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Les Alpes à la Méditerranée en vélo électrique

Des crêtes du Mercantour à la Méditerranée, une itinérance de cinq jours à vélo à assistance électrique, imaginée par la Métropole Nice Côte d’Azur ; nous voilà les premiers à faire l’expérience de cette traversée inédite, qui commence là- haut…
vélo Mercantour

Une impression de bout du monde émane du petit village de Saint-Dalmas-le-Selvage, où commence notre aventure. A moins de deux heures de route de Nice, Saint-Dalmas, une centaine d’habitants, se niche à 1 500 mètres d’altitude, au fond de la vallée de la Tinée, aux confins des Alpes maritimes.

Premiers tours de roues

C’est ici que les vélos nous attendent, et c’est avec une certaine excitation que nous prenons en main nos “jouets”… Si rares sont ceux qui se souviennent de leur premiers tours de roues en vélo dans la plus jeune enfance, les premières sensations à vélo électrique sont inoubliables, et exaltantes !  Cette petite échappée est l’occasion de tester les différents modes d’assistance, trouver ses repères, et s’envoler à 20 kilomètres/heure dans la montée, un large sourire aux lèvres !

Les jours suivants, l’excitation des premiers moments passée, il faudra apprendre à gérer la batterie, équilibrer l’effort et l’autonomie pour arriver au bout de chaque journée. Car, malgré l’assistance, le VAE reste sportif, en tout cas sur le parcours qui nous attend ! “Tricheurs”, “facile”, “c’est pas du vélo”, ces remarques lancées avec le sourire par certains cyclistes que nous croisons sont vite oubliées. Car, oui, c’est nettement plus facile que sans assistance. Sinon, notre itinéraire serait réservé à une élite, et là, justement, il est rendu accessible aux amateurs que nous sommes, et pour qui le champ des possibles est ouvert grâce à un petit moteur dans le pédalier ! Ceci étant dit, et assumé, nous n’avons plus qu’à profiter… en gardant un œil vigilant sur l’indicateur de batterie.

VAE Mercantour

Rencontre

Nous découvrons tranquillement le terrain de jeu qui sera le nôtre cette semaine, un peu de route, beaucoup de piste, et quelques sentiers. Nous rencontrons les habitants saisonniers des lieux. Après avoir entendu leurs cloches, nous approchons la queue d’un troupeau de brebis. Yannick, accompagnateur en montagne et moniteur de VTT pour Allibert Trekking depuis une vingtaine d’années, nous fait mettre pied à terre, pour ne pas effrayer les bêtes et alerter les chiens qui les protègent. Une sage recommandation, appréciée par Séverine, la bergère, qui les suit de près.

Séverine vit ici quatre mois par an, dans les alpages et les mélézins qui entourent le village, avec ses 800 moutons et ses sept ou huit chiens, et parfois sa grand-mère. “Quand j’étais petite, je montais l’aider un peu, maintenant, c’est elle qui vient me donner un coup de main de temps en temps !”, dit-elle en riant. Car le pastoralisme est une histoire de famille : ses arrière-grands-parents gardaient déjà les troupeaux sur le versant d’en face. Ils y passaient l’hiver : “Trop rude, dit-elle, ils se ruinaient la santé !” Aujourd’hui, la bergère descend dans la plaine avec ses bêtes à la fin du mois d’octobre.

Comme à la maison

Nous redescendons également jusqu’à notre gîte. Comme nos vélos, nous allons nous aussi recharger nos batteries, autour d’un dîner bio, local, et délicieux ! On est comme en famille dans la maison d’hôtes d’Alexandra et Patrice. Autour d’une grande tablée, les conversations se croisent entre passion du VTT et recettes à partir des légumes du potager. On aurait bien envie de rester une nuit de plus… Mais la mer nous attend !

Point culminant

Dans la fraîcheur du matin humide, nous quittons le village par une route qui serpente entre les mélèzes. La brume accroche les cimes et s’insinue par endroits dans la forêt. On imagine bien un loup surgir dans une clairière, ils habitent ici eux aussi… En prenant de l’altitude, la forêt laisse peu à peu place aux pelouses alpines, aux teintes orangées à cette saison. Seuls au monde, nous nous rapprochons du plafond nuageux, l’ambiance prend le dessus sur la réalité du paysage. Les derniers mètres du col de la Bonette sont irréels, avec une visibilité de quelques dizaines de mètres seulement. Nous sommes à 2 804 mètres d’altitude, le plus haut col routier d’Europe ! Nous entamons la descente, retrouvons rapidement la visibilité, les vallons sauvages du parc national du Mercantour, et assez vite… la pluie. La prudence est donc de mise dans la longue descente sur la route qui nous mène à Saint-Etienne-de-Tinée, l’étape de ce soir.

cime de la bonette vélo Mercantour

De village en village

village Marie Mercantour

Nous repartons un peu plus en aval, vers le premier village de la journée, Marie, au-dessus de la vallée de la Tinée. Nous en traverserons quatre aujourd’hui,  plus colorés les uns que les autres, où la tentation d’une halte sur une terrasse ensoleillée se fera de plus en plus forte. Nous y céderons pour déjeuner à Venanson, belvédère dominant la vallée de la Vésubie.
Avant cela, il faut rejoindre le sommet de la Colmiane pour quitter la vallée de la Tinée et rejoindre la Vésubie. La piste monte régulièrement dans une forêt de pins, avant de redescendre dans les alpages dégagés où les vaches nous regardent avec curiosité. Plus bas, passé le village de Saint-Martin-Vésubie, les pins s’effacent au profit des châtaigniers le long d’une piste en balcon qui mène jusqu’à Roquebillière, l’étape du jour.

Vue sur la mer

Ce matin, la végétation change encore, puisque c’est dans les forêts majoritairement de charmes que nous remontons le vallon de Malagratta. C’est la plus longue montée de la semaine, pour rejoindre la crête du Camp d’Argent, au-dessus du col de Turini. La gestion de la batterie est cruciale pour monter les près de 1 700 mètres de dénivelée positive au programme de la journée. La pluie étant annoncée pour l’après-midi, nous enchaînons avec le tour de l’Authion, petit sommet à plus de 2 000 mètres d’altitude, où le paysage s’ouvre à la fois sur la mer, de l’Estérel à Monaco, et sur les cimes du Mercantour.

Yannick, notre accompagnateur, connaît le massif comme sa poche. Il nous décrit chaque sommet de la skyline  avec une petite frustration… Celle de ne pas pouvoir faire un crochet par la vallée des Merveilles, cœur du parc national, pour nous faire découvrir les gravures millénaires qui en font la réputation, et le fascinent depuis toujours. En effet, l’itinéraire parcourt les frontières du parc, s’aventurant parfois en son cœur, timidement dirons-nous, car les vélos ne sont les bienvenus qu’avec modération, pour la protection de la nature, mission première du parc.

Jusqu’à la plage

Aujourd’hui, dernier jour, plus de 2 800 mètres de descente nous attendent, pour se laisser glisser jusqu’à la mer ! Enfin, pas seulement, puisque 1 100 mètres de montée et près de 75 kilomètres restent aussi à parcourir pour franchir les derniers reliefs qui nous séparent du littoral. L’ambiance se fait rapidement méditerranéenne : les forêts sont maintenant des pinèdes et les odeurs, celles de la Provence. Nous ne quittons les larges pistes ludiques qu’aux abords de la ville. Si le territoire de la métropole de Nice Côte d’Azur s’étend jusqu’aux vallées les plus profondes du Mercantour, les espaces sauvages s’approchent jusqu’aux portes de la ville, et nous en profitons jusqu’au bout.

L’arrivée à Nice est cependant un peu irréelle : on passe rapidement des collines encore calmes à l’agitation de la ville. On se sent un peu décalés, avec le sentiment privilégié d’arriver d’un autre monde. Nous débouchons finalement sur la promenade des Anglais, au bord de la mer turquoise. En regardant derrière nous les crêtes où a commencé notre périple, l’itinéraire apparaît aussi logique que la fin est évidente : on ne peut pas aller plus loin !

Recommencer

Ce voyage à vélo électrique à travers la Métropole Nice Côte d’Azur me laisse une même impression, sur ce territoire comme sur ma monture : l’essayer, c’est l’adopter ! Je reviendrai dans l’arrière-pays niçois, à pied, à vélo ou à skis ! Et je pédalerai de nouveau, de longues journées, avec un peu d’aide, pour parcourir plus de chemins, les jambes moins lourdes et les yeux toujours grands ouverts.

Texte : Aurélie Mansiot / Photos : Ulysse Lefebvre, Alpine Mag

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