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Premières nuits en altitude

Enfin notre quatrième nuit à 5700 m est la bonne. Nous avons dormi 9 h d’affilée sans maux de tête au réveil. Nous pouvons envisager à présent d’aller plus haut.
Sommet Népal

Journal : le 28 avril 2008

Tout notre matériel étant arrivé, nous avons passé la journée d’hier à le conditionner pour les différents camps d’altitude avec l’aide efficace de notre Sherpa Kaila. Heureusement ce travail fastidieux a été interrompu par la traditionnelle "puja". Cette cérémonie par laquelle les sherpas demandent aux dieux la permission de gravir la montagne. Notre camp de base avancé est devenu très confortable. Une tente mess pour 6 personnes, une tente douche et une cuisine en dure qui a demandé trois jours de terrassement et de construction. Ce matin nous préparons nos sacs pour aller dormir à 6300 m. Le programme serait de dormir à 6700 la nuit suivante, puis de monter en direction du Makalu La à 7400 m. Evidemment ce n’est qu’un programme et c’est le corps qui décidera. Nous essayerons de donner des nouvelles dans quelques jours, mais les ordinateurs tombent en panne les uns après les autres à cause de l’altitude et du froid.

Journal : le 3 mai 2008

Ah la nuit en altitude et son cortège de doutes et d’attentes interminables ponctuée de maux de tête persistants ! Dès la disparition du soleil, c’est toute une organisation qu’il faut mettre en place pour lutter contre le froid qui envahit tout. D’abord, s’habiller avec nos combinaisons duvet. Mais comment faisaient les pionniers en veste de tweed sur les flancs de l’Everest dans les années 20 ?

Ensuite, organiser son lit avec un matelas mousse de moins de 2 cm d’épaisseur, bon pour l’isolation de la neige, mais pas très efficace pour le confort. Bien sûr, très important, essayer de « construire » un oreiller moelleux. Mission quasi impossible lorsque vous utilisez les coques de chaussures d’altitude comme base, recouvertes de quelques mètres de corde et d’une paire de moufles.

Et puis aussi, faire de l’eau et encore de l’eau, puisqu’il faut boire 4 à 5 litres par jour pour couvrir les besoins en eau d’un homme en altitude. Péniblement on s’efforce d’atteindre 3 à 3,5 litres. Mais quel chantier : sortir de la tente pour aller collecter de la neige exempte de traces jaunes, revenir à la tente, retirer les coques et démarrer le business. Après avoir monter le réchaud, l’allumer sans mettre le feu à l’abside de la tente. Placer la neige dans la gamelle et attendre. Répéter l’opération aussi souvent que nécessaire de préférence avant la morsure du gel nocturne. Et tout cela qui se complique lorsque vous gagnez en altitude. Le froid plus intense, l’air plus raréfié, les maux de tête plus tenaces. Alors pourquoi une telle galère ? Ah la grande question à laquelle chacun apporte sa propre réponse.

Pour nous, il y a entre autres, l’extraordinaire beauté des montagnes environnantes : l’Everest, le Lhotse et le Baruntse tout proche. Mais aussi la lumière unique de la haute altitude. Et pleins d’autres choses encore…

Après 4 nuits passées là-haut, à 6100, 6300 et 6700 m, nous sommes redescendus au camp de base hier, où nous avons retrouvé son confort et la nourriture de notre cher cook Pasang. Il faut dire que nous sommes revenus d’altitude véritablement affamés, après ces 4 jours d’inappétence provoquée par le manque d’acclimatation, mais surtout par le goût détestable des aliments lyophilisés. Seul réconfort à nos papilles gustatives, le petit bloc de foie gras dégusté le premier soir.

La prochaine fois, nous vous parlerons de notre sherpa Kaila, véritable mutant d’altitude duquel émane une force tranquille pour le moins rassurante.