaume du
Mustang.
Quel nom magnifique! Quel pauvre village!
Et le combat quotidien des rizières et des champs de blé vert contre les collines désertiques alentours, le combat quotidien des hommes préparant l'hiver, la disete et qui sait peut-être un jour la misère.
La pauvreté existe dans nos pays bien entendu, mais cette misère là n'est pas occidentale, elle est d'un autre continent, d'une autre époque, d'une autre vie.
Il y avait de jeunes garcons hier, nous les avons croisés, entre 10 et 16 ans, portant 30 a 60 kilos de bois fraichement coupé sur leur front ruisselant de sueur. Les ballots de pin sentaient bon, eux se préparaient à l'hiver se réchauffant en labeur.
A l'hotel Tilicho les portes claquent, la chambre est borgne, les toilettes sales sont turques, sans papiers et sentent la pisse, la patience est mise a rude épreuve mais nous, nous prenons l'avion demain, en partance pour un autre continent.
Les enfants du Mustang, quand à eux, auront encore longtemps les mains caleuses et le front ruisselant."
Kathmandu, Népal le 19 octobre 2007.
Contrastes…
Hier nous sommes allés visiter Bakhtapur, la cité des divinités. Les pierres étaient pluri centenaires ainsi que les bois délicatement sculptés. Sur la place des potiers, les potiers tournaient leur roue à la force des bras, les femmes séchaient les pots au soleil avant de les enfourner dans un four de foin.
La méthode, comme les pierres, est ancestrale.
Hier nous sommes allés au Lhasa bar voir un concert. Les jeunes musiciens, qui n’avaient pas vingt ans, jouaient comme des professionnels. Bob Marley succédait à Jimmy Hendrix dans la fumée de cigarette et les relents de bière Gorkha. Dans un sens, ils sont professionnels, vu qu’ils ne vivent que de leur musique.
Contrastes…
D’un coté de la rue, sur le trottoir, il y a des mendiants rampant à terre, traînant leurs moignons dans la poussière des passants méprisants.
De l’autre coté de l rue, sur le trottoir, il y a un groupe de touristes, les bras chargés des cadeaux collectés dans les boutiques de Thamel, traînant les pieds dans la poussière des passants indulgents.
Contrastes…
La semaine dernière nous étions dans la tempête, pendus aux flancs de la Montagne Blanche.
Aujourd’hui je suis devant l’écran qui me divulgue froidement : Actualité/Monde : carnage… attentat à Karachi, environ 115 morts.
La vie est pleine de ces contrastes qui nous tiennent en vie.
Le bonheur se noue au malheur en une étreinte qui n’a pas de fin. Mais le seul vrai bonheur n’est-il pas simplement d’être en vie ?
Nous rentrons chez nous dans quelques jours. Pour ma part heureux de respirer les odeurs du monde.
Le sommet est encore loin et le chemin pour y parvenir sera sinueux et difficile. Mais c’est un sommet de bonheur qui nous attend : la fin d’une vie pleine et entière.
Heureux une nouvelle fois d’avoir pu, au travers des neiges de l’Himalaya, au travers du sourire de ses enfants, tout au long de la longue route qui m’a amené jusque là, apercevoir Toute la Beauté du Monde.
Ce carnet a été lu 1280 fois depuis le 27/09/2007 à 13h53