Journal : le 13 mai 2008
Après quelques jours de repos au CB, nous sommes repartis vers la haute altitude, C1 à 6700, C2 à 7400 et C3 à 7550 m. La montée au Makalu La, principale difficulté de l’ascension, reste un moment mémorable.
Sur un itinéraire mixte grandiose, qui ne démériterait pas dans les Alpes, on tire sur des cordes fixes posées là on ne sait depuis combien de temps et sur des ancrages peu fiables. Lentement, au gré de sa forme physique et de son acclimatation, on gagne en altitude pour enfin, après de longues heures d’effort déboucher au col du Makalu La à 7400 m.
Après une nuit pas trop difficile, nous progressons de seulement 150 m. pour rejoindre un emplacement abrité propice à l’installation d’un camp. Il faut dire que la méforme de François, n’incite pas à aller plus loin. Profitant d’une après-midi calme, nous buvons et nous reposons autant que faire ce peut. Le panorama est dantesque, face au Chomo Lonzo, nous apercevons au loin sur la droite le Kangchengjunga, troisième plus haut sommet du globe, avec le Jannu tout à côté et sur notre gauche toujours présents, l’Everest et le Lothse. Notre plan est de partir pour le sommet à 10 h le soir. Ce que nous faisons avec juste une demi-heure de retard. Kayla, patiemment nous attend à chaque pas. Nous progressons dans une nuit d’un noir profond et dans un froid toujours plus mordant, au point que vers 2 heures du matin, nous décidons d’utiliser la tente d’une équipe italienne pour examiner nos pieds. Martine souffre terriblement du froid et semble présenter des signes d’un début d’hypothermie. Par ailleurs un de ses gros orteils est insensible et tout blanc et il faut 40 minutes d’un massage appuyé pour y faire revenir le sang. Alors, que faire ? Continuer, au risque de revenir avec des gelures graves. Ni l’un ni l’autre ne voulons prendre ce risque. Ou bien redescendre vers notre camp pour revenir dans quelques jours. Raisonnablement, nous avons opté pour cette solution, même si elle ne fut pas le plus facile à prendre. Il ne restait que 600 m avant le sommet et là, nous savions qu’il nous faudrait tout refaire, mais des orteils n’ont pas de prix. Et même si de nombreux himalayistes présentent des stigmates d’ascensions antérieures avec multiples amputations, nous ne souhaitons pas en arriver à de telles … extrémités. Deux italiens qui ont atteint le sommet le jour de notre tentative sont rentrés hier au CB avec pour l’une des gelures de deuxième degré aux pieds.