Inutile d’aller sur Mars, il y a le Japon

“Au retour du Japon persiste la sensation d’un voyage intersidéral. Ou du moins sidérant.” C’est en tout cas ce qu’éprouve Jean-Michel. Et pourtant, ce guide-accompagnateur en a vu, du pays, au gré des circuits Allibert qu’il encadre à travers le monde et de ses itinérances personnelles. Flash-back sur ses premiers pas au pays du Soleil-Levant…
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Les pendules à l’heure

Alors que je suis en plein décalage horaire, l’accueil dans mon ryokan (hôtel ou gîte traditionnel japonais) est l’occasion de remettre mes pendules à l’heure. Ici, on apprend à se plier en deux, à sourire… et à être ponctuel. Le petit déjeuner est servi à 7 h, pas à 7 h 05, ce serait très impoli. Premier repas exquis, concocté à base de poissons, légumes, nouilles, riz, poudres de perlimpinpin et autres champignons gélatineux qui laissent mes papilles médusées. Puis direction Tokyo. Sur le quai de la gare, les travailleurs attendent fébrilement le train de 9 h 03 à l’endroit exact où il ouvrira ses portes. Il a 35 secondes de retard.

Des Japonaises affables ouvrent des yeux de hibou en apprenant que je vais passer vingt jours dans leur pays. Ici, prendre des congés, c’est assez déplacé : me voilà “intersidéré”… Arrivé au bout de sa course, sous le regard impassible du mont Fuji (un cône parfait devenu mont iconique), le train ouvre ses portes sur un autre monde. Bienvenue au pays des distributeurs de boissons étranges plantés au milieu de nulle part. Des conducteurs de bus en gants blancs. Des panneaux de signalisation en écriture martienne.

Une autre planète

En ville, la rue concentre tous les anachronismes. Un couple sort d’un love hotel pour aller se recueillir subrepticement dans un petit temple shintoïste. Il se faufile parmi des écolières en jupes plissées tout droit sorties des années 1950. Un peu plus loin, la soie somptueuse d’un kimono qui se presse à petits pas frôle le short flashy d’une adolescente, collants roses et choucroute indéfinissable sur la tête. A quelques mètres, un taxi s’arrête. La porte arrière s’ouvre automatiquement. En sortent trois hommes en costume et attaché-case qui s’écroulent comme des pantins sur la chaussée, ivres morts, et qui iront dormir dans un capsule hotel.
Au long de mon périple, je verrai les temples et les érables empourprés, les gratte-ciel et les jardins zen, le Shinkansen et les vélos. Le marché aux poissons, les geishas et la forêt “hantée” d’Aokigahara. Tradition et modernité se percuteront tous azimuts dans un tourbillon perpétuel, néanmoins soumis aux lois, invisibles et puissantes, du collectif. Une autre planète, donc. Et c’est aux bains que je retrouverai mes esprits…

Bouillon culturel

Parmi les traditions ancestrales toujours vivaces au Japon, on trouve en bonne place les bains : les sentô (bains publics) et les onsen (sources thermales). Où l’on s’immerge dans un rituel collectif et bienfaisant, qui commence bien avant le plongeon. Pour les onsen, en arrivant au ryokan, on commence par se déchausser. Quelques instants plus tard, un personnel prévenant vous attribue une chambre, dans laquelle un yukata (kimono d’été), parfaitement disposé, vous attend. Une fois paré de soie fleurie, vous traversez le bâtiment pour vous rendre aux bains. Ou plutôt à une première pièce au parquet de cèdre recouvert de tatamis, où l’on vous invite à laisser vos vêtements pour accéder… à la douche ! C’est seulement nu comme au premier jour et propre comme un sou neuf que vous pouvez (enfin !) plonger dans le bain.

Pour les plus luxueux d’entre eux, autant parler de jardins des délices : eau chaude naturelle à 40 degrés (le pays compte plus de 60 volcans actifs), parements de pierre ou d’ardoise, entours arborés et jardins divers, intérieurs et extérieurs… Lieux de relaxation invitant au repos des sens, les bains sont aussi et surtout des espaces conviviaux perpétuant un art de vivre. Dont la philosophie pourrait se résumer prosaïquement ainsi : “On profite, on se détend, on se confie, on se comprend… et on rit !” Un bain de jouvence qui vaut son pesant d’or et qui, à lui seul, pourrait justifier le voyage.