Laugavegur, la voie royale de l’Islande

Dans le sud de l’île, ce trek de 56 km est considéré comme l’un des plus beaux d’Islande. Il relie Landmannalaugar, au nord du gigantesque glacier Myrdalsjökull, à Thorsmörk, proche du glacier et du volcan Eyjafiallajökull (celui qui a fait parler de lui en 2010). Un trajet de quatre ou cinq jours dans la beauté brute des paysages volcaniques…
Islande 3

Un peu rude, mais si magique

Kalt. En islandais, le mot “froid” sonne comme une claque. C’est à peu près ce que je ressens en traversant le gué. Comment de l’eau peut-elle être aussi froide ? A combien de (petits) degrés au-dessus de zéro est-elle ? Je savais certes où je mettais les pieds en m’engageant sur le Laugavegur, mais je n’avais pas imaginé que quelques mètres dans l’eau pourraient les glacer à ce point.

Arrivé de l’autre côté, je réchauffe mes orteils, mets mes chaussures sèches, regarde le paysage et… oublie en quelques minutes la désagréable sensation de la traversée. Ainsi est le Laugavegur : parfois un peu rude, certes, mais si magique par ses paysages qu’on lui pardonne sans peine les petits tourments qu’il nous inflige.

La route des sources chaudes

Laugavegurinn peut se traduire par “route des sources chaudes”. Le tracé traverse en effet des régions dont la physionomie a été marquée par des siècles d’éruptions et d’activité géothermique. Au programme : déserts de cendres, solfatares, champs de lave anciens recouverts d’une végétation rase d’un vert vif, terrains d’obsidienne d’un noir brillant, coulées de rhyolite dont les teintes varient de l’ocre au jaune en passant par toutes les nuances de l’orange. Et bien sûr — Islande oblige ! —, de la neige et des glaciers. Un paysage de création du monde qui débute avec la stupéfiante palette de couleurs de Landmannalaugar : des inclusions d’ocre, de jaune et de gris aux reflets bleutés, mêlées aux jets de vapeur et bouillonnements de boues soufrées.

Après deux jours de ce régime, le refuge d’Álftavatn marque la mi-parcours. Dehors, les toiles des tentes des campeurs brillent comme des néons. Dedans, chaleureuse ambiance de bois blanc, rustique mais aussi confortable qu’un gîte peut l’être. On se félicite d’avoir choisi de dormir ici plutôt que sous la tente. Les guides s’affairent pour préparer le menu : soupe, saumon et légumes grillés… un luxe, en randonnée.

Quatre saisons en une journée

Réveil dans le matin venteux de la troisième journée. L’itinéraire traverse le désert de cendres de Mælifellssandur, l’occasion de vérifier l’une des mises en garde des guides au départ : “sur le Laugavegur, attendez-vous à rencontrer les quatre saisons en une journée”. Au fil des heures, le vent que rien n’arrête fait voler la fine poussière volcanique, une ondée va et vient, un arc-en-ciel dessine son arche lumineuse jusqu’aux lointains glaciers, le soleil joue à cache-cache avec les bancs de brume.

Le lendemain, c’est finalement sous le soleil que j’arrive à Thorsmörk, qui signifie “forêt de Thor”, en référence au dieu du tonnerre du panthéon nordique. Les lieux doivent leur nom à une courte végétation arbustive qui me rappelle cette blague locale : “Si vous êtes perdu dans une forêt islandaise, levez-vous !” La côte n’est plus très loin. Je l’ai quittée il y a seulement cinq jours, mais je la retrouve avec l’impression d’arriver de très, très loin.

Texte et photos : Olivier Cirendini