La ville est moderne, propre, banale, avec ses magasins, ses arcades, sa population industrieuse. Partout, la vie, les gens, les restaurants, les jeux vidéos tonitruants, les bus, les trains, les vélos sur le trottoir comme partout au Japon.
La ville est moderne, propre, banale, avec ses magasins, ses arcades, sa population industrieuse. Partout, la vie, les gens, les restaurants, les jeux vidéos tonitruants, les bus, les trains, les vélos sur le trottoir comme partout au Japon. Un million d’habitants se pressent, se croisent, mangent et aiment, vivent et meurent comme partout sur la terre.
Pourtant, quelle singularité, quel horrible privilège dont peut témoigner cette ville.
En plein cœur de celle-ci se dressent incongrus les restes calcinés du Genbaku dôme : le palais d’exposition industrielle. Le 6 août 1945, la première bombe atomique explose à 580 m au-dessus du bâtiment. En quelques minutes, la ville n’est plus qu’un gigantesque tas de cendres, de souffrances et de cris de douleurs des 200 000 victimes vaporisées, brûlées, ensevelies, irradiées.
Tout près, un parc de 12 hectares a été édifié avec un mémorial de la paix et un musée. Ils racontent la tragédie. Les écoles viennent avec leurs professeurs, les touristes avec leur guide, les habitants, les quidams, tout un chacun. Il y a une flamme de la paix près d’un cénotaphe qui ne s’éteindra que lorsque les armes atomiques auront disparu de la surface de la terre. Le musée met tragiquement en scène les évènements : Lettres, vestiges, photos insoutenables, témoignages. L’horreur est partout. Chacun muet rentre à l’intérieur de soi, atterré. L’émotion étreint les visiteurs. Il est impossible de décrire ce que nous ressentons. Viktor notre guide ne viendra pas avec nous. Il y est trop allé. Il ne peut plus supporter ces images d’enfer. Les visiteurs sont muets, sous le choc, beaucoup ont les larmes aux yeux.
Qu’a t’il bien pu se passer pour en arriver là ? Les tenants de la nécessité du largage de la bombe diront que c’était le seul moyen d’arrêter la guerre rapidement, les Japonais étant déterminés à se battre jusqu’au dernier et que cela a évité des centaines de milliers d’autres morts. Les autres que rien ne peut justifier une telle atrocité : les victimes étaient essentiellement des civils.
Chacun se fera son opinion. L’homme porte en lui ses propres guerres, ses horreurs, ses démons et aussi ses rêves de beauté et d’harmonie, de paix et d’amour. Le voyageur lui, plus simplement, peut-il se faire témoin ? et comme Lafontaine dire « j’étais là, telle chose m’advint ».
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