1 er essai et reussite totale
L'histoire a commencé il y a plusieurs années quand une bonne connaissance à moi s'est vu offrir la montée au Mont-Blanc pour ses 60 ans. Après avoir écouté le récit de son aventure je me suis dit « toi qui aime tant la montagne tu dois faire cela un jour » J'ai ainsi fait « la Roche Faurio » dans la barre des Ecrins, mais j'avais le toit de l'Europe dans la tête à partir de mes 55 ans. Ayant arrêté la course à pied pour des raisons de sciatiques récurrentes et suite à un petit pépin de santé, j'ai décidé d'engager le processus en 2009.
A ma femme j'ai dit « l'an prochain en septembre je fais le Mont-Blanc et en plus comme je parraine une association d'enfants malades j'emmène le tee-shirt à leur logo au sommet », à bon a t-elle répondu et comment comptes-tu faire ; « bah je vais prendre un guide » c'est alors qu'elle est entrée en piste et a participé à la réussite totale du projet. Quelques jours plus tard elle me dit « Allibert organise des séjours sur une semaine avec initiation aux techniques de glacier et acclimatation à l'altitude, ça me paraît bien comme solution » effectivement l'idée est très intéressante mais coûteuse. Après réflexion je dis ok pour cette solution qui me paraît effectivement être la meilleure.
A partir de ce moment là commence la réflexion sur d'une part l'achat de l'équipement, en effet ma grande crainte est le froid qui peut survenir souvent sur le sommet et d'autre part l'entraînement physique pour assurer une ascension efficace. De plus depuis mon petit pépin de santé, dans certaine circonstance de stress ou de fatigue, j'ai des soucis avec le vide. Début septembre tout est au point reste à attendre le jour j.
Départ le lundi matin vers 7 h pour rejoindre la gare de Montroc près de Chamonix. Sur place je retrouve mes compagnons de voyage ,Régine, Mick, Michel, Etienne, et Eric notre guide qui fera le tour des sacs pour éliminer le superflu, à ce petit examen je suis satisfait par les vêtements que j'ai achetés . Après la distribution du matériel adéquate, piolet, baudrier, chaussures et casque nous partons vers le télécabine qui doit nous déposer au pied de notre première destination. En effet durant 2 jours nous allons nous familiariser avec les pratiques de montagne et nous acclimater à l'altitude. Après une montée très raide nous arrivons au 1er refuge, Albert 1 er , nuit moyenne et temps passable. Le lendemain sous un ciel gris et neigeux, nous faisons nos premières armes sur le glacier avec les techniques du cramponnage, puis nous gravissons un 1 er col ( Le Trient) mais nous ne poursuivrons pas jusqu'au refuge suivant à cause du temps incertain. Retour à Albert 1 er , soirée tranquille après un bon repas, petite nuit dans le dortoir comme souvent.
Le lendemain le temps est très maussade puisqu'il neige, nous nous équipons en conséquence et partons faire de l'initiation à l'escalade avec crampons aux pieds, ce sera mes premières frayeurs car l'âge aidant les appuis sont moins surs et l'appréhension du vide se fait ressentir, grimper dans les rochers enneigés crampons aux pieds s'avère délicat, comme je dis à Eric « heureusement que le brouillard nous empêche de voir le vide » . Viens ensuite la descente dans le brouillard, Eric, notre guide se retrouve soudain face à une pente impressionnante « j'ai du me décalé un peu à cause du brouillard dit-il » et il décide de franchir l'obstacle en descendant face à la pente enneigée et verglacée. A mi chemin, soudain nous entendons notre camarade de cordée situé au-dessus de nos têtes crié « chute » et le voilà qui dévale vers nous dans la pente entraînant d'abord Mick, par réflexe j'essaie de planter mon piolet dans la neige en vain, je décroche aussi, Régine essaie de faire de même mais elle est emportée aussi, heureusement Eric mettra fin à notre chute, belle frayeur quand même.
A peine remis de nos émotions Eric dit « tout va bien » nous répondons en chœur « pas de soucis » cependant je ressens une douleur sur la cuisse et je m'aperçois qu'une auréole de sang commence à s'étaler sur mon pantalon. Je défais le fermeture située au niveau du genou ; résultat des courses un coup de piolet ou de crampon dans la cuisse qui a troué mon pantalon et d'où s'échappe un peu de sang mais rien de grave, j'espère cependant ne pas avoir de séquelles pour les jours à venir. Retour au refuge pour une nuit, soins appropriés à la blessure. Le repas et la soirée se déroulent autour de cet incident et je ne peux m'empêcher de penser que finalement j'ai eu beaucoup de chance que la blessure ne soit que superficielle. Le lendemain nous descendons dans la vallée pour nous reposer, faire quelques achats notamment d'eau puisque le refuge à prévenu qu'il n'y avait plus d'eau courante pour se laver et boire et qu'il faudra acquitter 5€ par bouteille. Après un bon décrassage nous partons dîner au restaurant où notre camarade de glissade décide d'offrir une bonne bouteille pour se faire pardonner. En ce qui me concerne d'ailleurs petite inquiétude car ma cuisse me fait souffrir certainement plus à cause du choc.
Le lendemain, jeudi 9, c'est les grands préparatifs, Eric refait le tour des sacs pour que nous puissions emmener le minimum de vêtements puis c'est le grand départ, la tension est palpable mais l'équipe est super soudée et conquérante. Télécabine à Chamonix puis train jusqu'au refuge du Nid d'Aigle, de la nous ne pouvons emprunter la voie ferrée à cause de travaux donc nous montons par un chemin escarpé au bord du vide, commence déjà mes petites angoisses mais bon, heureusement nous rencontrons quelques bouquetins prêts à poser pour la photo. Arrivé au refuge de Tête Rousse à 3267m d'altitude pour moi tout va bien et c'est là que notre guide nous dit « venez, je vais vous montrer la route pour demain et il pointe du doigt une bâtiment tout en haut du falaise vertigineuse. Le refuge du Goûter, est là planté en haut d'un pic rocheux. Ma première impression est terrible, je ne pourrai pas monter, la pente est tellement raide vu d'ici que je me demande comment je vais y arriver, d'ailleurs je ne suis pas le seul nous sommes tous interloqués. Eric nous rassure « pas de soucis il y a un sentier c'est facile » je ne suis pas du tout convaincu par son encouragement mais bon heureusement je sais pour qui et pour quoi je monte au sommet et rien dans ma tête rien ne m'arrêtera. C'est dans une ambiance bruyante comme dans tous les refuges que nous prenons un bon repas copieux en repensant à la grimpette de demain, et que nous faisons une bonne belote pour nous détendre. Juste avant le coucher Eric nous appelle « j'ai fait la répartition des cordées (les ascensions ne peuvent se faire à plus de trois par cordée) pour demain vous me donnerez votre avis. C'est Mick qui fera équipe avec moi, je suis très satisfait car il éprouve les mêmes sensations que moi et nous ne pourrons que nous entre aider.
Vendredi 10, après une nuit difficile à cause du bruit nous attendons les guides de renfort, le stress se lit sur les visages mais la bonne humeur est de mise surtout que dehors le temps est magnifique. Les guides arrivent vers onze heures, pour Mick, 63 ans et moi c'est Andréa un italien qui nous prend en charge d'après Eric ce devait être un jeune plein de vitalité et en fait Andréa a une cinquantaine d'années et paraît calme et décontracté. Equipement, conseils et nous voilà en route. Passage dangereux sur une petite partie de la montée au début pour cause de chutes de pierres occasionnées par les cordées situées au-dessus de nous, puis c'est la montée dans les rochers, heureusement le mur n'est pas si raide que cela paraissait mais bon la montée est très difficile, moitié escalade, moitié marche aérienne , j'essaie de vaincre du mieux possible ma petite appréhension du vide et j'évite surtout de penser au retour face à la pente et avec une certaine fatigue.
Après 2h 30 d'effort nous arrivons soulagés sur le piton rocheux du refuge du Goûter 3800m où nos compagnons de route nous accueillent appareil photo en main. Pour moi et mon compagnon de cordée c'est déjà une première victoire, ce qui nous rassure c'est notre forme physique, pas de souci d'altitude n'y d'essoufflement c'est déjà cela.
Soirée repas très bruyante et stressante où un événement va un peu nous contrarier en effet Eric s'installe en face de Régine « après discussion avec votre guide et au regard des impératifs d'horaires imposés par le refuge et le train le lendemain, je ne peux pas te laisser monter au sommet demain » Nous sommes tous un peu médusés et Régine accuse le coup, bien que sachant qu'elle soit effectivement moins rapide que l'ensemble du groupe elle répond « les jours passés j'ai souffert mais aujourd'hui j'étais pas trop mal » « oui répond Eric mais le rythme va être soutenu demain, je ne peux pas prendre le risque de pénaliser ton compagnon de cordée qui lui est très physique ; si tu coinces vous redescendez tous les trois ». Régine le regarde un peu déçue mais elle sait qu'elle est un peu juste physiquement.
Nous passerons le reste de la soirée à la réconforter en lui disant que maintenant elle sait qu'elle peut le faire et qu'elle reviendra avec un guide en prenant tout son temps. Après cet intermède nous passons à la préparation des vêtements et du sac à dos, eh oui il ne faut rien oublier, sinon....personnellement je fais et défais mon sac au moins dix fois. Dans le stress je ne retrouve ni mes petits gants ni mon bonnet, je m'énerve je râle et je m'angoisse heureusement Jacques me prête une paire de gants et au gîte je trouve un bonnet. Avant d'aller dormir nous apprécions un magnifique coucher de soleil que seule la montagne peut nous proposer, un ciel de feu sur un océan de nuages rougis qui s'étendent à l'éternité. La nuit sera courte en sommeil et longue en attente.
Samedi 11 septembre, trois heures du matin, la nuit est belle à ravir, le ciel a revêtu sa parure d'étoiles, le murmure du vent nous berce le corps, le bonheur est à portée de souffle. Déjeuner dans une ambiance mi euphorique, mi angoissée mais impatiente. Andréa , « bon c'est le moment mettez vos crampons, prenez frontale, bâtons et piolet et en route ». Tous mes mouvement sont empreints de stress, d'impatience et d'envies mélangés, nous mettons un temps fou à nous équiper Mick et moi comme deux gosses qui construisent leur premier légo. Voilà nous sommes prêts nous partons dans la nuit éclairant la neige blanche tels des guirlandes de noël. La première petite pente est raide le souffle s'acclimate. Malgré la petite lueur qui nous entoure je sais qu'autour de nous les pentes sont vertigineuses mais magiques, cette sensation est indéfinissable.
Nous marchons tranquillement mais volontairement dans les pas d'Andréa, le vent frais caresse notre espoir le plus fou .......le sommet. Devant nous le scintillement des frontales nous laisse entrevoir la route à suivre et les pentes à gravir. De temps à autre nous doublons une cordée moins rapide, un peu plus loin nous retrouvons le groupe avec Michel , Etienne et le guide Christian et ses 50 ans qui nous charrie au passage. La progression se fait sur un bon rythme, nous passons allègrement l'arête des Bosses en haut de laquelle nous faisons une halte pour nous restaurer, boire et laisser nos bâtons pour prendre le piolet. Le silence de l'aube m'envahit le corps « aller René ne pense qu'au sommet et rien d'autre tout va très bien ». La nuit semble me répondre « bien sur aucun problème, tu sais pourquoi tu es là et rien ne t'arrêtera ».
Nous voilà repartis, moi dans les traces d'Andréa que je suis de très près d'ailleurs un détail me surprend « euh Andréa tu n'as pas de frontale » plus de pile répond t-il mais je marche dans les traces de la cordée de Michel et puis c'est un peu mon jardin blanc le Mont-Blanc. Petite descente avant d'attaquer le plus dur. Tout d'abord une montée raide dans laquelle notre guide satisfait de notre allure double deux cordées. Le souffle est bon, le physique est présent, l'émotion est à fleur de peau. Nous grimpons, grimpons en regardant au loin les lucioles qui nous précèdent, et ça paraît très loin, et pourtant à cet instant précis je sais maintenant que c'est gagné que rien ne peut m'empêcher d'aller au bout mais il faut que je contienne mon émotion. Nous arrivons maintenant sur l'arête sommitale, ultime et grande difficulté située à ½ heure du sommet. A droite un vide vertigineux de plusieurs centaines de mètres et à gauche une pente raide qui s'éclipse comme une image sans fond et nous en équilibre sur une bande de 1 mètre de large. L'ascension se poursuit nous devinons à l'horizon les prémices d'une aube naissante et la venue d'un spectacle grandiose. La montagne va jouer sa partition finale en ré majeur. Andréa, certain de notre volonté arrive derrière une cordée lente « ça va René et Mick », « je réponds oui ça va » « alors on double dit Andréa » « moi, euh où il n'y a pas de place » « à gauche répond Andréa » « ok nous te suivons dis-je légèrement tendu » et nous voilà partis à dépasser les 2 cordées.
Un petit quart d'heure et c'est gagné nous lance Andréa, le spectacle du levé du jour va être splendide. Il ne reste maintenant que quelques mètres, le vent s'est levé brutalement, les yeux rivés sur les talon de mon guide, je n'ose regarder le spectacle. Le sommet est là je suis dessus, 4810m de bonheur et de joies intenses. Je relève les yeux, quel paysage grandiose autour de nous, les montagnes bercées par la lueur du soleil sortant de sa léthargie ressemblent à une peinture de feu.
Par sécurité Andréa nous fait descendre sous l'arête à l'abri du vent, c'est là que nous nous embrassons tous les trois, les yeux embrumés de bonheur. Le plaisir explose à l'intérieur de mon corps. « Andréa, j'ai une photo à faire très importante pour Naëvus » « ok répond t-il » je sors mon appareil photo et le tee-shirt de ma poche, nous remontons sur le sommet où le vent commence à s'accentuer comme si la montagne nous demandait déjà de repartir rapidement pour garder la blancheur de sa robe. La photo est prise, je respire une dernière fois le parfum de l'immensité indicible de cette aventure, Dieu que c'est beau que c'est fort.
Il faut redescendre maintenant dit Andréa, le vent devient vif . Nous reprenons notre route vers la descente, qui sera longue et difficile 2700m de dénivelé négatif avec un passage sous le refuge du Goûter où la neige nous corsera considérablement la difficulté. Je n'aurai qu'une idée en tête, vaincre mon appréhension du vide et mes pensées irons vers ma femme, mes enfants et mes petits enfants. Je suis tellement heureux que j'ai des jambes de feu et la descente se déroulera impeccablement. Pour mémoire départ 3h30 du refuge du Goûter, arrivée à 6h45 au sommet descente dans la vallée pour prendre le train de 15h45 et retour à Saint-Priest en Ardèche vers 22h30 et 4500m plus bas.
Que l'aventure a été belle, belle, belle mais dure dure dure. Je dédis celle ascension et ce récit à ma femme qui m'a permis de monter un projet voué à la réussite grâce à sa grande pertinence, aux guides Eric, Andréa et Michel qui sont des être formidables auxquels vous confiez vos vies et vos envies et qui vous prennent en charge comme leur propre famille, à Mick mon compagnon de cordée qui m'a soutenu et accompagné dans ce rêve, à tout le groupe pour la magnifique générosité et la bonne humeur de chacun.
bonjour,voila un récit qui donne envie de tenter l'expérience de cette aventure. Merci pour avoir su traduire toute l'émotion, la poésie,la solidarité et la beauté de cette expériebce humeineque.En attente d'un autre récit de votre futur périple.
Objectif 2011 pour moi, le récit de cette aventure permet de savoir un peu les sensations que l'on éprouvera et il faut dire que la change d'avoir du beau temps est quand même un facteur important, de ce côté René tu as eu de la chance pour une première tentative.
Je viens de lire ce récit et le commentaire de Jordan, effectivement si celui-ci concerne une ascension réalisée la 1ère semaine de septembre j'ai des amis qui devait tenter l'ascension le samedi 10 dans la journée et qui ont renoncé à cause du vent violent qui s'est levé sur le sommet ce qui indique que vous avez eu la chance de partir très tôt ce jour là.
D'après ce récit l'ascension n'est pas une partie de plaisir comme certaines personnes voudrait le faire. Il est bien d'avoir souligné les difficultés et le petit passage sur Régine qui nous montre que les guides sont des personnes compétentes et qui assument.Dur quand même pour Régine mais il est vrai que la montée se fait à deux donc.Pour moi la tentative sera fera surement dans quelques années, après une bonne préparation physique et mentale bien sur.Merci pour ce beau récit et à un prochain carnet de route.
Quelques belles photos supplémentaires et le tout aurait été parfait pour raconter l'anecdocte.Le fait de passer par un récit est original et attrayant.JM
J'ai un ami qui tentera pour la 4ème fois l'ascension, jusqu'à présent une tentative juillet et 2 tentatives fin août et échec ( mauvais temps et mal d'altitude). Je lui ai conseillé ce récit et surtout l'organisation par Allibert pour un mettre maximum de chance de son côté et pourquoi pas une tentative début septembre.
René M. (Il l'a fait) : posté le 08/10/10 à 16:49
L'histoire a commencé il y a plusieurs années quand une bonne connaissance à moi s'est vu offrir la montée au Mont-Blanc pour ses 60 ans. Après avoir écouté le récit de son aventure je me suis dit « toi qui aime tant la montagne tu dois faire cela un jour » J'ai ainsi fait « la Roche Faurio » dans la barre des Ecrins, mais j'avais le toit de l'Europe dans la tête à partir de mes 55 ans. Ayant arrêté la course à pied pour des raisons de sciatiques récurrentes et suite à un petit pépin de santé, j'ai décidé d'engager le processus en 2009.
A ma femme j'ai dit « l'an prochain en septembre je fais le Mont-Blanc et en plus comme je parraine une association d'enfants malades j'emmène le tee-shirt à leur logo au sommet », à bon a t-elle répondu et comment comptes-tu faire ; « bah je vais prendre un guide » c'est alors qu'elle est entrée en piste et a participé à la réussite totale du projet. Quelques jours plus tard elle me dit « Allibert organise des séjours sur une semaine avec initiation aux techniques de glacier et acclimatation à l'altitude, ça me paraît bien comme solution » effectivement l'idée est très intéressante mais coûteuse. Après réflexion je dis ok pour cette solution qui me paraît effectivement être la meilleure.
A partir de ce moment là commence la réflexion sur d'une part l'achat de l'équipement, en effet ma grande crainte est le froid qui peut survenir souvent sur le sommet et d'autre part l'entraînement physique pour assurer une ascension efficace. De plus depuis mon petit pépin de santé, dans certaine circonstance de stress ou de fatigue, j'ai des soucis avec le vide. Début septembre tout est au point reste à attendre le jour j.
Départ le lundi matin vers 7 h pour rejoindre la gare de Montroc près de Chamonix. Sur place je retrouve mes compagnons de voyage ,Régine, Mick, Michel, Etienne, et Eric notre guide qui fera le tour des sacs pour éliminer le superflu, à ce petit examen je suis satisfait par les vêtements que j'ai achetés . Après la distribution du matériel adéquate, piolet, baudrier, chaussures et casque nous partons vers le télécabine qui doit nous déposer au pied de notre première destination. En effet durant 2 jours nous allons nous familiariser avec les pratiques de montagne et nous acclimater à l'altitude. Après une montée très raide nous arrivons au 1er refuge, Albert 1 er , nuit moyenne et temps passable. Le lendemain sous un ciel gris et neigeux, nous faisons nos premières armes sur le glacier avec les techniques du cramponnage, puis nous gravissons un 1 er col ( Le Trient) mais nous ne poursuivrons pas jusqu'au refuge suivant à cause du temps incertain. Retour à Albert 1 er , soirée tranquille après un bon repas, petite nuit dans le dortoir comme souvent.
Le lendemain le temps est très maussade puisqu'il neige, nous nous équipons en conséquence et partons faire de l'initiation à l'escalade avec crampons aux pieds, ce sera mes premières frayeurs car l'âge aidant les appuis sont moins surs et l'appréhension du vide se fait ressentir, grimper dans les rochers enneigés crampons aux pieds s'avère délicat, comme je dis à Eric « heureusement que le brouillard nous empêche de voir le vide » . Viens ensuite la descente dans le brouillard, Eric, notre guide se retrouve soudain face à une pente impressionnante « j'ai du me décalé un peu à cause du brouillard dit-il » et il décide de franchir l'obstacle en descendant face à la pente enneigée et verglacée. A mi chemin, soudain nous entendons notre camarade de cordée situé au-dessus de nos têtes crié « chute » et le voilà qui dévale vers nous dans la pente entraînant d'abord Mick, par réflexe j'essaie de planter mon piolet dans la neige en vain, je décroche aussi, Régine essaie de faire de même mais elle est emportée aussi, heureusement Eric mettra fin à notre chute, belle frayeur quand même.
A peine remis de nos émotions Eric dit « tout va bien » nous répondons en chœur « pas de soucis » cependant je ressens une douleur sur la cuisse et je m'aperçois qu'une auréole de sang commence à s'étaler sur mon pantalon. Je défais le fermeture située au niveau du genou ; résultat des courses un coup de piolet ou de crampon dans la cuisse qui a troué mon pantalon et d'où s'échappe un peu de sang mais rien de grave, j'espère cependant ne pas avoir de séquelles pour les jours à venir. Retour au refuge pour une nuit, soins appropriés à la blessure. Le repas et la soirée se déroulent autour de cet incident et je ne peux m'empêcher de penser que finalement j'ai eu beaucoup de chance que la blessure ne soit que superficielle. Le lendemain nous descendons dans la vallée pour nous reposer, faire quelques achats notamment d'eau puisque le refuge à prévenu qu'il n'y avait plus d'eau courante pour se laver et boire et qu'il faudra acquitter 5€ par bouteille. Après un bon décrassage nous partons dîner au restaurant où notre camarade de glissade décide d'offrir une bonne bouteille pour se faire pardonner. En ce qui me concerne d'ailleurs petite inquiétude car ma cuisse me fait souffrir certainement plus à cause du choc.
Le lendemain, jeudi 9, c'est les grands préparatifs, Eric refait le tour des sacs pour que nous puissions emmener le minimum de vêtements puis c'est le grand départ, la tension est palpable mais l'équipe est super soudée et conquérante. Télécabine à Chamonix puis train jusqu'au refuge du Nid d'Aigle, de la nous ne pouvons emprunter la voie ferrée à cause de travaux donc nous montons par un chemin escarpé au bord du vide, commence déjà mes petites angoisses mais bon, heureusement nous rencontrons quelques bouquetins prêts à poser pour la photo. Arrivé au refuge de Tête Rousse à 3267m d'altitude pour moi tout va bien et c'est là que notre guide nous dit « venez, je vais vous montrer la route pour demain et il pointe du doigt une bâtiment tout en haut du falaise vertigineuse. Le refuge du Goûter, est là planté en haut d'un pic rocheux. Ma première impression est terrible, je ne pourrai pas monter, la pente est tellement raide vu d'ici que je me demande comment je vais y arriver, d'ailleurs je ne suis pas le seul nous sommes tous interloqués. Eric nous rassure « pas de soucis il y a un sentier c'est facile » je ne suis pas du tout convaincu par son encouragement mais bon heureusement je sais pour qui et pour quoi je monte au sommet et rien dans ma tête rien ne m'arrêtera. C'est dans une ambiance bruyante comme dans tous les refuges que nous prenons un bon repas copieux en repensant à la grimpette de demain, et que nous faisons une bonne belote pour nous détendre. Juste avant le coucher Eric nous appelle « j'ai fait la répartition des cordées (les ascensions ne peuvent se faire à plus de trois par cordée) pour demain vous me donnerez votre avis. C'est Mick qui fera équipe avec moi, je suis très satisfait car il éprouve les mêmes sensations que moi et nous ne pourrons que nous entre aider.
Vendredi 10, après une nuit difficile à cause du bruit nous attendons les guides de renfort, le stress se lit sur les visages mais la bonne humeur est de mise surtout que dehors le temps est magnifique. Les guides arrivent vers onze heures, pour Mick, 63 ans et moi c'est Andréa un italien qui nous prend en charge d'après Eric ce devait être un jeune plein de vitalité et en fait Andréa a une cinquantaine d'années et paraît calme et décontracté. Equipement, conseils et nous voilà en route. Passage dangereux sur une petite partie de la montée au début pour cause de chutes de pierres occasionnées par les cordées situées au-dessus de nous, puis c'est la montée dans les rochers, heureusement le mur n'est pas si raide que cela paraissait mais bon la montée est très difficile, moitié escalade, moitié marche aérienne , j'essaie de vaincre du mieux possible ma petite appréhension du vide et j'évite surtout de penser au retour face à la pente et avec une certaine fatigue.
Après 2h 30 d'effort nous arrivons soulagés sur le piton rocheux du refuge du Goûter 3800m où nos compagnons de route nous accueillent appareil photo en main. Pour moi et mon compagnon de cordée c'est déjà une première victoire, ce qui nous rassure c'est notre forme physique, pas de souci d'altitude n'y d'essoufflement c'est déjà cela.
Soirée repas très bruyante et stressante où un événement va un peu nous contrarier en effet Eric s'installe en face de Régine « après discussion avec votre guide et au regard des impératifs d'horaires imposés par le refuge et le train le lendemain, je ne peux pas te laisser monter au sommet demain » Nous sommes tous un peu médusés et Régine accuse le coup, bien que sachant qu'elle soit effectivement moins rapide que l'ensemble du groupe elle répond « les jours passés j'ai souffert mais aujourd'hui j'étais pas trop mal » « oui répond Eric mais le rythme va être soutenu demain, je ne peux pas prendre le risque de pénaliser ton compagnon de cordée qui lui est très physique ; si tu coinces vous redescendez tous les trois ». Régine le regarde un peu déçue mais elle sait qu'elle est un peu juste physiquement.
Nous passerons le reste de la soirée à la réconforter en lui disant que maintenant elle sait qu'elle peut le faire et qu'elle reviendra avec un guide en prenant tout son temps. Après cet intermède nous passons à la préparation des vêtements et du sac à dos, eh oui il ne faut rien oublier, sinon....personnellement je fais et défais mon sac au moins dix fois. Dans le stress je ne retrouve ni mes petits gants ni mon bonnet, je m'énerve je râle et je m'angoisse heureusement Jacques me prête une paire de gants et au gîte je trouve un bonnet. Avant d'aller dormir nous apprécions un magnifique coucher de soleil que seule la montagne peut nous proposer, un ciel de feu sur un océan de nuages rougis qui s'étendent à l'éternité. La nuit sera courte en sommeil et longue en attente.
Samedi 11 septembre, trois heures du matin, la nuit est belle à ravir, le ciel a revêtu sa parure d'étoiles, le murmure du vent nous berce le corps, le bonheur est à portée de souffle. Déjeuner dans une ambiance mi euphorique, mi angoissée mais impatiente. Andréa , « bon c'est le moment mettez vos crampons, prenez frontale, bâtons et piolet et en route ». Tous mes mouvement sont empreints de stress, d'impatience et d'envies mélangés, nous mettons un temps fou à nous équiper Mick et moi comme deux gosses qui construisent leur premier légo. Voilà nous sommes prêts nous partons dans la nuit éclairant la neige blanche tels des guirlandes de noël. La première petite pente est raide le souffle s'acclimate. Malgré la petite lueur qui nous entoure je sais qu'autour de nous les pentes sont vertigineuses mais magiques, cette sensation est indéfinissable.
Nous marchons tranquillement mais volontairement dans les pas d'Andréa, le vent frais caresse notre espoir le plus fou .......le sommet. Devant nous le scintillement des frontales nous laisse entrevoir la route à suivre et les pentes à gravir. De temps à autre nous doublons une cordée moins rapide, un peu plus loin nous retrouvons le groupe avec Michel , Etienne et le guide Christian et ses 50 ans qui nous charrie au passage. La progression se fait sur un bon rythme, nous passons allègrement l'arête des Bosses en haut de laquelle nous faisons une halte pour nous restaurer, boire et laisser nos bâtons pour prendre le piolet. Le silence de l'aube m'envahit le corps « aller René ne pense qu'au sommet et rien d'autre tout va très bien ». La nuit semble me répondre « bien sur aucun problème, tu sais pourquoi tu es là et rien ne t'arrêtera ».
Nous voilà repartis, moi dans les traces d'Andréa que je suis de très près d'ailleurs un détail me surprend « euh Andréa tu n'as pas de frontale » plus de pile répond t-il mais je marche dans les traces de la cordée de Michel et puis c'est un peu mon jardin blanc le Mont-Blanc. Petite descente avant d'attaquer le plus dur. Tout d'abord une montée raide dans laquelle notre guide satisfait de notre allure double deux cordées. Le souffle est bon, le physique est présent, l'émotion est à fleur de peau. Nous grimpons, grimpons en regardant au loin les lucioles qui nous précèdent, et ça paraît très loin, et pourtant à cet instant précis je sais maintenant que c'est gagné que rien ne peut m'empêcher d'aller au bout mais il faut que je contienne mon émotion. Nous arrivons maintenant sur l'arête sommitale, ultime et grande difficulté située à ½ heure du sommet. A droite un vide vertigineux de plusieurs centaines de mètres et à gauche une pente raide qui s'éclipse comme une image sans fond et nous en équilibre sur une bande de 1 mètre de large. L'ascension se poursuit nous devinons à l'horizon les prémices d'une aube naissante et la venue d'un spectacle grandiose. La montagne va jouer sa partition finale en ré majeur. Andréa, certain de notre volonté arrive derrière une cordée lente « ça va René et Mick », « je réponds oui ça va » « alors on double dit Andréa » « moi, euh où il n'y a pas de place » « à gauche répond Andréa » « ok nous te suivons dis-je légèrement tendu » et nous voilà partis à dépasser les 2 cordées.
Un petit quart d'heure et c'est gagné nous lance Andréa, le spectacle du levé du jour va être splendide. Il ne reste maintenant que quelques mètres, le vent s'est levé brutalement, les yeux rivés sur les talon de mon guide, je n'ose regarder le spectacle. Le sommet est là je suis dessus, 4810m de bonheur et de joies intenses. Je relève les yeux, quel paysage grandiose autour de nous, les montagnes bercées par la lueur du soleil sortant de sa léthargie ressemblent à une peinture de feu.
Par sécurité Andréa nous fait descendre sous l'arête à l'abri du vent, c'est là que nous nous embrassons tous les trois, les yeux embrumés de bonheur. Le plaisir explose à l'intérieur de mon corps. « Andréa, j'ai une photo à faire très importante pour Naëvus » « ok répond t-il » je sors mon appareil photo et le tee-shirt de ma poche, nous remontons sur le sommet où le vent commence à s'accentuer comme si la montagne nous demandait déjà de repartir rapidement pour garder la blancheur de sa robe. La photo est prise, je respire une dernière fois le parfum de l'immensité indicible de cette aventure, Dieu que c'est beau que c'est fort.
Il faut redescendre maintenant dit Andréa, le vent devient vif . Nous reprenons notre route vers la descente, qui sera longue et difficile 2700m de dénivelé négatif avec un passage sous le refuge du Goûter où la neige nous corsera considérablement la difficulté. Je n'aurai qu'une idée en tête, vaincre mon appréhension du vide et mes pensées irons vers ma femme, mes enfants et mes petits enfants. Je suis tellement heureux que j'ai des jambes de feu et la descente se déroulera impeccablement. Pour mémoire départ 3h30 du refuge du Goûter, arrivée à 6h45 au sommet descente dans la vallée pour prendre le train de 15h45 et retour à Saint-Priest en Ardèche vers 22h30 et 4500m plus bas.
Que l'aventure a été belle, belle, belle mais dure dure dure. Je dédis celle ascension et ce récit à ma femme qui m'a permis de monter un projet voué à la réussite grâce à sa grande pertinence, aux guides Eric, Andréa et Michel qui sont des être formidables auxquels vous confiez vos vies et vos envies et qui vous prennent en charge comme leur propre famille, à Mick mon compagnon de cordée qui m'a soutenu et accompagné dans ce rêve, à tout le groupe pour la magnifique générosité et la bonne humeur de chacun.
(l'a fait) : posté le 10/01/01 à 18:18
(l'a fait) : posté le 20/01/01 à 18:18
(l'a fait) : posté le 28/01/01 à 18:18
(l'a fait) : posté le 28/04/01 à 18:22
(l'a fait) : posté le 04/05/01 à 19:13
(l'a fait) : posté le 13/06/01 à 19:10
(l'a fait) : posté le 12/07/01 à 19:03