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Voyager à Sumatra c'est ...
Traverser une rivière, grimper dans la jungle un sentier boueux et glissant, s'accrocher aux branches pour redescendre une pente escarpée, sauter sur quelques cailloux pour éviter de se mouiller les pieds, se mouiller les pieds de toute façon. Découvrir une cascade et sa vasque d'eau claire, s'y baigner. Entendre les appels des singes. Etre surpris par l'orang outang suspendu au-dessus de vous, le voir faire son nid et choisir ses branches pour faire sa sieste, l'observer se déplacer, se balancer et vous regarder. Penser à Darwin : Se souvenir d'une lecture ou il est question de la réflexion effrayée d'une comtesse en 1850 dans un cercle littéraire Londonien : « l'homme serait un singe ? Mon dieu, pourvu que cela ne s'ébruite pas ! » Descendre la rivière sur une chambre à air de camion. Changer de paysage, marcher à la rencontre d'un volcan, redescendre et se baigner dans des sources chaudes. Sentir la cannelle, se faire montrer la népenthe, fleur carnivore dont la consommation fait oublier le passé. Penser à Hélène de Troie qui en aurait bu. Goûter au poivre, au gingembre, songer au commerce des épices des Hollandais au 19 ème siècle, à la folie culinaire des cours d'Europe. C'est traverser un village, dire bonjour aux gens, prendre un café dans une famille souriante, déambuler sur les murets en terre des rizières en terrasse. Voir l'eau couler et courir, inonder les parcelles, miroirs exquis, refléter les nuages, renvoyer l'image du ciel changeant. S'étonner des maisons bataks telles des arches de Noé transportant dans leurs ventres des familles entières. Evoquer des coutumes disparues de consommation rituelle de chair humaine (1906 tout de même !). Parenthèse dégustation et recette pour savourer un captif fautif : L'attacher à un poteau devant tout le village. Commencer par lui manger le nez, les joues et les paumes de la main. Assaisonner de citron et de sel les parties ainsi choisies. Finalement, dévorer l'individu tout entier encore vivant et lui couper la tête. Ah ! raffinements exquis des sociétés disparues. Jusqu'où allait se nicher l'amour du prochain ? Nostalgie de contrées exotiques et bizarres ou des populations cultivées avaient du savoir-vivre, du savoir manger.
Continuer son chemin et partir camper dans la jungle, traverser encore et encore des rivières, puis remonter celles-ci et plonger dans l'antre d'une grotte. Du fond de celle-ci chute une cascade, traverser la cascade se perdre dans ses méandres : chauves-souris et nids d'hirondelles sur les stalactites, ressortir ravis et excités de l'autre côté de la grotte au milieu des lianes et des fougères géantes. Fantastiques balades inconnues et sauvages.
À Padang la terre a tremblé, les ruines des bâtiments sont encore visibles, des milliers de morts il y a peu. Pourtant, le front de mer est calme, le soleil rouge se couche. Sur le fleuve sale des bateaux multicolores rejoindront demain l'île de Nias. Adieu Sumatra, demain Java. Les volcans encore et partout. Le Krakatoa apparaît bientôt au loin sur la mer, vestige flottant de l'explosion titanesque de 1883. Tout près, le parc de Ujung Kulong, coin de paradis oublié nous offre sa grève de corail blanc immaculé : recherche de coquillages des mers chaudes, les palétuviers lèchent les eaux calmes, le soleil coule le soir aux eaux de l'océan.
« Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! » Ch. Baudelaire,
Jean-Michel S. (Il l'a fait) : posté le 07/09/10 à 11:22
Voyager à Sumatra c'est ...
Traverser une rivière, grimper dans la jungle un sentier boueux et glissant, s'accrocher aux branches pour redescendre une pente escarpée, sauter sur quelques cailloux pour éviter de se mouiller les pieds, se mouiller les pieds de toute façon. Découvrir une cascade et sa vasque d'eau claire, s'y baigner. Entendre les appels des singes. Etre surpris par l'orang outang suspendu au-dessus de vous, le voir faire son nid et choisir ses branches pour faire sa sieste, l'observer se déplacer, se balancer et vous regarder. Penser à Darwin : Se souvenir d'une lecture ou il est question de la réflexion effrayée d'une comtesse en 1850 dans un cercle littéraire Londonien : « l'homme serait un singe ? Mon dieu, pourvu que cela ne s'ébruite pas ! » Descendre la rivière sur une chambre à air de camion. Changer de paysage, marcher à la rencontre d'un volcan, redescendre et se baigner dans des sources chaudes. Sentir la cannelle, se faire montrer la népenthe, fleur carnivore dont la consommation fait oublier le passé. Penser à Hélène de Troie qui en aurait bu. Goûter au poivre, au gingembre, songer au commerce des épices des Hollandais au 19 ème siècle, à la folie culinaire des cours d'Europe. C'est traverser un village, dire bonjour aux gens, prendre un café dans une famille souriante, déambuler sur les murets en terre des rizières en terrasse. Voir l'eau couler et courir, inonder les parcelles, miroirs exquis, refléter les nuages, renvoyer l'image du ciel changeant. S'étonner des maisons bataks telles des arches de Noé transportant dans leurs ventres des familles entières. Evoquer des coutumes disparues de consommation rituelle de chair humaine (1906 tout de même !). Parenthèse dégustation et recette pour savourer un captif fautif : L'attacher à un poteau devant tout le village. Commencer par lui manger le nez, les joues et les paumes de la main. Assaisonner de citron et de sel les parties ainsi choisies. Finalement, dévorer l'individu tout entier encore vivant et lui couper la tête. Ah ! raffinements exquis des sociétés disparues. Jusqu'où allait se nicher l'amour du prochain ? Nostalgie de contrées exotiques et bizarres ou des populations cultivées avaient du savoir-vivre, du savoir manger.
Continuer son chemin et partir camper dans la jungle, traverser encore et encore des rivières, puis remonter celles-ci et plonger dans l'antre d'une grotte. Du fond de celle-ci chute une cascade, traverser la cascade se perdre dans ses méandres : chauves-souris et nids d'hirondelles sur les stalactites, ressortir ravis et excités de l'autre côté de la grotte au milieu des lianes et des fougères géantes. Fantastiques balades inconnues et sauvages.
À Padang la terre a tremblé, les ruines des bâtiments sont encore visibles, des milliers de morts il y a peu. Pourtant, le front de mer est calme, le soleil rouge se couche. Sur le fleuve sale des bateaux multicolores rejoindront demain l'île de Nias. Adieu Sumatra, demain Java. Les volcans encore et partout. Le Krakatoa apparaît bientôt au loin sur la mer, vestige flottant de l'explosion titanesque de 1883. Tout près, le parc de Ujung Kulong, coin de paradis oublié nous offre sa grève de corail blanc immaculé : recherche de coquillages des mers chaudes, les palétuviers lèchent les eaux calmes, le soleil coule le soir aux eaux de l'océan.
« Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! » Ch. Baudelaire,