Circuit réalisé lors d'une reco "Liberté" sur la trame du "Mont Fuji et Cité Impériales"Oh, rassurez vous, je ne vais pas vous faire le coup du Japon terre de contraste ! Quoique... A chacun ses contrastes ! Tenez moi, par exemple, le Japon pendant longtemps avait un côté face : le visage de Mitsuhirato ! Si, si... rappelez vous, l'infâme trafiquant d'opium à la denture de cheval qui poursuivait Tchang et Tintin avec son couteau ou sa seringue pleine de rad jaïd jah, le poison qui rend fou. Côté pile, la douce japonaise d'Obao qui me rendait fou en faisant glisser son kimono (enfin, un yukata) sur une chute de rein digne des cascades de Kegon ! Normal.dotm 0 0 1 1494 8517 Allibert 70 17 10459 12.0 0 false 21 18 pt 18 pt 0 0 false false false /* Style Definitions */ table.MsoNormalTable {mso-style-name:"Tableau Normal"; mso-tstyle-rowband-size:0; mso-tstyle-colband-size:0; mso-style-noshow:yes; mso-style-parent:""; mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt; mso-para-margin:0cm; mso-para-margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family:"Times New Roman"; mso-ascii-font-family:Cambria; mso-ascii-theme-font:minor-latin; mso-hansi-font-family:Cambria; mso-hansi-theme-font:minor-latin; mso-fareast-language:EN-US;}
Il est bien loin, aujourd'hui, le temps de ces émotions d'adolescence ; le temps de ramasser quelques Yens et de mettre le cap sur le pays du Soleil Levant, histoire de voir si la belle d'Obao avait résisté aux assauts et aux turpitudes de l'ignoble Mitsuhirato...
Une histoire en cinq plis d'origami...
Premier Pli : Tokyo ... Assommés par le décalage horaire, nous somnolons entre deux stations. Autour de nous, les Japonais font de même en prenant garde à ne pas allonger ou même croiser les jambes pour ne pas gêner d'autres passagers. La discrétion est de rigueur. Pas de danger de manquer la correspondance, car une voix enregistrée, à l'accent américain égraine les stations une à une : « Shinjuku, exit on the left side. Please watch Out... » Trop fastoche, pensai-je alors qu'une volée d'écolières aux allures d'héroïnes de Manga s'assit sagement à côté des moi. L'uniforme est de rigueur et seule la longueur de la jupe est laissée à l'appréciation de la collégienne ou de la lycéenne. Leurs ainées, si elles ont abandonnées l'uniforme du lycée, suivent une mode uniforme : jupette extra courte sur des jambes souvent arquées et cagneuses, chaussées de bottes de mousquetaires, parfois agrémentée d'un peu de fourrure. Quelques chevelures fluo réfléchissent même les lumières électriques de la station où des séniors portant casquette, veillent à ce que le flot des voyageurs s 'écoule en toute quiétude. Le risque d'affolement est pourtant infime tant ceux-ci respectent les consignes et attendent sagement en ligne que la porte du wagon s'ouvre pour y pénétrer sans énervement. Le soir, alors que nous nous promenons dans les vieux quartiers d'Asakusa, des hommes et des femmes s'affairent en silence autour d'un tas de cartons soigneusement pliés. Habillés avec soin, ils les déplient, sans hâte, pour construire leur abri d'un soir : des SDF aux allures de cadre. La crise perdure en effet depuis quinze ans dans un Japon perclus de dettes publiques (deux ou trois fois le niveau français) : un scénario futur pour notre pays ?
Deuxième pli : Nikko . Imaginez le Parc National de la Vanoise à deux heures de Paris. Nous y arrivons alors qu'un vent du Nord glacial a nettoyé le ciel. Après quelques hésitations, nous voilà calés dans le bus pour Yumoto : une heure de route, puis notre arrêt, enfin : les chutes de Yudaki ! Nous n'avons pas de monnaie, un crime que seuls les « gaïjins » peuvent commettre. Le chauffeur demande alors patiemment, au micro, aux autres passagers de faire notre appoint. La suite de l'histoire est miraculeuse de lumière, d'ombres majestueuses, des flammes jaunes, carmines, écarlates et rouilles qui incendient les feuilles des érables du Japon. Bientôt après une grimpette solitaire, nous atteignons la forêt de cryptomères et les premières neiges qui encerclent le lac Karimoki avec en toile de fond le sommet sacré du Nantai, un volcan éteint qui prend des airs de Fuji Jama. Nous comprenons alors pourquoi dans le panthéon shintoïste, les lacs, les cascades, les montagnes les forêts sont considérés comme des Dieux !
Troisième pli, Kyoto. Impensable de manquer l'ancienne capitale du Japon à laquelle nous consacrons trois malheureux petits jours, une misère pour courir d'un pavillon d'Or à un pavillon d'Argent, d'un jardin des mousses au sable peigné d'un jardin Zen. Nous décidons vite de limiter notre ambition et de nous laisser gagner par l'ambiance à l'ombre de statues et de boiseries vieilles de plusieurs siècles. Nous commençons donc par les collines de Gion, le quartier des Geikos et des Maikos (Geishas et apprenties Geisha) et le parc de Marumaya. Cela tombe bien, le soleil se couche bientôt et nous grimpons à contre courant une colline parsemée de somptueuses demeures, habitée par une incroyable compagnie de corbeilles qui menacées font résonner la forêt de leurs cris angoissants. Nous croisons bientôt de petites créatures recouvertes d'un bonnet rouge et habillées d'une bavette cachées au pied d'arbres plantés à l'époque des impitoyables shoguns Tokugawa. Assis sur une feuille de lotus, ces Gizos Bositsas de pierre pourraient être confondus avec des bouddhas. Gizo n'est pourtant qu'un Bodhisattva, une sorte de saint, protecteur des enfants morts qui refuse le Nirvana tant que l'enfer n'aura pas été vidé. Pas près de prendre sa retraite le nain ! Le lendemain nous visitons à la première heure un jardin privé, havre de paix et d'harmonie. On y célèbre un mariage. Une mariée japonaise resplendit en tenue traditionnelle : coiffure de style sakko, kimono de soie blanche, « obi », large ruban de soie damassée, plié comme une aile de papillon d'où la belle sort un éventail tout en tendant la main à son aimé, un jeune français aux airs de Pierrot lunaire malgré sa tenue de Samourai : une veste de soie noire, le haori, ornée de blasons, portée sur un large pantalon plissé, à la manière des lutteurs d'aïkido. Je me promène bientôt avec ma douce dans un jardin subalpin sur les hauteurs de Nyoigatake où de vieilles dames en Kimono se promènent en admirant des parterres de mousses où les jardiniers enlèvent les herbes et les plantes pour laisser un tapis moussu qu'ils arrosent régulièrement...
« Cette chanson douce
Je veux la chanter pour toi
Car ta peau est douce
Comme la mousse des bois »
Douceur du climat... Le temps est à la pluie et chaque Japonais part se promener avec son parapluie sous le bras ou dans son sac à dos. Malgré cela, nous partons à l'assaut de l'Atago San, tout proche du centre de Kyoto : 924 m quand même ! Nous prenons ainsi, depuis la gare centrale, la ligne 72 du bus, une rigolade pour les habitués du Japon que nous sommes devenus ! Terminus... La ville a laissé la place à un décor de cinéma : une vallée encaissée, une forêt profonde, un pont curviligne enjambant un torrent aux eaux transparentes. L'attaque de la montée est sévère et nos mollets sont mis à contribution sans préavis. Les Japonais ne rigolent pas en matière de randonnée et tiennent à respecter leur temps de marche : 500 m/heure de dénivelée. Nous ne doublerons que des familles accompagnées de jeunes enfants qui essaient de nous lancer des « Hello » ou mieux encore des « Bonjours » en piquant des fous rires. Il faut hâter le pas, car la pluie menace... Après une heure et demi, nous passons sous un Tori qui annonce un escalier monumental menant au temple. Il pleut maintenant à verse et, seuls occidentaux, nous nous réfugions dans un « refuge », où un grand feu a été allumé par d'autres randonneurs. Le brouillard s'est emparé à présent de la montagne, l'occasion de quelques photos d'ambiance alors que deux jeunes enfants dévalent un escalier digne du cuirassé Potemkine...
Quatrième pli, le chemin de Kumano. Rien de mieux pour aller à l'essentiel que de marcher hors saison! Après une nuit rythmée par le gong du temple proche de notre minshuku (maison d'hôte traditionnelle), nous quittons, dès l'aube levée, Yoshino célébré par les poètes et les empereurs pour la floraison de ses cerisiers. Plutôt que de pétales de fleurs, la météo annonce en ce premier jour de novembre les premières neiges sur la péninsule de Kii. Nous empruntons bientôt le chemin de pèlerinage des Yamabushi, ces adeptes de Shugendo, une tradition plus que millénaire à base d'ascétisme et d'endurance au contact de la montagne ; une religion pour les alpinistes ? Après avoir dépassé les ultimes sanctuaires nous regagnons une terra incognita où l'orientation est un exercice de haute voltige. Sous un couvert forestier dense, les rares panneaux sont guère lisibles et les relevés souvent imprécis ou datés. Bientôt une montée : P... ça monte sec. Les Japonais, malgré leur politesse proverbiale ne s'embarrassent pas de circonvolutions pour tirer des sentiers : c'est tout droit et en haut ! Voilà maintenant plusieurs heures que nous sommes seuls et l'ambiance devient franchement Nord-Cartrusienne, (boue, ombre et falaises). Sur le tronc d'un arbre, il me semble reconnaître les griffures d'un ours : un tsukinowa-guma, l'ours noir d'Asie... C'est donc avec soulagement que nous entendons la petite musique d'un grelot: un chasseur avec son chien ? Non un chasseur sans son chien, ne sachant pas chasser qui nous explique que son grelot a une double utilité : éloigner les mauvais esprits et les bêtes sauvages.
Cinquième pli, Koyasan. Nous atteignons enfin à 900 mètre d'altitude le creuset du bouddhisme japonais. C'est en effet ici que l'empereur Ileijo confia au moine Kukai, le soin de créer un center monastique et scholastique pour développer le bouddhisme. En 835, après avoir donné ses instructions à ses disciples, il se retira dans une pièce et s'assit en lotus plaçant ses mains dans une position symbolique. Entonnant alors un chant sacré, il entra en contemplation comme il l'avait annoncé, pendant sept jours puis entra en contemplation éternelle. Il avait alors 62 ans et devint Kobo Daishi, un titre honorifique décerné par l'empereur Daigo. Kukai est toujours là, abrité dans son mausolée, alimenté continuellement jusqu'à ce jour, par les moines d'un bol de riz et d'un verre de saké journaliers, au fond d'une forêt de « Ko-Suji », des cryptomères millénaires. Depuis, de nombreux japonais, empereurs, shoguns, samouraïs ou humbles parmi les plus humbles, désireux de partager cette immortalité se font inhumer à proximité du mausolée à l'ombre des allées de cryptomères géants. Malgré l'atmosphère pleine de recueillement, nous nous amusons, tôt le matin, alors que la place est déserte, à prendre des tangentes pour nous perdre entre les pierres tombales et les gorintos, tours de pierres taillées composées de haut en bas de cube, de sphère, de triangle, de croissant et d'une fleur de lotus stylisée représentant les cinq éléments : la Terre, l'Eau, le Feu, le Vent et le Ciel. Il faut parfois soulever une branche ou une couverture de mousse pour découvrir un bouddha ou un Gizo engloutis par la forêt. Le soir, nous rejoignons notre Shukubu, un monastère, tenu par des jeunes moines, bâti autour d'un jardin délicieux. Il est temps de rejoindre notre bain avant notre repas végétarien servi dans notre chambre. Alors que je m'agenouille sur le tatami, il me semble apercevoir une ombre derrière le shoji, la porte coulissante en bois de cyprès et en toile de riz : la belle d'Obao ou le fourbe Mitsohirato ?
Gérard G. (Il l'a fait) : posté le 15/11/10 à 22:36
Il est bien loin, aujourd'hui, le temps de ces émotions d'adolescence ; le temps de ramasser quelques Yens et de mettre le cap sur le pays du Soleil Levant, histoire de voir si la belle d'Obao avait résisté aux assauts et aux turpitudes de l'ignoble Mitsuhirato...
Une histoire en cinq plis d'origami...
Premier Pli : Tokyo ... Assommés par le décalage horaire, nous somnolons entre deux stations. Autour de nous, les Japonais font de même en prenant garde à ne pas allonger ou même croiser les jambes pour ne pas gêner d'autres passagers. La discrétion est de rigueur. Pas de danger de manquer la correspondance, car une voix enregistrée, à l'accent américain égraine les stations une à une : « Shinjuku, exit on the left side. Please watch Out... » Trop fastoche, pensai-je alors qu'une volée d'écolières aux allures d'héroïnes de Manga s'assit sagement à côté des moi. L'uniforme est de rigueur et seule la longueur de la jupe est laissée à l'appréciation de la collégienne ou de la lycéenne. Leurs ainées, si elles ont abandonnées l'uniforme du lycée, suivent une mode uniforme : jupette extra courte sur des jambes souvent arquées et cagneuses, chaussées de bottes de mousquetaires, parfois agrémentée d'un peu de fourrure. Quelques chevelures fluo réfléchissent même les lumières électriques de la station où des séniors portant casquette, veillent à ce que le flot des voyageurs s 'écoule en toute quiétude. Le risque d'affolement est pourtant infime tant ceux-ci respectent les consignes et attendent sagement en ligne que la porte du wagon s'ouvre pour y pénétrer sans énervement. Le soir, alors que nous nous promenons dans les vieux quartiers d'Asakusa, des hommes et des femmes s'affairent en silence autour d'un tas de cartons soigneusement pliés. Habillés avec soin, ils les déplient, sans hâte, pour construire leur abri d'un soir : des SDF aux allures de cadre. La crise perdure en effet depuis quinze ans dans un Japon perclus de dettes publiques (deux ou trois fois le niveau français) : un scénario futur pour notre pays ?
Deuxième pli : Nikko . Imaginez le Parc National de la Vanoise à deux heures de Paris. Nous y arrivons alors qu'un vent du Nord glacial a nettoyé le ciel. Après quelques hésitations, nous voilà calés dans le bus pour Yumoto : une heure de route, puis notre arrêt, enfin : les chutes de Yudaki ! Nous n'avons pas de monnaie, un crime que seuls les « gaïjins » peuvent commettre. Le chauffeur demande alors patiemment, au micro, aux autres passagers de faire notre appoint. La suite de l'histoire est miraculeuse de lumière, d'ombres majestueuses, des flammes jaunes, carmines, écarlates et rouilles qui incendient les feuilles des érables du Japon. Bientôt après une grimpette solitaire, nous atteignons la forêt de cryptomères et les premières neiges qui encerclent le lac Karimoki avec en toile de fond le sommet sacré du Nantai, un volcan éteint qui prend des airs de Fuji Jama. Nous comprenons alors pourquoi dans le panthéon shintoïste, les lacs, les cascades, les montagnes les forêts sont considérés comme des Dieux !
Troisième pli, Kyoto. Impensable de manquer l'ancienne capitale du Japon à laquelle nous consacrons trois malheureux petits jours, une misère pour courir d'un pavillon d'Or à un pavillon d'Argent, d'un jardin des mousses au sable peigné d'un jardin Zen. Nous décidons vite de limiter notre ambition et de nous laisser gagner par l'ambiance à l'ombre de statues et de boiseries vieilles de plusieurs siècles. Nous commençons donc par les collines de Gion, le quartier des Geikos et des Maikos (Geishas et apprenties Geisha) et le parc de Marumaya. Cela tombe bien, le soleil se couche bientôt et nous grimpons à contre courant une colline parsemée de somptueuses demeures, habitée par une incroyable compagnie de corbeilles qui menacées font résonner la forêt de leurs cris angoissants. Nous croisons bientôt de petites créatures recouvertes d'un bonnet rouge et habillées d'une bavette cachées au pied d'arbres plantés à l'époque des impitoyables shoguns Tokugawa. Assis sur une feuille de lotus, ces Gizos Bositsas de pierre pourraient être confondus avec des bouddhas. Gizo n'est pourtant qu'un Bodhisattva, une sorte de saint, protecteur des enfants morts qui refuse le Nirvana tant que l'enfer n'aura pas été vidé. Pas près de prendre sa retraite le nain ! Le lendemain nous visitons à la première heure un jardin privé, havre de paix et d'harmonie. On y célèbre un mariage. Une mariée japonaise resplendit en tenue traditionnelle : coiffure de style sakko, kimono de soie blanche, « obi », large ruban de soie damassée, plié comme une aile de papillon d'où la belle sort un éventail tout en tendant la main à son aimé, un jeune français aux airs de Pierrot lunaire malgré sa tenue de Samourai : une veste de soie noire, le haori, ornée de blasons, portée sur un large pantalon plissé, à la manière des lutteurs d'aïkido. Je me promène bientôt avec ma douce dans un jardin subalpin sur les hauteurs de Nyoigatake où de vieilles dames en Kimono se promènent en admirant des parterres de mousses où les jardiniers enlèvent les herbes et les plantes pour laisser un tapis moussu qu'ils arrosent régulièrement...
« Cette chanson douce
Je veux la chanter pour toi
Car ta peau est douce
Comme la mousse des bois »
Douceur du climat... Le temps est à la pluie et chaque Japonais part se promener avec son parapluie sous le bras ou dans son sac à dos. Malgré cela, nous partons à l'assaut de l'Atago San, tout proche du centre de Kyoto : 924 m quand même ! Nous prenons ainsi, depuis la gare centrale, la ligne 72 du bus, une rigolade pour les habitués du Japon que nous sommes devenus ! Terminus... La ville a laissé la place à un décor de cinéma : une vallée encaissée, une forêt profonde, un pont curviligne enjambant un torrent aux eaux transparentes. L'attaque de la montée est sévère et nos mollets sont mis à contribution sans préavis. Les Japonais ne rigolent pas en matière de randonnée et tiennent à respecter leur temps de marche : 500 m/heure de dénivelée. Nous ne doublerons que des familles accompagnées de jeunes enfants qui essaient de nous lancer des « Hello » ou mieux encore des « Bonjours » en piquant des fous rires. Il faut hâter le pas, car la pluie menace... Après une heure et demi, nous passons sous un Tori qui annonce un escalier monumental menant au temple. Il pleut maintenant à verse et, seuls occidentaux, nous nous réfugions dans un « refuge », où un grand feu a été allumé par d'autres randonneurs. Le brouillard s'est emparé à présent de la montagne, l'occasion de quelques photos d'ambiance alors que deux jeunes enfants dévalent un escalier digne du cuirassé Potemkine...
Quatrième pli, le chemin de Kumano. Rien de mieux pour aller à l'essentiel que de marcher hors saison! Après une nuit rythmée par le gong du temple proche de notre minshuku (maison d'hôte traditionnelle), nous quittons, dès l'aube levée, Yoshino célébré par les poètes et les empereurs pour la floraison de ses cerisiers. Plutôt que de pétales de fleurs, la météo annonce en ce premier jour de novembre les premières neiges sur la péninsule de Kii. Nous empruntons bientôt le chemin de pèlerinage des Yamabushi, ces adeptes de Shugendo, une tradition plus que millénaire à base d'ascétisme et d'endurance au contact de la montagne ; une religion pour les alpinistes ? Après avoir dépassé les ultimes sanctuaires nous regagnons une terra incognita où l'orientation est un exercice de haute voltige. Sous un couvert forestier dense, les rares panneaux sont guère lisibles et les relevés souvent imprécis ou datés. Bientôt une montée : P... ça monte sec. Les Japonais, malgré leur politesse proverbiale ne s'embarrassent pas de circonvolutions pour tirer des sentiers : c'est tout droit et en haut ! Voilà maintenant plusieurs heures que nous sommes seuls et l'ambiance devient franchement Nord-Cartrusienne, (boue, ombre et falaises). Sur le tronc d'un arbre, il me semble reconnaître les griffures d'un ours : un tsukinowa-guma, l'ours noir d'Asie... C'est donc avec soulagement que nous entendons la petite musique d'un grelot: un chasseur avec son chien ? Non un chasseur sans son chien, ne sachant pas chasser qui nous explique que son grelot a une double utilité : éloigner les mauvais esprits et les bêtes sauvages.
Cinquième pli, Koyasan. Nous atteignons enfin à 900 mètre d'altitude le creuset du bouddhisme japonais. C'est en effet ici que l'empereur Ileijo confia au moine Kukai, le soin de créer un center monastique et scholastique pour développer le bouddhisme. En 835, après avoir donné ses instructions à ses disciples, il se retira dans une pièce et s'assit en lotus plaçant ses mains dans une position symbolique. Entonnant alors un chant sacré, il entra en contemplation comme il l'avait annoncé, pendant sept jours puis entra en contemplation éternelle. Il avait alors 62 ans et devint Kobo Daishi, un titre honorifique décerné par l'empereur Daigo. Kukai est toujours là, abrité dans son mausolée, alimenté continuellement jusqu'à ce jour, par les moines d'un bol de riz et d'un verre de saké journaliers, au fond d'une forêt de « Ko-Suji », des cryptomères millénaires. Depuis, de nombreux japonais, empereurs, shoguns, samouraïs ou humbles parmi les plus humbles, désireux de partager cette immortalité se font inhumer à proximité du mausolée à l'ombre des allées de cryptomères géants. Malgré l'atmosphère pleine de recueillement, nous nous amusons, tôt le matin, alors que la place est déserte, à prendre des tangentes pour nous perdre entre les pierres tombales et les gorintos, tours de pierres taillées composées de haut en bas de cube, de sphère, de triangle, de croissant et d'une fleur de lotus stylisée représentant les cinq éléments : la Terre, l'Eau, le Feu, le Vent et le Ciel. Il faut parfois soulever une branche ou une couverture de mousse pour découvrir un bouddha ou un Gizo engloutis par la forêt. Le soir, nous rejoignons notre Shukubu, un monastère, tenu par des jeunes moines, bâti autour d'un jardin délicieux. Il est temps de rejoindre notre bain avant notre repas végétarien servi dans notre chambre. Alors que je m'agenouille sur le tatami, il me semble apercevoir une ombre derrière le shoji, la porte coulissante en bois de cyprès et en toile de riz : la belle d'Obao ou le fourbe Mitsohirato ?