Espagne continentale

Présentation

L’Andalousie

Géologie
L’Andalousie, deuxième région d’Espagne en termes de superficie, se situe à l’extrême sud du pays. Avec 87 268 kilomètres carrés (équivalant au Portugal), elle est plus grande que certains pays d’Europe. Son paysage géologique s’est constitué il y a 300 millions d’années, lorsque les montagnes de la Sierra Morena ont commencé à s’élever, créant une barrière naturelle entre l’Andalousie et le reste de l’Espagne, et s'est achevé par l’ouverture du détroit de Gibraltar, qui a séparé le continent de l’Afrique.

Climat
L’Andalousie est la région la plus chaude d’Espagne. Température moyenne annuelle 17 ºC, 600 mm de précipitation, 3 000 heures de soleil, avec des étés longs et chauds et des hivers courts et doux. Ce climat cache cependant de gros contrastes : dans l’Ouest, les étés sont chauds et torrides, les hivers doux et humides ; dans l’Est et le Nord, les étés sont chauds et secs, les hivers froids et secs ; la côte est réputée pour son climat subtropical ; on trouve même des zones désertiques dans la province d’Almería, et la Sierra Nevada (où se situe le sommet de la péninsule Ibérique, le pic du Mulhacén, 3 481 m) jouit d’un climat de haute montagne.

Espaces protégés
L’Andalousie bénéficie de nombreuses zones naturelles, dont deux parcs nationaux, 21 parcs naturels, 28 réserves naturelles.

Histoire et culture
L’Andalousie est peuplée par l’homme depuis la préhistoire, notamment au cours du Paléolithique, du Mésolithique, du Néolithique et de l’ère Ibère. Tartessos, la terre mythique mentionnée par d’anciens géographes grecs, était située dans l’ouest de l’Andalousie, où se trouve aujourd’hui Cadix, l'une des plus anciennes villes d’Europe, fondée il y a plus de 3 000 ans, bien avant Rome et Carthage.
Sa situation “entre” Europe et Afrique et à l’extrémité ouest de la Méditerranée (fin du monde connu jusqu’au XVe siècle) a fait de l'Andalousie le point de convergence de diverses cultures d’Afrique et d’Orient. Ces influences associées à la civilisation déjà présente en Andalousie ont marqué la terre andalouse et son peuple : depuis Italica, qui a donné à Rome deux de ses plus illustres empereurs, Trajan et Hadrien, à Al-Andalus la musulmane, société cosmopolite et tolérante dont le dernier rayonnement fut le royaume des Nasrides de Grenade (1231-1492). Aux XVIe et XVIIe siècles, l’Andalousie devint à nouveau un carrefour de cultures, grâce à son statut de “porte d’entrée” vers le Nouveau Monde. La Giralda de Séville peut être considérée comme l’écho architectural de l’Andalousie moderne : des fondations romaines, une nef mauresque et une flèche Renaissance espagnole. Cette diversité se retrouve dans la succession de penseurs, philosophes, artistes et scientifiques originaires de la région : Averroès, Lorca, Picasso, Ramón Jiménez, pour n’en citer que quelques-uns.

Une région à l’identité marquée
Aujourd’hui, si vous passez outre les clichés sur la tauromachie et les guitares qui sont habituellement associés à l’Espagne (éléments certes importants de la culture du pays), vous découvrirez une Andalousie à l’identité profondément enracinée, caractérisée par des formes artistiques aussi intenses que la musique et la danse flamenca, un artisanat unique au monde et une gastronomie à base de la meilleure huile d’olive du monde, de fruits de mer, de fruits et légumes naturels, et bien sûr, d’excellents vins.

Al-Andalus, rappel historique
Al-Andalus fut le lieu d’une civilisation unique, carrefour entre l’Orient et l’Occident et centre d’échanges culturels, correspondant au territoire de la péninsule Ibérique occupé par les musulmans du VIIIe au XVe siècle. Au sommet de son expansion, Al-Andalus s’étendait sur une grande partie du territoire de l'’Espagne actuelle.
Au cours du VIIIe siècle, des peuples et des familles de nobles d’Orient, ainsi que des Berbères du Maghreb (Maroc) vinrent s’installer sur les terres d’Al-Andalus, conduisant à une fusion avec la culture hispano-gothique antérieurement dominante. La coexistence s’est réalisée pacifiquement au fil du temps, génération après génération.
Les IXe et Xe siècles virent l’âge d’or culturel d’Al-Andalus, avec Cordoue comme capitale. L’intégration culturelle des Berbères, des Arabes, des Hispaniques et des juifs fut vivement encouragée et promue. Des accords de paix furent signés avec les chrétiens, et de nombreux échanges commerciaux s’effectuaient avec Bagdad, la France, la Tunisie, le Maroc, Byzance, l’Italie et même l’Allemagne.
A partir du XIe siècle, Al-Andalus entra dans une période de déclin. Des querelles factionnelles entre des dirigeants locaux ont mené à la rupture de l’harmonie et de l’unité qui régnait jusqu’alors. Cet affaiblissement a encouragé les chrétiens à s’organiser pour attaquer les musulmans.
L’arrivée successive de deux factions politiques et religieuses puritaines depuis le Maghreb (les Almoravides et les Almohades) ralentit l’avancée des armées chrétiennes commandées par Alfonso VI. Chacune de ces factions succomba néanmoins à la négligence spirituelle et au libéralisme caractéristiques d'Al-Andalus. De leur côté, les chrétiens poursuivaient leur avancée.
Alors que, au XIIIe siècle, tout semblait perdu, Fernando III ayant reconquis la plupart des villes d’Al-Andalus, les musulmans eurent un dernier sursaut avec l’apparition de la dynastie des Nasrides. Grenade était la capitale de ce royaume qui s’étendait sur les provinces actuelles de Grenade, d’Almería et de Málaga, ainsi que certaines parties de Jaén et Murcie. La pression était constante entre les armées chrétiennes, au Nord, et les sultans mérinides du Maroc, au Sud. Malgré tout, Grenade fut une grande métropole culturelle durant cette période, au cours de laquelle furent construits des palais (comme l’Alhambra), des bains publics et des mosquées. Et ce jusqu’en 1492.
Après plusieurs années de batailles sporadiques avec les armées chrétiennes et quelques affaires juridiques, le roi Boabdil perdit Grenade. Les conditions accordées par les chrétiens étaient généreuses, mais furent vite oubliées, et les Maures de cette région furent réprimés et persécutés jusqu'à leur expulsion finale en 1610.

Grenade
Son riche passé lui confère un magnétisme irrésistible. Tout a commencé dans le petit village ibère d’Illibéris, qui prospéra durant la période romaine et wisigothe sous le nom d’Elvira, siège du premier consulat d’Espagne au IVe siècle. Après les premières incursions maures au début du VIIIe siècle, le transfert de la capitale fut effectué vers un village de la colline voisine connu sous le nom de Gart Al-Yahud, la grenade des juifs.
La cité se développa jusqu’au XIe siècle et, suite à l’éclatement du califat de Cordoue, devint la plus importante du réseau de principautés que formait alors Al-Andalus. La dynastie berbère des Zirides contrôlait la ville durant cette période trouble, marquée par des affrontements perpétuels avec, entre autres, le royaume de Séville. Elle a ensuite succombé à l’empire nord-africain des Almoravides et des Almohades, qui réussirent à préserver la ville jusqu’à leur déclin au XIIIe siècle.
A cette époque, Grenade a acquis son statut singulier grâce au fondateur de la dynastie des Nasrides, Mohammed ben Nazar, surnommé Al-Ahmar (le Rouge, à cause de sa barbe rousse), qui y établit alors le siège de son royaume. Le sultanat nasride de Grenade fut ainsi la dernière forteresse musulmane, une période de rayonnement artistique et culturel qui passionnera ensuite les Romantiques.
Cette période s’achève le 2 janvier 1492, lorsque les Rois catholiques font flotter leur drapeau sur l’Alhambra. Dans la Grenade chrétienne, les églises, les monastères et les palais proliférèrent, ce qui ajoute une collection d’art gothique, Renaissance et baroque à l’héritage d'Al-Andalus. Au XVIe siècle, la primauté de la cité était évidente : Charles Quint vint à Grenade après son mariage, une des plus belles et des plus peuplées villes de la Péninsule, où étaient enterrés les plus illustres personnages de l’époque. Au XIXe siècle, les voyageurs romantiques clamèrent leur “découverte” aux quatre vents, et la hissèrent au rang de paradis, ce qui contribua à attirer des flots de visiteurs.

L’Alhambra
L’Alhambra, de l’arabe Qalat al-Hamra, le “château rouge”, édifice dont la construction fut initiée sur la colline Sabika, opposée à l’Albaicin, par le fondateur de la dynastie des Nasrides, Mohammed Ibn al-Ahmar, lorsqu’il fit de Grenade sa capitale. Au cours des XIIIe et XIVe siècles, ses successeurs, notamment Yusuf I et Mohammed V, poursuivirent la construction, y ajoutant des murs, des tours, des portails, des mosquées, des palais et des jardins, autant d’éléments qui allaient donner au palais son statut légendaire.
En passant devant l’entrée en retrait de la porte de la Justice, une rampe conduit à la porte du Vin (Puerta del Vino), entrée d’origine de la médina, datant de la fin du XIIIe siècle et du début de l’architecture nasride, dans l’usage de moulures, céramiques, et de briques.
A côté, la Plaza de Los Aljibes, la zone d'accès à l’Alhambra, et le palais de Charles Quint, un édifice Renaissance majestueux, conçu par l’architecte Pedro Machuca au début du XVIe siècle, avec un patio circulaire à portiques, inscrit dans le plan carré du bâtiment. Il abrite le musée des Arts hispano-musulmans et des beaux-arts, avec quelques pièces exceptionnelles de la période nasride.
L’Alcazaba, la partie militaire de l’Alhambra, est située sur le promontoire de la colline. C’est la partie la plus ancienne, bâtie au milieu du XIIIe siècle par le premier sultan et consolidée par la suite. Elle se compose d’un mur d’enceinte massif, d’un chemin de ronde, d’une caserne et de diverses tours, comme la première résidence royale ou encore Las Armas, au-dessus du passage d’entrée, La Vela et La Campana. Cette dernière, la plus avancée, offre des vues incomparables sur Grenade et la Vega.
La vieille résidence royale, une série d’édifices au sein desquels les talents artistiques des Nasrides ont atteint des sommets, comprend un fantastique labyrinthe où à chaque zone était attribuée une fonction au sein de la Cour. La première section est le Mexuar, où se réunissait le Sura (conseil des ministres), avec un oratoire et la Chambre dorée (Patio del Cuarto Dorado), où le sultan recevait ses sujets, et dont la façade est richement décorée de moulures. Le bâtiment fut édifié en 1370 sur ordre de Mohammed V.
Puis vient le passage vers le Patio de Los Arrayanes (cour des Myrtes) ou Patio de La Alberca, une piscine où se reflète la tour de Comarès, dans laquelle se trouve le fabuleux hall des Ambassadeurs, synthèse décorative de l’art nasride, sous un plafond symbolique qui représente les sept paradis.
Au sud, la légendaire salle des Abencérages (Sala de Los Abecenrrajes), avec son splendide dôme en nid d'abeille, dont on raconte que c’est ici que périrent les nobles abencérages. Au nord, la salle des Deux Sœurs est l’une des plus importantes de tout le complexe.
En continuant, on atteint le palais des Lions, distribué autour d’un patio, avec une galerie de 124 colonnes de marbre et une fontaine décorées de douze lions. Autour du patio, on trouve une partie du Mirador Lindajara, qui donne sur un petit jardin attenant aux appartements de Charles Quint, et où Washington Irving fut logé durant son séjour à Grenade. Tout près du boudoir de la Reine (Tocador de la Reina), belvédère offrant une vue privilégiée sur l’Albaicin, et entre les palais de Comarès et des Lions, se trouvent les bains royaux, bénéficiant d’une mystérieuse lumière tamisée.
A l’est, la luxueuse salle des Rois, réservée aux réceptions et banquets, où l’on peut admirer des coffres décorés de peintures représentant des scènes de fiction médiévales.
Du palais des Lions s’étend un vaste espace où se mélangent jardins et restes d’anciens bâtiments. Le palais de Partal, le plus ancien, édifié au milieu du XIVe siècle, la tour des Dames et l’oratoire sont répartis autour d’une piscine centrale. D’autres tours, comme La Cautiva ou Las Infantas, sont sur le chemin qui mène au Generalife (Jannat al-Arif, le paradis ou le jardin de l’architecte), un palais d’été construit fin XIIIe, début XIVe siècle, et qui recrée un paradis de verdure et d’eau, avec une splendide résidence au milieu de jardins et de vergers.