Oman, le sultanat bienveillant

Au Sultanat d’Oman, un mot suffit pour ouvrir les portes du royaume : Qabous, comme Qabous bin Saïd, le bienveillant sultan au pouvoir depuis 1970 et que tout le monde ici vénère. Dans le souk de Muttrah, à Mascate, on ne tarit pas d’éloges à son sujet. “Notre sultan nous a apporté prospérité, bonheur et sécurité”, affirme un vendeur de poteries. “C’est un homme d’une culture sans pareille, renchérit son voisin parfumeur. Son esprit est si délicat qu’on le surnomme ‘le sultan à la rose’. Tenez, j’ai justement une eau de toilette à son effigie. Je vous la fais à 5 rials.”
Oman 1

Mascate la sobre

Loin du bling-bling dubaïote ou des aspirations à la grandeur du Qatar, la capitale omanaise repose sur un savant équilibre entre les fameuses, autant qu’inséparables, tradition et modernité. D’un côté les galeries marchandes climatisées, de l’autre les petites maisons blanches à deux étages et les ruelles tortueuses. Une cité à l’effigie de son monarque. Sans chercher à grossir le trait, on imagine la journée d’un Mascatais qui s’engouffre dans un taxi à la sortie du travail sur Sultan Qabous Street, marque une petite pause pieuse à la grande mosquée du Sultan Qabous avant de récupérer son fils à l’université du Sultan Qabous, juste à temps pour le match du Mascate FC au Sultan Qabous Sports Complex.

Par chance, les journées, ici aussi, ne durent que 24 heures ! A propos de chance, toujours, on peut dire que les Omanais sont plutôt bien lotis. Dans cette Suisse arabique, les jeunes sujets reçoivent un titre de propriété à leur majorité, les dépenses de santé et d’éducation sont prises en charge par l’Etat et les retraites sont assurées.

Vers le sud

Située à deux heures de Mascate en direction du sud, Nizwa abrite un souk réputé pour la qualité de ses kandjars, les fameux poignards à lame recourbée que les Bédouins du coin portent au niveau du bas-ventre, virilité oblige. Sa médina renferme de vieilles maisons en pisé aux façades croulantes, ainsi qu’une imposante citadelle qui domine la ville. Il faut monter une volée de marches pour profiter d’une vue imprenable sur la ville et sur les vergers enchâssés comme des bouquets d’émeraudes dans la roche brute du djebel alentour. Jadis capitale, Nizwa conserve une position stratégique à la croisée des routes reliant les territoires du Nord et le Dhofar, la partie la plus méridionale du Sultanat. Entre les deux s’étale un interminable désert rocailleux qui nous sépare du Dhofar, notre destination finale.

Tracée au cœur d’un vaste enfer chauffé à blanc, la route M31 porte vite sur les nerfs. Lumière aveuglante, carcasses de voitures rôtissant sur les bas-côtés, baraques d’ouvriers en préfabriqué abandonnées, et juste quand on ne l’attend plus, une station-service. Une halte à Haima, l’unique bourgade égarée à mi-parcours, et c’est reparti. Par moment, le dos blond et soyeux d’une dune pointe à la surface de cette terre éclatante, offrant à l’œil l’occasion de sortir de sa torpeur. Le reste du temps, c’est le calme plat. Après 700 kilomètres de ligne droite, on n’est pas mécontent de découvrir le premier panneau indiquant Salalah, la capitale du Dhofar.

Un air de Kerala

Laissant la M31 derrière nous, le relief change subitement. Le climat se radoucit, la végétation apparaît et reprend ses droits sur la rocaille. Cette surprenante métamorphose est l’œuvre du kharif, la mousson venue d’Inde qui déverse ses pluies légères de mi-juin à fin août et bouleverse le paysage pour le plus grand bonheur des touristes arabes du golfe, et le nôtre. Quiconque a bourlingué en Inde sera frappé par la ressemblance avec le Kerala. L’influence de la communauté indienne y est très forte, notamment à Salalah où elle a recréé une ambiance “comme à la maison”. Dans le centre-ville, les rues fleurent l’encens et le curry, on lit le Times of India sur le bord des trottoirs, ça se bouscule et ça klaxonne. Bref, un beau bordel à l’indienne.

Son histoire marquée par le commerce de l’encens, la sérénité qui y règne et la langueur de ses chameaux font du Dhofar un endroit très spécial. Quel plaisir de bivouaquer sur ses plages désertes, de se réveiller face à l’océan Indien, de commencer chaque journée en piquant une tête, de pique-niquer sur le bord des routes ! En poursuivant toujours plus vers le sud, on atteint un poste-frontière au-delà duquel commence le Yémen. Comment deux pays voisins peuvent-ils être si éloignés ? D’un côté la paix, de l’autre la guerre. La prospérité ici, le déclin et la ruine là-bas. Décidément, Oman n’a pas volé son titre de petit coin de paradis. Le “secret le mieux gardé d’Orient” a réussi là où tant d’autres pays ont échoué. Chapeau Qabous, qu’Allah te protège encore longtemps !

Texte et photos de Jérémy Suyker.