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Lucien F.
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Je dédie ces quelques lignes à mon épouse Claudette, qui me supporte depuis de nombreuses années, et sans qui je ne serais pas parvenu en haut en ce début de septembre 2007.
2. GENERALITES SUR LE MONT BLANC
A 4810 m il s'agit de haute montagne et ce n'est pas anodin.
Si l'ascension par beau temps se révèle sans problème, elle peut devenir très périlleuse par grand vent, très inquiétante par brouillard et dans la tempête. Une accumulation de risques liés à l'altitude, à la météo changeante, au froid et à la fatigue.
79 % des personnes qui montent au Mont Blanc ont souffert du Mal Aigu des Montagnes : Maux de tête, insomnie, essoufflement, perte d'appétit, nausées, vomissements, fatigue. Il faut s'acclimater par 3 nuits au dessus de 2500 m.
L'ascension est affaire d'alpiniste, ce n'est pas une randonnée. En été il y a 300 à 400 départs par jour . Le P.G.H.M. est intervenu 120 fois en 2006, surtout pour épuisement des cordées.
Plus de 30 % des alpinistes de retour au refuge présentent des blessures (gelures, coups de crampons, MAM).
La probabilité de réussite est de 50 % avec un guide, sans guide elle tombe à 33% (statistiques communes associées ST GERVAIS/CHAMONIX, etc...).
Il y a 4 itinéraires :
Le 1er jour montée en 5/6 heures depuis le Nid d'Aigle (2372 m) jusqu'au Goûter (3817 m), sentier balisé en rouge qui mène d'abord à Tête Rousse (3167m) puis c'est l'ascension de l'aiguille du Goûter avec la traversée du Grand Couloir, l'endroit le plus meurtrier du fait de la surfréquentation. Le risque de chutes de pierres y est très important , surtout aux heures chaudes de l'après midi.
Le 2ème jour après une courte nuit départ du Goûter à 3 heures à la frontale vers le Dôme du Goûter puis le col du Dôme, atteint au lever du jour, et le bivouac Vallot ; viennent ensuite les deux Bosses, les Rochers de la Tournette, puis l'arête sommitale relativement effilée, ou le croisement peut poser problème, 4 à 5 heures en tout.
Par la traversée des trois Monts Blancs
Par l'Aiguille du Midi et le refuge des Cosmiques le 1er jour,
Le second jour épaule du Tacul (4100) col du Maudit, brèche du Maudit, col de la Brenva (4303 m) 5 à 6 heures.
3. HISTORIQUE
Je suis âgé de soixante ans, et je n'ai plus d'activité professionnelle. Je me suis mis à la randonnée pédestre il y quelques anées maintenant ; depuis un peu plus d'un an je pratique aussi la musculation, ainsi que l'escalade et un peu de vélo. Les 6 semaines qui ont précédé l'ascension, mon entrainement hebdomadaire est passé d'une vingtaine à une trentaine d'heures.
J'ai découvert la haute montagne en juin 2007. Gravir le toit de l'Europe a constitué pour moi un rêve de gosse, vite dissipé par une enfance studieuse, puis par une vie professionnelle hyper chargée.
L'ascension du Mont Blanc, et l'enveloppe budgétaire conséquente (vêtements, équipement et tentatives) ont été mon cadeau de soixante ans offert par mon épouse Claudette.
J'ai effectué par ALLIBERT un stage d'initiation à l'alpinisme début juin 2007 : ce stage dans un groupe hétérogène s'est avéré être techniquement correct mais humainement déficient.
Toujours avec ALLIBERT j'ai effectué mi-juin 2007 un second stage Mont Blanc de 6 jours, avec Jean Claude L. de la compagnie de l'Oisans ; niveau à nouveau hétérogène, mais excellent guide ; le 4ème jour nous montons à pied à partir de Bellevue car la ligne TMB est en travaux ; le 5ème jour nous sommes scotchés à Tête Rousse par la neige et nous redescendons dans la tempête !
Pour la seconde tentative, avec ALLIBERT toujours, je me joins un samedi de début juillet à un nouveau stage qui a commencé 3 jours plus tôt ; le guide est Ferdinando du val d'Aoste ; excellent guide qui a fort à faire avec des clients pour certains très peu motivés, eu égard à un temps exécrable ; Partis de l'Aiguille du Midi nous rejoignons le refuge de Torino ; au passage je découvre ce qu'est une crevasse, dans laquelle je m'abîme un peu un genou ; je remercie vivement le médecin de ma cordée qui m'a fourni en cachets ensuite ; le 5ème jour, nous ne sommes que deux à monter du refuge de Torino à la Tour Ronde (3800 m) ; ce qui aurait dû être une partie de plaisir se transforme en galère, car nous rencontrons la tempête de neige, et partis à 5 heures, nous ne rentrons qu'à 14 heures au lieu de midi ; De la traversée du glacier du Géant je garderai un visage brûlé au 2ème degré, car j'ai omis la crème solaire ; de ce court séjour je garderai aussi un stress durant les jours suivants.
4. EQUIPEMENT
J'ai strictement suivi les recommandations de ALLIBERT :
VETEMENTS :
MATERIEL
J'ai investi d'entrée :
COMPOSITION DU GROUPE ALLIBERT
Par ordre d'arrivée au lieu de rendez vous samedi 8 sept.-07 gare ferroviaire ST GERVAIS LE FAYET
5. DEROULEMENT
Nous arrivons par le TMB au Nid d'Aigle où nous pique niquons,
Marie nous ayant rejoint, nous montons en 2 heures au refuge de Tête Rousse à 3200 m ; cette 1ère grimpée permet à notre guide d'observer tout un chacun ; par chance le groupe se révèle homogène, ce qui présume bien de la suite.
Le premier guide renfort, Alberto, jeune et énergique, est un collègue de travail de GIGI et ils s'entendent à merveille tous les deux.
Félix le 3ème guide, une armoire à glace joviale et à l'humeur douce et égale, de Briançon, nous rejoint dimanche matin en fin de matinée.
Conciliabule habituel entre les guides et si le temps paraît excellent ce dimanche, un vent fort est annoncé pour le lundi matin suivant où nous devons monter.
Grand art de GIGI et les cordées se constituent tout naturellement, Félix prend Marie et Franciane ; Alberto prend Loïc et Serge, ce dernier ayant déjà été encordé avec Alberto.
Au casse croûte décision est prise de monter en principe au Mont Blanc dans l'après midi ; aucun d'entre nous n'a déjà atteint le Mont Blanc, je suis le seul récidiviste et peut être le plus motivé.
Nous atteignons le refuge du Goûter en 2 heures, casqués et partiellement en crampons, un peu inquiétés par les chutes de pierres, chutes occasionnées par des personnes qui descendent.
Le temps d'un instant en montant, nous échangeons quelques mots avec ces derniers : les nationalités les plus diverses sont représentées : sud américains, américains, canadiens, anglais, belges, italiens, allemands, représentants des pays de l'Europe de l'est, asiatiques, mais peu d'africains à priori. Le degré d'équipement est très divers, l'agilité en descente de même, et 2 jeunes semblent tétanisées, au désespoir de leur guide ; les italiens, comme nos guides d'ailleurs,sont souvent vêtus de noir et très élégants
Arrivés au refuge du Goûter à 14 h (3800m), la décision de monter est confirmée ; on sent la tension ; un casse croûte sommaire est pris, et je préfère consacrer mon temps à me changer et à préparer mon équipement ; je ne mange pratiquement pas et je le paierai un peu ;
Notre cordée avec GIGI, Thierry au milieu, démarre la dernière à 14 h30 avec cinq minutes de retard sur les deux autre. Après mes 2 échecs, je veux à tout prix arriver en haut ; un instant l'idée me traverse l'esprit que j'ai trop poussé à monter dès ce dimanche après midi, et très doucement, GIGI en aparté m'a fait remarquer qu'en cas d'échec il ne faudrait pas s'en prendre à lui ; un guide français observe « que c'est une possibilité qui dépend de la fraîcheur des participants », en me regardant bien. Thierry devant moi sur la cordée me demande si c'est la bonne décision, je lui réponds que je ne sais pas, alors que j'aurais dû ajouter que cela dépend avant tout de nous. 
Rapidement les cordées vont s'avérer être bien constituées ; GIGI progresse à un rythme extrêmement régulier, mais soutenu ; ma corde me séparant de Thierry longue de deux mètres, demeure lâche, Thierry fait face dans l'effort, même si redescendu il avouera le lendemain avoir constamment haleté jusqu'à Vallot. Nous doublons rapidement Félix et les filles, un peu plus loin nous doublons la 2ème cordée qui paraît en bonne forme ; pause de quelques minutes bien avant Vallot ; arrivés à Vallot à 4360 m, GIGI nous demande si nous voulons nous arrêter et réponse négative ; nous continuons donc au même train et la montée du couloir avec un vent latéral s'avère un peu raide, mon genou gauche me fait souffrir, et je marche courbé en m'appuyant sur mon piolet ; GIGI me dit de me redresser, je le fais volontiers, mais à partir de ce moment, c'est mon morceau de corde qui sera plutôt tendu à partir des bosses ; la marche sur l'arrête dans un couloir bien marqué est un plaisir, je suis scrupuleusement mon compagnon pour ne pas le déséquilibrer ; nous atteignons un versant protégé où il fait franchement chaud, alors que je n'ai pas mis ma veste Goretex encore. Parvenir au sommet me semble un peu long, mais nous l'atteignons enfin en un peu moins de quatre heures, par un temps magnifique, à 18 h 23. nous nous congratulons comme il se doit, tout le mérite revenant à GIGI ; des 3 je suis le plus ému, car j'attends cet instant depuis très, très longtemps ; il convient de signaler que durant toute cette montée, nous avons vu une montagne propre, tout comme au Goûter, alors que nous n'avons pas pris le temps de nous arrêter à Vallot ; Nous prenons quelques photos, avec près de nous un alpiniste singulier, un ascète barbu venu du Népal parlant parfaitement français, et en pleine méditation ; après le coucher du soleil, il redescendra à Vallot.


Après 10 minutes la 2ème cordée nous rejoint, Loïc surtout paraissant éprouvé ; Alberto nous confiera que, au dessus de Vallot, Loîc a voulu arrêter, ce qui condamnait aussi Serge ; Alberto a refusé et avec énergie et abnégation a tiré, jusqu'en haut ! à noter que quatre jours plus tard Loïc fera sans problème le doublé en réussissant l'ascension par les trois Monts Blancs (avec ALLIBERT)!
Au retour sur l'arête, nous croisons les filles : Félix devant, tout droit a un bon regard vers moi, il ne doute pas et pourtant ses 2 morceaux de corde derrière sont tendus à craquer ; en tête de cordée cette fois dans la descente j'encourage les filles, Marie ne dit rien, Franciane s'exclame, « vous êtes déjà là ! » ; chapeau bas les guides, vous êtes des géants qu'on ne peut que respecter et admirer, vous avez nos vies entre vos mains ! Vous savez aussi dire non quand il ne faut pas monter plus haut, et ce n'est pas le plus facile ! Devant dans la descente je suis toujours sur mon nuage et un peu excité, je vais un peu vite au gré de mon suivant Thierry, car le couloir n'est pas bien large ; à 2 reprises je me retourne et vois GIGI qui me sourit ; cette première partie de descente est plutôt cool et nous nous arrêtons plusieurs fois pour prendre des photos, avec un coucher de soleil sur l'aiguille de Bionnassay
qui restera à jamais gravé dans ma mémoire ; au milieu de la descente je commence à avoir des crampes d'estomac, puis une fringale dans la dernière demi heure ; trop tard pour s'arrêter et nous rentrons à 20h30 au Goûter, avec comme seul but pour ce qui me concerne de pouvoir prendre une bonne soupe chaude comme promis par GIGI.
Las, le gardien du Goûter quoique averti de notre arrivée tardive s'en contrefiche, son refuge est bondé comme dab ; des jeunes dorment déjà sous les tables du réfectoire. Nous - nous installons dans un coin à la lumière des frontales et nous ne pouvons que sortir les vivres de course ALLIBERT ; nous nous sustentons un peu. Loîc a le regard vague et va se coucher ; le reste de la troupe attend la cordée des filles qui arrive une heure plus tard à notre soulagement ; Le grand Félix semble sortir tout droit de son lit, et les guides surtout, heureux du succès 100 % devisent ; pour moi je suis toujours en haut. Nous sommes logés à l'annexe (près des effluves des WC en plein air) et nous nous couchons à 22 heures ; une heure après des individus mal polis réclament les places de Marie et Franciane, les leurs ayant été prises par d'autres ; tout finit bien ; peu de sommeil avec des ronflements tonitruants malgré les boules Quiès ; à 3 heures réveil pour ceux qui vont monter, et grand soulagement pour nous. Si le refuge de Tête rousse est nickel avec ses 80 places, de grâce construisez le nouveau Goûter, le toit de l'Europe le mérite et le prestige de la France qui est conséquent chez les alpinistes n'en sortira que grandi !
A noter que 4 d'entre nous sur 6 ont souffert modérément du MAM par manque d'acclimatation et ont dû avoir recours à l'aspirine. Dans la descente nous avons vu un jeune en panne à l'écart de la voie qui vomissait ses tripes, toujours encordé à son guide ; nous avons aussi vu un guide qui pestait contre son client japonais : « maudit jap...., il est collé derrière moi, il ne respecte pas la distance de sécurité, je tiens à la vie, j'en ai marre moi ; à la montée, à la descente, il est collé à mon c.l, j'en ai marre ! »
Le lundi matin, nous redescendons en 2 heures à Tête Rousse, où GIGI nous remet nos
diplomes d'ascension : pour moi ce parchemin a autant d'importance que mon diplôme de Sup de Co ou que ma maîtrise de sciences économiques !
Nous mangeons une omelette à Tête Rousse, beau refuge neuf où la gardienne est avenante, et puis nous redescendons au Nid d'Aigle, un peu en courant plutôt pour ma part derrière Gigi que je suis comme mon ombre.
Longtemps encore les images de l'arête vont rester gravées dans ma tête.
A aucun moment, et encore moins maintenant avec du recul, je n'ai eu le sentiment de "vaincre" le MONT BLANC ; j'y suis monté, j'en suis redescendu, en communiant avec les cimes, et il m'en reste avant tout une impression de plénitude, d'approche de l'absolu.
6. REMERCIEMENTS
Je remercie mon épouse Claudette qui m'a entraîné et « porté » et sans qui je le répète je ne serai pas parvenu en haut,
Je remercie mon guide GIGI pour son grand professionnalisme en particulier ; de tous les guides rencontrés, il est celui qui m'a fait la plus forte impression, sans qu'aucune zone d'ombre ne subsiste.
Je remercie mes amis montagnards Thierry , Gérard et Alain qui ont cru en moi, ainsi que mes compagnons de cordée pour leur bonne humeur et l'excellente ambiance dans notre groupe ; merci à tous et toutes pour les photos, en particulier celles superbes de Alberto.
Merci enfin à ALLIBERT pour son sérieux, et pour les efforts financiers qui m'ont permis ces trois tentatives, la troisième couronnée de succès : la montagne, ça se mérite !
Maintenant et avec ALLIBERT, avec mom epouse et avec des amis, emmenes par Gigi, je vais faire Chamonix / Zermatt, éventuellement enchainer avec le Cervin, été 2008 ; en attendant, je continue à m'entraîner sérieusement.
Par avance merci de découvrir le carnet CHAMONIX ZERMATT
7. COMMENTAIRES
Félicitations, Laure
Chapeau bas, Frédéric
Why did papy go in the mountain ?
J'ai découvert lundi votre très beau "Carnet de route" concernant votre ascension, et les tentatives précédentes...
Je me rappelle avoir été impressionnée par votre persévérance. Mais en lisant vos lignes, j'ai compris à quel point cela vous tenait à coeur.
J'ai été ravie de votre récit: certains détails m'ont fait sourire, et j'ai découvert la vie d'un groupe de l'intérieur, tel que vous l'avez vécu. Moi qui d'habitude ne voit que l'extérieur, l'aspect technique, les réservations des refuges parfois très casse-tête, les remises des dossiers aux guides, et au retour, les compte-rendus des guides qui sont parfois très sommaires et qui me laissent sur ma faim... Votre récit est donc pour moi un beau cadeau de fin de saison, un regard différent sur un circuit...
Je tenais donc à vous féliciter, à la fois d'avoir partagé votre expérience sur le site, mais surtout pour votre ascension, parce que vous avez eu du mérite, beaucoup de mérite, d'avoir persévéré malgré les aléas, d'avoir gardé cette volonté intacte...
Bonne continuation,
Lucie
merci beaucoup Lucie, vous me faites aussi un beau cadeau, Je me souviens vous avoir eu plusieurs fois au tel, et vous avez toujours été très attentive, c'est grâce à des personnes comme vous, grâce à Thomas que j'ai persévéré et réussi ! j'espère vous avoir au tel pour la prochaine saison d'été, Très cordialement, et continuez à bien faire votre métier comme vous le faites, merci encore. Lucien F.
Bonsoir Lucien
Quel récit intéressant, que de précisions ! Bravo pour votre courage et votre persévérance et surtout merci de le partager si humblement.
Bonne continuation à vous.
Cordialement
Nadine
Merci beaucoup à vous Nadine, je ne suis pas tout à fait quelqu'un de humble en général, mais en haute montagne, cela prend tellement aux tripes, elle est si grande, si majestueuse, si imprévisible et si dangereuse parfois, par rapport à moi, que lon ne peut qu'être un peu modeste.
cordialement, Lucien
Ciao Luciano,
Quelle prolixité! Tu as gardé tous les détails en mémoire!
Ca m'a fait très plaisir d'être en cordée avec toi (même si tu es un poil rapide en descente).
A+
Thierry
Sur l'une des photos de l'album, on peut voir en gros plan un altimètre indiquant 4 810m comme hauteur du Mt Blanc. Or nous avons tous appris que [...] Yvon
Bonjour Lucien, Je te remercie pour ce récit sur ton ascension du "Grand Blanc". j'y ai décelé des larmes , de l'émotion à l'état pur,puis-je [...] Alain L.
http://www.allibert-trekking.com/cdr/1050/71-rando-glaciaire-cham-zermatt-26-juil-au-1er-aout-2008.htm
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P Pensez à l'environnement avant d'imprimer
Ce carnet a été lu 8801 fois depuis le 05/10/2007 à 18h00