Je reviens de six jours passés en pays dogon. La crise du tourisme qui s’annonce, suite, entre autres, à la prise d’otages au Niger, est vécue là-bas comme un drame. Il faut passer quelques jours dans ces villages du fin fond de la campagne malienne pour comprendre les conséquences économiques et sociales de l’arrêt de ce revenu, ne serait-ce qu’une seule saison.
Relativement au niveau de vie de cette région pauvre, le revenu du tourisme a soudain permis d'accéder à un mode de vie nettement plus confortable. Au fil des années, les sociétés locales se sont peu à peu transformées :
— l'exode saisonnier vers les grandes villes (qui devenait fréquemment un exode permanent) a connu un arrêt total ;
— la qualité de l'eau s'est améliorée, car il est devenu nettement plus facile de rassembler dans la communauté villageoise les sommes d'argent nécessaires à l'entretien des pompes des puits ;
— l'accès aux soins a été facilité : des traitements plus coûteux ont pu être assurés, et pour les maladies les plus courantes, les visites au centre de santé sont devenues bien plus fréquentes ;
— le taux de scolarisation s'est élevé, la main-d'œuvre fournie par les plus jeunes n'étant plus considérée comme absolument nécessaire aux besoins de la famille ;
— l'alimentation s'est à la fois enrichie et diversifiée : la consommation de protéines a augmenté, et de nouvelles denrées sont apparues ou sont devenues plus fréquentes ;
— et puis, en dix ans, à cause de l'insuffisance des pluies, la région a connu deux années sans récolte de mil. Mais le complément de revenu fourni par l'activité touristique a permis d'acheter des céréales, constituant alors une sécurité alimentaire pour les paysans.
Cela n'a pas rendu riche, mais cela a contribué de manière très significative à l'amélioration de l'économie de ces campagnes.
Or, les prochaines semaines, et pour la première fois dans l'Histoire du tourisme local, ce revenu va connaître une baisse spectaculaire.
Et voilà les Dogons confrontés à l'idée de revenir 15 ans en arrière et de retrouver les mêmes conditions de vie d'alors : l'exode saisonnier des jeunes, la dégradation de l'accès aux soins, la baisse de la fréquentation scolaire car le revenu fourni par les jeunes deviendra à nouveau nécessaire, une alimentation redevenue frugale, et si la situation perdurait plusieurs années, les famines possibles en cas d'absence de pluies et de récoltes de mil....
On pense aussi aux gens de Gao, du Gourma et de Hombori, où les pluies bien plus irrégulières rendent les conditions de vie plus dures encore...
Comme le disent sans rire certains villageois : "Il va y avoir des morts."
Yannick, prestataire Allibert au Mali
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