Allibert - Montagnes et déserts
 
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11/03/2007 à 14h41 - Réveillon d'un Accompagnateur dans le Queyras

Nous

> Auteur Gérard G. / Voir ses carnets
> Ce carnet a été réalisé pendant : LE GRAND ROCHEBRUNE


Diaporama (11)
Descente Clapeyto
Qeyras Pose pique nique
Château-Queyras Château-Queyras, fort du XIV
Marche Marche
torrent de Souliers torrent de Souliers
conversions conversions
Vin blanc liquoreux Vin blanc liquoreux
neige immaculée neige immaculée
Denière descente Dernière descente
Les « raquetteurs » Les « raquetteurs »
rr C'est l'hiver...

Réveillon d’un accompagnateur dans le Queyras…



Vendredi 29 Décembre.

La journée s’annonce « speed » avec un ravitaillement pour 15 clients, l’avant veille du réveillon… Je crains le pire et ne suis pas déçu : Le centre commercial est pris d’assaut par les citadins qui se jettent sur les bûches, homards et foie gras. Pour moi ce sera un peu plus diététique, avec des salades, spécialités « maison » : taboulé libanais, lentilles œufs durs, thon et pommes de terres... Histoire de marquer le coup, je m’approvisionne en pâté de chevreuil et en « marbré aux écrevisses »… Ouf… Je m’extrais de la foule, non sans peine, après deux heures de caddy-gymkana, le porte-monnaie un peu plus aplati.

La journée ne fait que commencer… Il faut faire cuire les œufs, ensacher, vérifier la pharmacie, préparer les affaires, faire son sac. P… Les gamins m’ont encore piqué  ma pelle et ma sonde pour aller faire des couloirs, Dieu sait où…  Les voilà enfin… Je pars en retard pour Mont-Dauphin et traverse, désabusé, les vastes étendues entre Monetiers et Briançon, saccagées par l’anarchie des promoteurs immobiliers et des annonceurs publicitaires. Pauvre monde ! Vivement le Queyras et son tourisme doux…

Samedi 30 Décembre

Il y a toujours un temps d’inquiétude avant la première rencontre avec un groupe : sur qui vais-je tomber ? Seront-ils en forme ? Aurais-je droit au grincheux de service ? Les voilà… Ils ont une tête plutôt sympa… Avec un thermomètre à moins cinq, les présentations sont cependant courtes : répartition des vivres de la journée, du matériel et embarquement direct pour la vallée d’Arvieux. D’emblée, un moustachu jovial (Francis) me demande si je fais l’accompagnateur toute l’année. Pourquoi lui mentir ?


Je lui explique, simplement que je suis accompagnateur et DG de Allibert et que je profite de toutes les occasions pour être sur le terrain, comme Jef, Brigitte, Michel, Jean-Michel, Remy, JD, Patrick, Didier, Jean-Luc, Marie…. et bien d’autres salariés accompagnateurs et guides de notre petite boîte.

La neige est au rendez-vous, ce qui ravit mes clients originaires de la Haute-Savoie et de l’Isère pour la plupart, sevrés de poudreuse en cette fin d’année. Après vérification des ARVAs, on part tranquillement sur le GR qui nous mène aux chalets du Clapeyto. Pas grand monde, là haut car le ciel est voilé et le vent d’Ouest souffle assez fort. Il doit faire moins huit… Le pique-nique, pourtant à l’abri d’un chalet, est écourté : tant pis pour le marbré aux écrevisses ! Nous nous engageons alors dans la descente du Collet.

J’invite mes raquetteurs à sortir des traces pour tester leur virtuosité : glissades et fous rires dans un vaste clapier recouvert d’une profonde poudreuse. Arrivés au Planet, j’ai le choix entre une descente sur le goudron de plus d’un kilomètre et la découverte d’un sentier en balcon. Rassuré par la forme de mon équipe, je propose l’option sauvage. Nous sommes récompensés par une magnifique ballade, sur une trace étroite où ne passent, en hiver, que mouflons et chamois. La fatigue se fait maintenant sentir et nous nous engageons sur une dernière descente surplombant le gîte. Le chemin est maintenant presque déneigé, je conseille pourtant à mes clients de garder les raquettes aux pieds. L’explication ne tarde pas à venir : de magnifiques et épaisses nappes de glace vive traversent à plusieurs reprises notre trace : sans raquettes à crampons, c’est le valdingue assuré ! Je retrouve avec plaisir, Mathieu le patron du gîte et son fouillis bohème, son excellente cuisine et surtout son vrai sens de l’accueil.


Dimanche 31 Décembre.


Grand beau !... et itinéraire facile. J’en profite pour confier la carte et la boussole à Gilles qui souhaite se rendre au petit lac Laus niché dans la forêt de mélèze. Je ne suis pas déçu car la montée, hors sentier, est superbe. Nous en profitons pour faire connaissance avec les traces laissées par les animaux : chevreuils, cerfs, chamois… et bientôt sangliers . Après une halte à ce lac, nous nous dirigeons vers la crête des Fonsettes, le soleil tape fort et nous mettons les raquettes sur le sac. Au détour d’un virage, je surprends un chamois mâle qui détale dans la forêt. Hélas mes camarades n’ont pas eu le temps de l’apercevoir. Le pique-nique est fort agréable avec pour dessert des ananas présentés, comme au restaurant…

La bonne humeur est générale et après une sieste au soleil, la promenade digestive nous conduit au lac des Roues, bien connu des promeneurs. Le lac est bien gelé et sa surface nous permet de découvrir de belles traces d’animaux : là une biche a glissé, ici une martre a poursuivi un écureuil…

Bientôt nous découvrons Château-Queyras, fort du XIV, renforcé par Vauban (évidemment) pour se défendre des Piémontais.

La fin de l’après-midi est consacrée à une marche en forêt le long d’un canal d’irrigation qui nous mène à notre deuxième gîte, à Souliers, au pied du Pic de Rochebrune, point culminant du Queyras.  Un nouveau couple de gérants prendra soin de nous pour cette soirée de réveillon. Au menu, foie gras, et gigue de biche…  Jean-Luc, notre boute-en-train met le feu à la salle et minuit arrive sans que nous ayons langui.  Je me couche peu après car la journée du lendemain est longue et exigeante et la météo guère encourageante.
 

Lundi 1er° Janvier

Bonne année... Sous la pluie ! Beurk… Bon tant pis, à 9 heures, nous partons plein d’espoir. Les cimes sont encore visibles au travers des nuages de pluie-neige. La limite est au-delà de 2000 et nous sommes à 1800. Après dix minutes de marche facile, une rafale de vent en pleine face me contraint à changer mon plan : à ce rythme-là nous serons trempés en quelques minutes. C’est le Kaï-Kaï général vers le gîte où nous attendons une accalmie autour d’un thé chaud.

Deuxième essai vers dix heures, la pluie s’est calmée et la neige nous rattrape qu’à la bergerie, où un abri sommaire nous attend.

Il est maintenant hors de question de rejoindre le lac de Souliers, perché à 2492 mètres, surplombant des pentes schisteuses, donc sujettes à coulées de neige lourde*. J’emprunte le lit du torrent de Souliers qui est gelé. La progression en « ruisseling » est amusante et sans danger. C’est aussi moins fatigant que de faire la trace dans cette neige alourdie par la pluie. Enfin nous dépassons la limite pluie-neige. La neige tombe à gros flocons…

* Deux jours après une avalanche a emporté deux skieurs sur ces mêmes pentesC'est l'hiver...

Je propose de monter au pied de la crête du Clôt Chamaurie car je pense pouvoir y observer des chamois vers le col de Razine. Le prix à payer est une fin de montée très raide, entre quelques pauvres mélèzes, à l’abri des avalanches. On apprend alors à se servir des pointes avants, à faire des conversions en raquette. Comme le dit Jean-Luc : « Gérard t’es con, mais qu’est ce que c’est bon ! ». Le groupe se débrouille très bien ; je suis quand même content quand nous débouchons sur le replat vers 2300 mètres où nous nous regroupons dans le blizzard. Les difficultés ne sont pas terminées, car nous devons maintenant traverser une pente d’environ 200 mètres à 30° surplombant une autre pente un peu plus raide : impressionnante mais avec une faible exposition, car la couche de neige mouillée est stable et le sol, composé d’un pierrier, ancre solidement celle-ci.

Je prends soin néanmoins de faire la trace en appuyant fortement, au cas où, et je fais prendre les écarts entre les membres du groupe. Ouf… Nous voilà bientôt sur des pentes plus débonnaires… Au moment, où je commence une explication sur l’origine océanique d’un bloc de serpentine, une harde de chamois décide de venir vers nous afin de ne pas se trouver acculée contre la paroi rocheuse.
Nous en comptons plus de dix qui passent à moins cinquante mètres. Je demande au groupe de ne pas bouger afin de ne pas les effrayer davantage. Au loin, un vieux mâle, après avoir gratté la neige, imperturbable  continue de mâchonner son genévrier.

C’est le moment de la descente en raquettes, ou sur les fesses dans la forêt de mélèze, où nous percevons le « glouglou » d’un tétras lyre.

Nous sommes affamés et malgré l’inconfort de l’appentis de la bergerie nous dévorons nos provisions améliorées par l’apport de Francis et Marie-Christine, vrais montagnards et éleveurs de canards : foie gras, vin blanc liquoreux et poire Williams: Santé (en attendant le vin chaud du soir) !


Mardi 2 Janvier


Enfin, il a neigé, « pour de vrai »… La tempête a soufflé avec violence toute la nuit. La bise descend des pentes du Rochebrune. Après le passage de ce front froid, nous sommes désormais dans un ciel de traîne et nous devrions voir bientôt le soleil. Après une brève portion sur la route, recouverte de glace et de neige, nous nous engageons sur le sentier où la neige est immaculée : nous en profitons pour identifier de nombreuses traces. Cette descente dans une forêt de pins sylvestres n’est que plaisir, car nous sommes à l’abri du vent et bientôt le soleil fait sont apparition.

ll faut cependant marcher et attaquer bientôt une petite montée vers le hameau du Rouet. Pour cette dernière montée, je prends un rythme « de course » afin de faire un petit décrassage. Finalement, seul Francis, qui se plaint de sa forme en baisse (…) suit le rythme et bientôt me dépasse. Nous arrivons, les joues rosies au Rouet.


Cette fois-ci, et à regrets, c’est la der des ders des descentes… Nous traversons Meyries, et sa petite chapelle qui nous rappelle des souvenirs nostalgiques. Il était un temps….

Un dernier pique-nique et nous débouchons sur la route départementale, à une encablure de Ville Vieille, où nous attend l’indispensable et efficace Patrick au volant de son mini-bus. Allez, un dernier vin chaud.... Je quitte à regrets mes clients en me disant que travailler avec des gens aussi ouverts et chaleureux, ce n’est pas travailler… Mais il y a une morale : demain retour au bureau.
  


 

                   

Un grand merci à nos « raquetteurs » pour leur bonne humeur et les photos qu’ils m’ont envoyées.



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