Allibert - Montagnes et déserts
 
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27/04/2007 à 10h09 - A deux pas du (Grand) Paradis

Descente sur bezzi

> Auteur Birgit S. / Voir ses carnets
> Ce carnet a été réalisé pendant : LA TRAVERSEE DU GRAND PARADIS


Diaporama (28)
Bassac Dere Descente sur bezzi
Chabot
Pont
Chabot
Camosci
Camosci 2
Renard et chamois Une fable de La Fontaine
Linaigrettes
Pluie et brouillard
Ecosse ou Italie
Neige solitaire
Montée au col
Et descente...
Vers Benevolo
Bella Montagna
Basac Dere
Bassac Dere 2
Pique nique et... Siesta
Mario Bezzi
Ultimo Passo
Les Braves ... Et le Mont Blanc
Lac Noir et arête de Monsetti
Drê dans l'pentu
Epilobes
Val de Rhêmes
Vers Bezzi
Torrent
Monsetti

Dimanche 13 août 2006

Moral en berne pour cause de météo hivernale. Triste Tarentaise grise et mouillée, tu parles de vacances ! J’aurais dû écouter mes fils et  partir sur la côte plutôt que de me lancer dans de nouvelles aventures alpines. Les « Allibert » sont vite repérés à leur mine grise et à la combinaison sac à dos et sac de voyage. Nous serons 15 plus notre accompagnateur en montagne: Gérard, mon époux.  Il est bien le seul à garder le moral sous cette pluie battante. « La météo doit s’améliorer demain avec une rechute mardi… On devrait passer.. On verra bien… » Mmmm… Pas très convaincus mes nouveaux camarades ! Un minibus nous embarque pour le Val d’Aoste. Au col du Saint Bernard, nous comptons plus de 20 cm de neige. L’ambiance descend encore d’un cran…. Car nous devons monter l’après-midi même au refuge Sella, situé à 2700 mètres, et passer le lendemain le col Lauzon, à 3300 mètres, avec une descente à 40°.  Heureusement, ce matin après avoir entendu la pluie toute la nuit, Gérard a élaboré, in extremis, un plan B : nous irons au refuge Vittorio Emmanuelle, au pied du Grand Paradis ce qui nous permet de dégager facilement sur la vallée de Pont, en cas de gros mauvais temps.

Après deux heures de marche parmi les mélèzes et les pins, sous une pluie fine et froide, nous arrivons au refuge. Il est bondé, mais le gardien nous a trouvé, in extremis des chambres de quatre. L’espace est compté, mais malgré l’affluence, le refuge est nickel : parquets cirés et accueil chaleureux.  La météo est peu engageante… On verra bien demain.


Lundi 14 août 2006

Finalement le temps n’est pas si mauvais que cela.  Nous partons assez tôt car Gérard a prévu une longue rando en balcon, en direction du refuge Chabot. Je fais peu à peu connaissance avec nos nouveaux camarades : de 18 à 75 ans, parmi eux, Didier et son grand père Charles qui viennent de Suisse.  Du sentier nous observons de nombreuses cordées sur le glacier s’élever vers le Grand Paradis qui se découvre bientôt. Au refuge Chabot, nous faisons deux groupes car Gérard souhaite emmener les plus hardis vers un col surplombant le glacier. En chemin ils traversent une harde de bouquetins accrochés aux rochers. La descente sur Pont, très largement hors sentier balisé, est magnifique mais longue : 1700 mètres en négatif.  Nous rejoignons le GR où nous admirons les travaux effectués par les ouvriers du parc : ponts, terrasses et marches  en pierres sèches. Un vrai travail d’artiste et d’amoureux de la nature ! Arrivés à la vallée, nous avons encore une bonne heure de marche pour rejoindre Pont. Nous prenons un sentier sauvage le long du torrent entre épilobes et framboisiers. Enfin vers 18 heures nous arrivons épuisés mais ravis à l’hôtel : de vrais chambres avec salle de bain et tout le tralala, mais surtout avec un dîner délicieux arrosé de vin de pays. Mireille, des Côtes du Rhône et Jean-Michel, champenois, tous deux vignerons, apprécient en connaisseurs. Nous nous endormons avec un bon moral car la météo prévoit du grand beau pour le lendemain.

Mardi 15 août 2006
Pour « Ferragosto » tous les italiens sont de sortie, aussi choisissons nous un chemin de traverse à l’écart du GR. La montée est superbe et nous offre à chaque virage une vue différente sur le Grand Paradis. Nous montons d’un pas vif. Sophie, quant à elle, a choisi délibérément, la technique du « chi va piano, va sano » et monte à son rythme 300 mètres heures, pas un de plus et pas un de moins. Ainsi notre guide fait l’accordéon entre la tête et la queue du groupe. Pas de problèmes pour les plus rapides qui attendent au col car la vue est panoramique. Plutôt que de redescendre sur le GR et la foule des italiens en promenade, Gérard donne la boussole et la carte à Marie Claire et lui demande de nous conduire à un minuscule lac, vaguement indiqué sur la carte, à environ deux heures de là. Le but de ce jeu de piste est de nous rendre chacun un peu plus autonome et de découvrir des endroits en dehors de tout passage. Après deux heures de terrain « Off Track », nous arrivons enfin à un petit lac, entouré de pelouse et de linaigrettes. Il était temps car nos estomacs crient famine. A quelques mètres de nous des mamans chamois escaladent les blocs accompagnés de leurs étourlous. Nous voyons même un renard courir après un chamois, alors qu’un aigle adulte nous survole ! Après une belle sieste ensoleillée, nous explorons les environs, d’autres petits lacs cachés derrière la moraine constituée de grands blocs de gneiss. Le génépi abonde… Le soleil commence à décliner, nous nous laissons paresseusement glisser vers le refuge Savoia. Le dortoir ne paie pas de mine et les lits ne sont pas au top. Mais nous sommes entre nous dans l’annexe et nous avons des douches chaudes. Le repas à base de spécialités locales (pas vraiment végétariennes) est pantagruellique. Ouf… Nous sortons égayés par les vapeurs de génépi. L’ambiance tourne vite cependant : il pleut à grosses gouttes. Gérard prend la température : 2°C… Il regarde vers le col Rosset et croit apercevoir la limite pluie neige. Aiuto !

Mercredi 16 août 2006

Il a plu à verse toute la nuit. Notre guide a mal dormi, je l’ai entendu se retourner sur son lit toute la nuit. Sans doute pensait il au passage clé de la journée : un col à 3200 mètres sans doute plâtré de neige avec une descente très raide dans un pierrier. Il se lève aux aurores pour filer sous la pluie vers un refuge CAI proche, afin d’obtenir un vrai relevé météo. Il revient à l’heure du petit déjeuner : « Faut aller voir. Si c’est pas bon, nous ferons demi-tour. Tant pis pour la galère qui suivra : descente à Pont, puis Bus et remontée à Benevolo »

On part donc sous la pluie. Le silence est palpable, le paysage et l’ambiance sont d’un autre pays. On se croirait en Ecosse ou en Norvège dans ce dédale de lacs et de petites collines noyées dans les nappes de brumes qui se déchirent à notre passage.

 Alors que nous découvrons un parterre d’edelweiss la neige fait son apparition. Nous sommes cependant soulagés car le plafond s’élève progressivement et bientôt le col nous apparaît. La montée est raide, nous montons groupés pour assurer notre sécurité.  Tous, nous savourons la lumière magique et les contrastes entre le blanc de la neige et les noirs et verts des serpentines et olivines. Arrivés au  col, Gérard nous met à l’abri du vent derrière un bloc et part en reconnaissance dans la raide pente de descente. Celle-ci est impressionnante et je sens la tension monter dans notre petit groupe. En chemin,
il rencontre Thierry, un autre accompagnateur et ensemble, ils entreprennent un long travail de déneigement et de tailles de marche sur près de 200 mètres de dénivelée. La descente demande cependant à être attentif. Notre guide reste en arrière avec les moins agiles, prêt à sortir la corde. Mais avec l’aide de nos bâtons de marche, la difficulté est franchie dans la bonne humeur. Le trajet vers le refuge Benevolo est splendide avec des sentiers taillés dans la falaise avec pleine vue sur le val de Rhême. Nous arrivons enfin au refuge Benevolo…

Heureusement, Gérard nous avait prévenu : confort très rustique, gardienne pas très sympa et douche froide ! La vraie montagne quoi ! Il avait presque raison… Car les gardiens qui ne veulent plus s’ennuyer ont coupé la douche. Ce sera torrent pour les plus courageux et toilette de chat pour moi et mes copines. Finalement, la soirée se passe bien, grâce à la bonne humeur et la cohésion naissante de notre groupe.

Jeudi 17 août

Malgré un temps maussade, nous sommes confiants, car l’itinéraire du Bassac Dere est faisable même par temps de neige, à condition de savoir s’orienter. La boussole est confiée à Didier notre benjamin qui prend cette responsabilité au sérieux. Après une première montée agréable, nous arrivons sur un bel espace lacustre comblé par les sédiments du glacier. Le génépi pousse comme du chiendent, ou presque. Le col est accessible après une raide montée dans la neige et les éboulis. Attention aux glissades et aux chutes de pierres !

L’arrivée au col justifie tous nos efforts, car celui-ci est situé au-dessus d’une immense cuvette glaciaire illuminée par un soleil timide. Nous faisons le plein de photos et nous nous engageons dans la descente sur la moraine. Il est facile de s’y égarer… Un petit pas, un peu exposé, est rapidement sécurisé par la pose d’une corde fixe. Le soleil est maintenant présent et nous nous installons pour le picnic-sieste avec vue imprenable sur le glacier. La promenade digestive nous amène tranquillement au refuge Mario Bezzi, sans doute un des meilleurs refuges de toutes les Alpes : chambres de quatre en mélèze massif, douches propres et spacieuses et bien entendu, un accueil parfait. Nous profitons de l’heure de l’apéro pour préparer la salade du lendemain : tomates, thon et œuf dur avec un brin de céleri et des olives pour relever le tout. Touchante attention, Charles en parfait gentleman, informé de mon anniversaire me fait un petit cadeau. Le dîner, « naturalmente perfetto » est conclu par une tournée de Groll, spécialité alcoolisée du Val d’Aoste : et glou et glou…


Vendredi 18 août

Les nuages du petit matin se dispersent peu à peu. Deux options s’ouvrent à nous  pour rejoindre la France et le refuge de l’Archeboc : une option ultra sportive par un col haut perché avec une descente très raide sur le refuge et un cheminement moins sauvage par le GR et le col du Mont. Gérard opte pour la sécurité car il craint encore la présence de neige vers l’Archeboc.

Pas de regrets, les points de vue sont à couper le souffle et la montée au col de Mont est tranquille et fleurie. Le col du Mont atteint nous nous installons sur une petite plateforme au soleil.

Gérard emmène Claire, Daniel et Jean Michel pour un court crapahut sur les crêtes. Pas de difficulté, même s’il faut parfois mettre les mains et faire attention au placement des pieds. Leur peine est bien récompensée car depuis leur nid d’aigle ils ont une vue imprenable sur la face Sud du Mont Blanc.

Nous sommes les seuls clients du refuge de l’Archeboc et la gardienne, bien sympathique nous explique que la saison n’a pas été fameuse… « Mais où sont passés les montagnards ? »

Nos automatismes sont maintenant bien huilés : apéro, préparation collective de la salade…

Ce soir, tournée générale grâce à de généreux donateurs. Nous faisons assaut de discours et remerciements car nous savons que demain nous devons nous séparer.



Samedi 19 août
 
Vent du Sud et roulement de nuages… Aucune inquiétude cependant car nous avons de nombreux dégagements et pouvons randonner à volonté. Nous montons donc vers le col du lac noir enchâssé dans un écrin de tombants verdoyants. Nous nous attarderions volontiers mais nous avons rendez-vous à 14 heures et Gérard nous propose de parcourir les arêtes de Monsetti : « C’est parfois un peu raide, mais je vous ai vu à l’œuvre… Vous en êtes capables ». Confiants nous le suivons dans cette marche amusante où nous devons choisir notre cheminement pour éviter les difficultés. L’heure tourne et arrivés à un petit col nous descendons une pente herbeuse bien raide. Nous voilà maintenant dans un no man’s land de myrtilles et de rhododendrons où les seules traces sont celles des sangliers et lagopèdes. Claire est aujourd’hui à la boussole et nous mène à un tout petit lac entouré d’épicéas. Ce sera notre dernier picnic. Naturellement, pour éviter le goudron, nous dénicherons une petite sente qui nous mènera juste devant notre point de Rendez Vous et une dernière tournée générale.  


                                                                                        Birgit

 

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