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Le sommet

Retour de François au CB après l’ascension du sommet avant-hier dans une fenêtre météo détestable. Nous sommes si peu à l’avoir atteint, alors que nous étions une vingtaine à le tenter.
makalu

Journal : le 21 mai 2008

Le 16, c’est presque la mort dans l’âme que je quittais, le CB, laissant Martine avec un œdème facial et une bronchite, qui l’empêchaient de venir avec moi. Je repartais avec Kayla, notre sherpa qui avait déjà atteint le sommet lors de notre tentative du 11 malheureusement stoppée par le froid. En montant au C2, j’essaye de ne pas trop penser à ma chérie, pour me consacrer sur l’objectif à venir : les 8463 m du Makalu sans oxygène. Je me concentre sur le moment présent, sur chaque pas que je fais et qui me rapproche du sommet. La montée au Makalu La se passe sans coup férir et plusieurs cordes fixes ont été remplacées. Il y a deux semaines, un Espagnol a fait une chute de 20 m sur l’une de ces cordes, miraculeusement arrêté par son gant s’accrochant sur un bec rocheux.

En débouchant au Makalu La, vous entrez alors dans le monde magique et mortifère de la très haute altitude au dessus de 7500m. Vos perdez vos neurones à une vitesse accélérée et vous avancez à une allure comparable à celle d’un escargot. Kayla, quant à lui assure de façon magistrale. Mais à l’écouter dans la nuit au dessus de 7800m j’aurais tôt fait de me rendre à sa raison en me trouvant trop lent. Heureusement que les frontales, loin derrière pouvaient me donner un bon point de repère. Nous avions de la marge et je comptais bien l’utiliser pour le convaincre. Ce personnage me sidère réellement par sa forme physique. Tout en me battant avec mes pieds pour garder un semblant de chaleur, je vois le jour poindre avec l’espoir rapidement déçu que le soleil va rétablir un semblant d’équilibre. Manque de chance, nous remontons un couloir mixte dans l’ombre. Qu’à cela ne tienne, juste à la sortie il y a un éperon ensoleillé où Kalya m’attend déjà.
A peine je le rejoins, la tempête est sur nous, et Joao Careira nous rattrape. Tout en passant devant nous, il nous attend pour voir si l’on continue tandis que la tempête fond sur nous de partout : dessus, dessous mais aussi on a l’impression de l’intérieur de la montagne. Et le phénomène ne diminue pas, au contraire, à l’approche du sommet celle-ci se renforce encore comme si cela était possible. Pas de photo en pose Terray comme lors de la première ascension. La veille des copains sont restés une heure au sommet. Pour nous, à peine touché le sommet, nous filons vers le bas.

En descendant sous le C4, je croise Nil Prasad Gurung qui participe à une expédition parallèle. Je le connais pour l’avoir rencontré à l’occasion de stages qu’il effectuait pour progresser techniquement afin de devenir guide UIAGM. Il redescend du sommet qu’il a fait la veille et me dit qu’il est fatigué. Le lendemain matin en arrivant au C3 Joao nous apprend que Nil est mort dans la nuit d’un œdème cérébral. Tout le camp est sous le choc.

Mais néanmoins chacun se concentre sur ce qu’il doit faire. J’entame la descente du Makalu La en redoublant de vigilance. Au C2 je suis rejoint par Blair un ami australien qui a tenté le sommet en même temps que moi et redescend avec des gelures au nez et aux pieds. Mais plus encore que ses gelures, c’est moralement qu’il a reçu d’avoir échoué si près du but.

François