Lalibela, la Jérusalem d’Ethiopie

On a beau savoir que la ville de Lalibela est l’une des premières destinations touristiques d’Ethiopie, qu’elle est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, qu’elle abrite onze églises creusées dans la roche, on n’est guère préparé à l’atmosphère si particulière qui s’en dégage…
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En pays Amhara

La lumière du dehors est aussi intense que l’intérieur est noyé de pénombre. Dans les vapeurs d’encens, un prêtre psalmodie des prières face aux fidèles qui défilent, pieds nus, vêtus de blanc. Voix étouffées, ambiance feutrée, reflets des croix dorées et des tentures chatoyantes. En ce matin de janvier, l’église Bete Medhane Alem de Lalibela vit à l’heure de la prière. Même si l’on n’est pas très religieux (c’est le cas de l’auteur de ces lignes), difficile de rester insensible à la mystique de la première ville sainte d’Ethiopie. Au début du XIIe siècle, l’empereur zagoué Lalibela fit bâtir cette cité sur le modèle de Jérusalem. Avec une différence notoire : tout ici a été creusé de main d’homme, dans le tuf aux couleurs d’oxydes de fer du pays Amhara.

Lalibela abrite onze églises monolithes. La cité a été classée au patrimoine mondial de l’Unesco dès 1978. L’organisation note que “sur le plan artistique, les églises ont toutes quelque chose d’unique par leur exécution, par leur taille ainsi que par la variété et la hardiesse de leur forme”. La construction de cette “Jérusalem noire” a été un chantier titanesque… Des données certes vraies, mais de peu d’aide pour décrire l’ambiance singulière de Lalibela.

Dédale et jeu de lumière

Lalibela, c’est d’abord un jeu de lumière. Au fil du dédale de ses passages enterrés ou creusés dans la roche, dans les tranchées de pierre bordant les églises ou les reliant les unes aux autres, on passe sans cesse de l’ombre à la clarté. L’implacable soleil éthiopien disparaît dans le cœur des églises, dont le faible éclairage ajoute à la mystique des lieux.

On entre dans un monde à part. Un monde de foi, avec son lot de croyances et de légendes. Selon l’une d’elles, la ville aurait été construite en seulement 23 ans, avec l’aide des anges qui creusaient la nuit (les archéologues, moins poètes, estiment qu’il a fallu 250 ans).

D’autres font remonter le christianisme orthodoxe éthiopien à la rencontre de la reine de Saba avec le roi Salomon, ou ressemblent carrément à un épisode d’Indiana Jones : à Aksoum, autre ville sainte du pays, on affirme qu’une modeste chapelle abrite rien de moins que l’Arche d’Alliance, le coffre mythique contenant les Tables de la Loi dictées par Dieu lui-même, ramené en Ethiopie par l’un des premiers empereurs du pays…

Ferveur et tourisme

On n’est bien sûr pas obligé d’y croire. Mais il faut se rendre à l’évidence : pour le voyageur, Lalibela ne manque pas de panache. D’autant plus que la cité n’est pas seulement un lieu touristique, loin s’en faut. La ferveur religieuse est ici bien réelle. “Toutes ces églises sont en activité, explique Kessis Wendale, qui illustre la dualité de la ville en étant à la fois prêtre et guide touristique. Il y a quelques semaines, pour le Noël orthodoxe (le 7 janvier) il y avait ici plus de 35 000 pèlerins, soit presque autant que le nombre de touristes que la ville reçoit chaque année.” En fin de journée, il nous emmène jusqu’à l’église Saint-Georges, la plus célèbre de toutes. Une splendeur en forme de croix parfaite, taillée dans la roche il y a plus de huit siècles, dont la façade couverte de lichens brille dans le soleil couchant. Certains affirment que la foi peut soulever des montagnes. Lalibela prouve qu’elle peut les creuser.

Texte et photos : Olivier Cirendini