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Une caravane en Mauritanie : échanges privilégiés avec les hommes du désert

Catherine Verger, ex-reporter dans l’audiovisuel et voyageuse Allibert, aime le Sahara : Sud libyen, Sud marocain, Sud tunisien, et la Mauritanie, qu’elle explore pour la deuxième fois. De cette randonnée au pays des Maures, elle retient surtout les belles rencontres avec notre équipe locale et les moments partagés. Récit…

“Il y a quelques rencontres dans la vie où la vérité et la simplicité sont le meilleur
manège du monde.”

En partant cette année dans le désert saharien pour la cinquième fois — et en Mauritanie pour la deuxième —, je ne pensais pas que la communication avec l’équipe d’accompagnateurs serait aussi riche et conviviale. Momo, Abderrahmane et Ahmed, respectivement guide-cuisinier et chameliers, m’ont fait penser à cette citation de Jean de La Bruyère : “Il y a quelques rencontres dans la vie où la vérité et la simplicité sont le meilleur manège du monde.”

Trois accompagnateurs pour deux clients, dont un marcheur suisse et moi.  A ma grande surprise, ce circuit dans l’Amatlich, programmé début janvier, a été maintenu. Une caravane légère, presque familiale. Premier jour, fort vent de face, abri forcé sous un tikit*. Et un premier repas de midi favorable aux présentations.

Momo, 27 ans, un mètre 86, impressionnant avec son boubou bleu ciel. Le jeune homme est originaire du sud du pays, limitrophe avec le Sénégal, mais sa famille habite Nouakchott, la capitale. Cela fait trois ans qu’il accompagne des touristes. D’abord stagiaire cuisinier, il a exploré tous les circuits de l’agence Allibert avant de devenir guide en 2020. “J’aime ce travail, j’essaie de le faire bien.”

Abderrahmane, 44 ans, et Ahmed, 51 ans, ont fourni les trois chameaux du circuit. Amis de longue date, ils habitent la même ville d’Akjoujt,  un ancien site minier au centre-ouest de la Mauritanie. Chacun possède son propre troupeau. Celui d’Ahmed, composé majoritairement de chamelles, est une source de revenus, grâce à la vente de lait. Dès 2003, il a commencé à travailler avec des agences de tourisme. Abderrahmane, lui, est entré dans l’équipe de chameliers d’Allibert à partir de 2018, recommandé par un guide. Satisfaits tous les deux de l’expérience des circuits avec les étrangers : “J’apprends des choses avec vous”, dit Abderrahmane. “L’argent que nous gagnons nous permet d’investir dans des chameaux, des palmiers ou dans des équipements pour la maison”, se réjouit Ahmed.

* Tikit : hutte de palmes avec une base en pierres, utilisée par les nomades pendant la période de récolte des dattes. 

Equipe locale Mauritanie

Et divine surprise ! Un espace sablonneux en promontoire, vierge de toute présence humaine,
proche d’un océan de dunes.

Deuxième jour. Le guide et les chameliers sont de plus en plus à l’aise avec nous, “les clients”. Ahmed propose de se mettre en cuisine un midi pour préparer un plat chaud : du riz aux légumes cuisiné “à la mauritanienne” au lieu de la traditionnelle salade. Nous sommes ravis. 

La bonne humeur de notre chamelier est communicative. Joyeux, boute-en-train, il fredonne des airs en marchant, son bâton sur les épaules. Il apostrophe de manière amicale enfants et adultes que nous rencontrons en chemin. Malgré l’obstacle de la langue, il me raconte sa vie quotidienne quand je reste à la traîne de la caravane, fatiguée par l’effort des montées et descentes dans les dunes.

Une fin d’après-midi, l’heure du bivouac approche. Nous traversons un village jonché de plastique et de déchets ménagers. Devant nos mines surprises et affligées, nos accompagnateurs acceptent d’explorer un peu plus loin. Trente minutes supplémentaires de marche. Et divine surprise ! Un espace sablonneux en promontoire, vierge de toute présence humaine, proche d’un océan de dunes. Un bivouac idéal encore inconnu de l’équipe spécialiste du circuit.

Bivouac Amatlich Mauritanie

“J’ai conscience d’avoir eu un privilège : Celui d’avoir partagé un territoire avec ceux qui l’ont apprivoisé depuis des siècles.”

La nuit tombée, notre groupe de cinq s’étend sur la natte autour des braises. L’incontournable thé à la menthe et la galette de pain, cuite dans le sable, se préparent. Les conversations portent sur de sérieux sujets de société. Consommation d’alcool, pratique religieuse, organisation de la famille, relations hommes-femmes. Pour satisfaire la curiosité de nos chameliers sur nos étranges mœurs européennes, Momo fait office d’interprète entre nous et Ahmed et Abderrahmane.

Notre petit groupe de l’“Amatlich” ne peut pas éviter de parler de l’épidémie de Covid : “Un virus dangereux qui a tout gâché”, commente Abderrahmane.  Pendant plus de 20 mois, les équipes mauritaniennes ont été privées de travail. “Il faut que les touristes reviennent sans avoir peur, plaisante Ahmed. On n’attrape pas le virus dans le désert !” Momo, le jeune guide cuisinier qui vit chez ses parents, est confiant dans l’avenir. La richesse de la Mauritanie est son patrimoine naturel. “Les touristes vont revenir ! Pourquoi ne pas créer de nouveaux circuits à l’avenir dans d’autres zones du pays encore peu fréquentées ? Momo compte sur la reprise de l’activité touristique pour “bien gagner sa vie et pouvoir un jour se marier, acheter une voiture et une maison”.

Dernier bivouac à quelques kilomètres de Terjit. Nuit agitée de grand vent. A deux heures du matin, pas très rassurée sous ma tente moderne secouée par les courants d’air, je cherche refuge sous la tente collective, mieux amarrée. Abderrahmane fait un échange avec moi. Je l’en remercie au petit matin.
Et c’est déjà l’heure de quitter le désert. La bonne humeur d’Ahmed, l’énergie et l’efficacité d’Abderrahmane, la disponibilité bienveillante de Momo m’accompagnent jusqu’au départ d’Atar. En survolant le désert juste après le décollage, le nez au hublot, j’ai conscience d’avoir eu un privilège : celui d’avoir partagé un territoire avec ceux qui l’ont apprivoisé depuis des siècles.

Amatlich Mauritanie

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