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Gérard G.
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Clairette-Génépi, la reco…
L’accompagnateur, c’est bien connu, est un être à part, un véritable professionnel !
- Il ne marche pas : il compte ses pas.
- Il ne s’égare pas : il prospecte
- Il ne mange ni ne fait la sieste : il ajuste son métabolisme.
- etc.
Et naturellement, il ne part pas en week-end et ne fait pas les ponts du mois de mai : il part en reconnaissance !

C’est ainsi que je me suis retrouvé, le 8 mai, dans le vallon de Combeau (Sud Vercors), avec mon épouse, pardon ma cliente-test. Avec ma « chum de fille », aucun risque, malgré le bout de corde et les sangles en fond de sac, de dépasser les prérogatives de l’accompagnateur en moyenne* montagne. « Tu es sûr qu’on a pris la bonne direction ? », « Je ne vois plus les cairns », « C’est bien trop raide » figurent parmi ses expressions favorites.
* c'est elle qui insiste
L’objectif de cette sortie, pardon, reconnaissance est de repérer les deux premiers segments du raid Die-Guillestre. A l’origine, ce raid avait été baptisé Clairette-Die… Mais les experts de la Com Allibert ont rapidement corrigé le tir. « Faudrait quand même pas que Allibert récupère tous les poivrots de la montagne ! ». Des poivrots sur ce raid ? S’ils sont capables de parcourir, chaque jour, quelque 20 km et 1500 mètres de dénivelée, sur du terrain à chamois, pourquoi pas ?
Pas du Gris ou Pas du Loup ?
La première journée du raid consiste donc à rejoindre Combeau depuis Die en traversant la partie la plus sauvage des Hauts Plateaux du Vercors : Le Jardin du Roi : un vaste espace accidenté et paumatoire, avec ou sans brouillard. Notre première journée de reconnaissance consiste ainsi à explorer les « Pas » nous permettant d’arriver directement sur l’auberge de Combau et à choisir le plus intéressant. Je repère rapidement deux possibilités: le Pas du Gris et le Pas du Loup, parcourus par les seuls gardes du parcs et rares locaux.
Nous partons donc au petit matin et dénichons rapidement une vague sente qui monte droit dans la pente. Bientôt quelques cairns nous emmènent au travers d’une petite barre rocheuse où les anciens ont taillé le rocher pour rendre le passage plus commode. Nous atteignons alors le pas dominé par des falaises ocre. Je constate après une rapide visée que la position est erronée sur la carte IGN. Cela est rare, mais guère étonnant car l’endroit est sauvage à souhait. Alors que nous nous engageons dans les Marcéchaumes, une longue dépression boisée, un grand cerf, tête nue, s’enfuit à notre vue. Un col haut perché nous offre maintenant une superbe vue sur le vallon enneigé du Jardin du Roi. Prévoyants nous enfilons nos raquettes et nous nous laissons glisser vers la nouvelle bergerie, puis bientôt vers les ruines de la vieille jasse. Nous abandonnons alors la présence rassurante des cairns pour nous diriger à la boussole pendant une bonne demi-heure dans un terrain lapiazé pour atteindre les ruines des Echelles.
La fatigue commence à se faire sentir après près de quatre heures de marche. Nous nous engageons néanmoins dans un long
vallon montant pour rejoindre la plaine annonçant la barrière Orientale du Vercors. Après le pique-nique sieste, il est tentant de redescendre par les voies classiques vers le val Combeau. Mais le devoir (et le plaisir), l’emporte. Nous grimpons facilement au Sommet de la Montagnette qui nous régale d’une vue panoramique sur le Mont Aiguille, le Grand Veymont. Le parcours d’arête est de toute beauté, entrecoupé par quelques pas vertigineux. Pas question de faire passer un groupe par le « Grand Pas », vaste toboggan qui plonge vers le Val Combeau ! Un troupeau de biches détale à notre approche et nous indique la direction du Pas du Loup. Après quelques hésitations, nous nous engageons dans une vaste rampe de plus en plus raide, sans jamais être exposée. Ici, plus de sente, ni de cairn… Nous sommes dans un authentique terrain à chamois. D’ailleurs un vieux mâle détale devant moi, les poils de l’échine redressés ! Nous descendons au mieux et finalement retrouvons une vieille sente de chasseurs qui nous amène à quelques mètres de l’auberge. Ce splendide itinéraire (Les Echelles-La Montagnette-Le Pas du Loup), sera évidemment le notre, à condition, naturellement que la météo s’y prête et que le groupe ait la condition physique et le pied suffisamment sûr. Mais un niveau 6, cela se mérite !
Marathon des cimes
Le lendemain, nous partons aux aurores pour une belle journée où nous prévoyons de parcourir toutes les crêtes du Combeau au Jocou! La première montée vers les crêtes de Praorzel est débonnaire. Avec le printemps, les alpages retrouvent quelques couleurs: crocus, anémones, gentianes, orchidées… Nous essayons, quitte à dédaigner quelques sentiers, de rester au plus près de la crête en gardant à notre droite les falaises d’Archiane et de Combau et à notre gauche les crêtes enneigées de l’Oisans, du Devoluy et de la Montagne de Burle. Le sommet du Barral est vite atteint par une belle arête rocheuse. De ce
belvédère, nous découvrons le parcours jusqu’au Jocou. Birgit soudain ne trouve plus du tout le paysage aimable et printanier. Son sourire se glace à la vue de la Montée de Seysse : 300 mètres de dénivelée presque verticale et dans l’ombre! Je la rassure en la mettant en garde contre cette illusion d’optique. C’est, malgré mes paroles rassurantes, nerveusement qu’elle parcourt la crête nous menant jusqu’au col de Seysse, sans prêter attention aux multiples pulsatiles qui poussent entre les blocs de calcaire. Peu à peu son angoisse s’apaise. C’est raide, certes, mais pas plus que ce qu’elle a l’habitude de faire. Après un premier névé, nous montons ainsi « drê dans l’pentu » en une seule traite pour déboucher sur un merveilleux promontoire entre miroirs de pierre et névés verticaux. Arrivés au sommet du Jocou, nous faisons l’inventaire des sommets environnants. Non loin, le col de Grimone puis le village de Lus la Croix-Haute, point d’arrivée de cette deuxième étape. Nous abandonnons alors le trajet du raid pour descendre, hors-piste, la crête des Amousières. Alors que j’observe la couche d’un chamois située à l’ombre d’un pin à crochet, Birgit me montre du doigt le chamois, un jeune mâle, que nous avons dérangé, à quelques mètres de nous. Lentement, je dégage mon appareil photo, juste à temps pour saisir le bond de l’animal qui décide soudain de mettre un peu de distance entre lui et nous.
Il est alors temps d’entamer le chemin du retour qui nous mènera au col de Lachau puis aux sucettes de Borne au col de Jiboui, etc. Bilan de la journée 25 Km et 1800 mètres de dénivelée. Avant le départ du 20 juillet, il me reste encore à valider une belle étape de « hors-piste » dans le Valgaudemar. Encore un week-end de prospection à compter ses pas, régler son métabolisme, photographier les chamois, prélever quelques brins de génépi à but évidemment scientifique… Quand je vous dis que c’est du boulot !
Fin Juin 2008-Entre Trièves et Devoluy
Cette section entre Lus la Croix Haute et le pied de la montagne de Bure est caractérisée par sa longueur (au minimum 26 km) et un passage à basse altitude (1100 m). J’ai donc logiquement choisi un week-end caniculaire pour reconnaître cette section ! Dès potron-minet, à 6h du matin, je pars d’un bon pas de Lus pour emprunter bientôt la route forestière du Riou Froid, esthétique…Mais goudronnée. L’autre option serait de monter au col de Pré Pinel…Mais cela rajouterait une bonne heure à une étape déjà très longue. Mmmm… Peut-être faudra t’il prévoir un court transfert routier suivant la forme et l’humeur des marcheurs.
Me voilà enfin sur un beau terrain, hors sentier, au pied de La Tête de Garnesier. Le soleil commence à éclairer cette montagne qui se dresse au-dessus de la Jarjatte. Je ferais bien le sommet, mais mon programme chargé me l’interdit. Il faut avancer… Je passe donc tranquillement le col de Platte Contier et m’autorise, quand même, une petite escapade sur les
crêtes pour aller admirer les arêtes bordant le val d’Abeou, que je classe comme un des plus beaux panoramas de montagne ! Je reprends alors ma route vers le col du Lautaret sur la ligne de crête qui joue aux montagnes russes. Hors sentier, je vais « au mieux » pour rejoindre les crêtes des Amesuras puis le col d’Aune à travers une prairie fleurie et bien pentue. En contrebas du col, je refais mon plein d’eau à une belle source d’eau claire (deux gourdes indispensables). Puis, en suivant les drailles plus ou moins marquées, je trace ma route à travers genêts et argousiers pour rejoindre un autre vallon surmonté par la Pinatelle où je m’autorise une sieste à l’ombre d’un pin à crochets.
Réveil à 14h… Je m’engage alors sur une série de dos d’éléphants (schistes érodés où rien ne pousse) pour m’engager ensuite sur une vague trace perdue dans les herbes folles, vaguement indiquée sur la carte et balisée. Je la quitte bientôt à travers bois pour plonger sur la vallée du Béoux entre charmes et hêtres. Malgré l’ombre de la forêt, la chaleur est écrasante (34°C à Grenoble) car j’atteins ici le point bas de la randonnée. C’est donc avec joie que je me glisse en tenue d’Adam dans les eaux du Béoux qui dévale du col de Festre. En remontant le bras d’un torrent satellite, après quelques valses-hésitations, je retrouve le GR94 qui fait le tour du Dévoluy pour rejoindre La Montagne aux environs de 16h. Je rejoins alors le but de l’étape : le gîte ONF des Sauvas, niché dans la forêt. Une grande famille y fait une fête. Il est 17h30. J’ai parcouru les 27 km et 1300 mètres de dénivelée en un moins de 9 heures de marche, soit une honnête moyenne de 4,5 km-effort à l’heure, compte tenu de la difficulté du terrain. Plutôt que de dormir aux Sauvas, je reprends le chemin du retour en suivant la belle piste forestière des Trésaubenq, plus longue mais bien roulante. Une option intéressante si le trajet n’était pas si long. Je retourne ensuite sur mes pas pour installer mon bivouac au pied d’une cabane forestière dans une forêt de mélèze. Il est 20h30 et je suis passablement épuisé après avoir parcouru plus de 40 km.
Dimanche matin… Paresseusement, j’ai laissé sonner mon réveil. Mais à 5h30 je me lève finalement… Pas question de grasse matinée ! Je prévois, en effet, une montée sur des pentes exposées plein Est, baignées de soleil. Je pars donc à 5h45, après
avoir avalé un sandwich aux rillettes de saumon (pas terrible, mais le boulanger n’est pas passé avec les croissants!). Pendant une heure, pour gagner du temps, je suis la large piste « blanche », sans grand intérêt, qui mène à La Cluse. Mon objectif est de reconnaître l’itinéraire entre le Col du Lautaret et la Tour Carrée. J’atteins le col à 8h précise. La chaleur commence à monter. Aussi est-ce avec plaisir que je bascule sur les pentes Ouest encore à l’ombre qui mènent aux col du Vallon de Laup puis à la Tour Carrée. L’itinéraire, sauvage à souhait, parcourt une belle forêt de mélèzes, semée de places de chant à tétras lyre. Je rejoins bientôt, aux Chabottes, mon itinéraire de montée pour accélérer le pas et rejoindre Lus, 5h après mon départ. C’est décidé, ce sera Tour Carrée – Col du Lautaret et Crête des Amouseras… Tant pis pour la vue sur val d’Abeou qui rallonge trop l’itinéraire. Niveau 6 d’accord… Mais plaisir d’abord
Les Ecrins : une traversée d’anthologie
13 Juillet. Pour mon dernier Week End reco, j’ai choisi un temps de chien ! Il a plu toute la nuit… Malgré la méthode Coué « On va vers le beau… », l’ambiance dans la voiture reste au morose grisât
re, tendance essuie-glace, alors que nous roulons vers le Valgaudemar. Il est 6h du matin et il pleut à verse ! Une décision s’impose : « on fera la reco en sens inverse : de Prapic vers le Valgaudemar », la première étape en partant de Prapic étant plus facile et moins « piégeuse » que la seconde….
C’est donc à 8h que nous démarrons de Prapic perdu dans les nimbes. L’atmosphère écossaise se prête à un détour mélancolique au tombeau du poête, niché sous un énorme bloc. De là, nous décidons de partir hors sentier pour rejoindre le chemin plus haut. Funeste décision…. Avec l’orage de la nuit, les torrents ont gonflé et nous imposent une traversée Indiana Jones : corde tendue et petite culotte, toujours sous la pluie ! La suite se déroule dans le brouillard qui ne consent qu’à se déchirer au lac des Estaris.
Nous voilà maintenant à pied d’œuvre , ou plus exactement au pied du col de Prelles dont la traversée est un point fort du circuit. Côté Sud, RAS…. Ça monte pépère tranquille dans des pentes finalement assez débonnaires. Arrivés au sommet, le décor change : nous sommes dans le royaume du vertical, défendu par quelques barres rocheuses, des bandes de schistes écroulées… Le sentier n’existe plus, seule une vague trace indique que, peut être, il est possible de descendre !
Bruno, en grande forme, engage résolument un talon énergique dans la pente… Nous le suivons. Finalement, en mettant quelque fois les mains, en prenant garde à bien placer ses pieds, ça descend sans sortir la corde, de ressaut en ressaut, de touffe de génépi en touffe de génépi. La difficulté franchie, nous rejoignons le col du Cheval de Bois en traversant un immense pierrier, puis un sentier qui nous mène tranquillement au refuge du Pré des Chaumettes où orchestre la famille Ailloud et leur aide gardien : Fried, mon fils aîné.
14 Juillet: La journée démarre en fanfare à 5h45. Il a fallu négocier sec avec les filles pour obtenir un départ à 6h30. Je prévois une arrivée à 16h, mais Yves Ailloud sourit et dit à mon fils : « ils n’arriveront pas avant 17h, au mieux !»
Cette journée (à l’envers) représente en effet le point d’orgue de ce raid : 17 km de développée et 2200 m de dénivelée…. Un itinéraire de fou, réservé aux randonneurs les plus volontaires et les plus avides de découverte. Cela commence tranquillement (dans ce sens) en empruntant le GR54 jusqu’aux cols de Valette et de Gouiran (3h quand même)… Il fait un froid de canard renforcé par le vent qui projette contre nous quelques flocons épars. Au passage des cols, le sol est gelé : ambian
ce ! Nous quittons alors le GR pour suivre une belle trace de mouton et rejoindre la cabane à sel du Mourre de Clausis. L’ambiance descend d’un cran lorsque nous voyons ce qui nous attend : une longue traversée descendante (montante dans le raid) qui traverse des pentes schisteuses et pentues à souhait. Seule une vague trace de moutons, parfois de la largeur d’une semelle indique un passage possible. Après une centaine de mètres, notre amie fait un refus devant l’obstacle : trop vertical, trop de vent, trop mouillé. Je taille pourtant de larges marches dans le schiste avec mon piolet, lui propose d’installer une corde fixe… Rien n’y fait. Accompagnée de Birgit, elle rebrousse le chemin pour rejoindre le GR et descendre par le tour des Ecrins vers la Chapelle. Nous continuons avec Bruno sur cette trace incertaine. En fait peu à peu la pente se calme et la trace devient plus large. Notre conclusion : en montant, par beau temps, avec des clients au pied sûr, cela passe sans problème mais avec un peu d’émotion.
Arrivés au Vallon long, nous construisons quelques cairns, à l’usage des groupes prochains, puis remontons sans plus de problème vers le col de Morges, superbement isolé à 2800 m. Je fais le pari que ce col voit moins de dix personnes par an… La descente sur La Chapelle est d’anthologie : pentes raides mais molles de schistes, parcours d’arêtes où poussent l’achillée naine, le génépi, pelouse rase, précipices… Nous rejoignons un sentier pour faire le tour du cirque de la Buffe. Après un alpage parsemé de ruines, le sentier en zig zag, s’engage dans une pente à plus de 50° au milieu des vernes qui jouent les alpinistes. Il faut être attentif et ne pas se laisser distraire par les innombrables lys martagons, lys orangés qui semblent plantés par un jardinier des montagnes… Nous atteindrons finalement La Chapelle à 16h08 ! Dans le sens du raid, il faudra sans doute compter une journée de douze heures. Le prix à payer pour avoir accès à un itinéraire unique et sauvage, une longue remontée dans un temps où la montagne était encore le refuge de l'imaginaire.
Ce carnet a été lu 503 fois depuis le 11/05/2008 à 09h45