Chloé au Pérou : « Une rencontre singulière avec Pachamama, la Terre mère »
"L’Amérique latine, c’est une première pour moi..."
... Et sur ce continent, le Pérou est une destination de choix, qui m’a toujours intriguée. Berceau d'une culture unique, tissée par les influences des civilisations qui ont précédé l'arrivée des Espagnols... Dès les premiers jours sur place, j’ai ressenti l’omniprésence d’une culture andine très forte. Elle passe par la langue quechua, encore largement parlée, par les tenues colorées, les traditions agricoles… Les vêtements multicolores des femmes éclairent les ruelles des villages perchés à flanc de montagne. Le lama et l’alpaga, véritables symboles de la région, sont des compagnons indispensables : le lama pour le transport et l’alpaga pour sa laine soyeuse, une matière première prisée par les tisserandes pour la confection de toutes sortes de tissus et d’objets. J’ai d’ailleurs craqué pour une statuette d’alpaga au pelage incroyablement doux !
Le Pérou, c’est aussi des moments inoubliables avec les locaux.
Sur les sentiers, au bord du lac Titicaca... Pendant ce voyage, j’ai pu partager des instants privilégiés avec les Péruviens à l'occasion de nuits passées chez l’habitant. Les conditions de vie sont certes rudes mais les échanges sont vrais. Sur le lac Titicaca, plus haut lac navigable au monde, ils perpétuent leurs traditions, entre vie sur une île flottante, artisanat et construction navale ancestrale… Leur façon de nous transmettre leur culture est pure, et les regards, sincères : les images que j'ai filmé sont rayonnantes.

" le lama pour le transport et l’alpaga pour sa laine soyeuse, sont des compagnons indispensables."
Selon la légende, les enfants d’Inti, le dieu du Soleil, seraient nés de l’écume du lac Titicaca. Parmi eux, le premier souverain inca, et fondateur de la cité sacrée de Cusco, ancienne capitale de l’Empire inca, civilisation à la fois mystérieuse et impressionnante. Située à 3500 m d'altitude, la ville est aujourd'hui le carrefour culturel et historique du pays. Les places et marchés sont des lieux de rencontre, où l’on peut observer le quotidien des habitants, savourer les spécialités locales, se perdre parmi les étals d’artisanat… Au fil des ruelles pavées, les édifices coloniaux construits sur les fondations incas ne laissent pas indifférent. Ils racontent la résistance et la résilience d'un peuple face aux conquérants.

"A Cusco, j’ai adoré sillonner la Plaza de Armas et le marché de San Pedro."
Les Incas étaient à la fois des architectes et des artistes de la nature. Leurs constructions, sans mortier, présentent des pierres parfaitement ajustées, chaque bloc étant unique et taillé sur mesure pour s’emboîter avec précision. De nombreux vestiges, baignés de mystères, témoignent de leur ingéniosité déployée entre les XIe et XVe siècles : la forteresse de Sacsayhuamán et ses colosses de calcaire parfaitement sculptés, le village de Chinchero et son église coloniale bâtie sur les ruines d’un temple inca ou encore Ollantaytambo, perchée à 2490 m d’altitude, connue pour ses terrasses agricoles et ses vestiges militaires, sont autant de témoins de la résistance inca face aux Espagnols au XVIe siècle.
La Vallée sacrée représente à elle seule l’extraordinaire capacité d’adaptation des Incas à leur environnement. Elle témoigne de leur savoir-faire et de leur profond respect pour la nature. L’élevage et l’agriculture sont d’ailleurs deux piliers de la culture locale.
Les Incas ont développé des systèmes agricoles innovants, encore utilisés aujourd’hui.
L’agriculture en terrasses, visible à Pisac ou à Moray, permet de simuler des microclimats et d’acclimater différentes espèces végétales - plantes, fruits, légumes - venues, à l’époque, des quatre coins de l’Empire. Moray est construit comme un amphithéâtre. Ce véritable laboratoire botanique à ciel ouvert impressionne par la précision de ses cercles concentriques qui créent des écarts de température favorables à une culture diversifiée. On compte 15 degrés d’écart entre la plus haute et la plus basse terrasse, comme dans nos serres modernes… correspondant à l'écart naturel existant entre les terres cultivées au bord de la mer et les terrasses d’altitude. Le site aurait été construit pour étudier l’influence de l’altitude, de l’hydratation et l’ensoleillement sur les différentes cultures, dans le but d’améliorer la production de l’ensemble de l’Empire inca.

"Aux salineras de Maras, on se croirait sur une autre planète !"
À une quarantaine de kilomètres de Cusco se trouvent également une merveille d’ingénierie préinca : les Salineras de Maras. La légende raconte que les Salineras de Maras seraient nées des larmes versées par un dieu inca, enfermé dans une montagne par ses propres frères, impressionnés par sa force démesurée. Ces larmes, ruisselant à flanc de montagne, auraient donné naissance à ce lieu unique. Maras est bien plus qu’une saline, c’est un lieu vivant, et même bouleversant, où les techniques ancestrales sont perpétuées et où la terre offre généreusement ses trésors.
Perchées à plus de 3100 m d’altitude, ces salines sont composées de milliers de bassins à flanc de montagne, créés pour extraire le sel d’une source d’eau souterraine hypersaline. Ces bassins rectangulaires, les pozos, sont construits en pierre et en argile, et travaillés de génération en génération. Fleur de sel, sel rose et sel médicinal... Les familles de Maras et de Pichingote perpétuent la production ce sel artisanal, réputé dans le monde entier.
Le processus est précis : un vaste réseau de canaux miniatures alimente les bassins en eau salée, qui s’évapore sous le soleil et le vent andins pour laisser place à des cristaux de sel. Les bassins sont immergés jusqu’à une hauteur d’environ 3 centimètres tous les trois jours, et ce, pendant un mois. Après une dizaine d'arrosages, deux qualités de sel sont récoltées : celui destiné à la consommation humaine (sur la partie supérieure) et le sel industriel (en contact avec l’argile, au fond du bassin). Près de 200 tonnes sont extraites chaque année de cet incroyable assemblage d’alvéoles.
Au Pérou, la terre vibre, frissonne, bouillonne...
Un festival de découvertes et d'émotions, avant même d'avoir rencontré la reine incontestée ! Perché à plus de 2430 m d’altitude, le Machu Picchu demeure le joyau le plus éclatant de l’Empire inca. Découvert en 1911 par l’archéologue américain Hiram Bingham, cette « cité perdue » dans les hauteurs de la cordillère des Andes fascine par la majesté de ses constructions. Considérée comme l’une des sept merveilles du monde moderne, elle accueille chaque année des millions de visiteurs en quête de mystères et de spiritualité.

"L’arrivée au Machu Picchu est majestueuse. Il y a des ondes en ces lieux, dans les pierres."
La cité se confond avec le paysage, en parfaite harmonie avec les montagnes environnantes. Pour atteindre ce trésor sacré, plusieurs jours de transport ou de trek sont nécessaires. Les paysages traversés, en train ou à pied, sont majestueux, baignés de temps à autre dans un brouillard mystique. Le mystère de sa fonction reste entier : résidence royale ? Centre religieux ? Cité de repli pour les Incas face aux invasions ?
Peu importe la réponse, le Machu Picchu symbolise l’âme du Pérou, un lieu légendaire où l’on sent encore la présence des anciens, la force des rituels et où chaque pierre murmure l’histoire de ceux qui l’ont bâti… Divisé en deux zones principales, ce sanctuaire est un témoignage poignant du savoir-faire inca en matière d’ingénierie, de construction et de respect de la nature. La zone urbaine, avec ses temples et ses habitations, est séparée par un immense mur de la zone agricole, où s’étalent plus de 700 terrasses. Je me suis surprise à zoomer sur de minuscules détails fascinants, chaque pierre semblant avoir été placée avec une minutie extraordinaire. Au cours de mon voyage au Pérou, je n’ai cessé de ressentir cette spiritualité qui anime les Péruviens au quotidien.
Voyager au Pérou, c’est aussi faire une rencontre singulière avec Pachamama, la Terre mère.
Vénérée depuis des siècles par les peuples andins. Elle est source de toute vie, respectée et honorée pour les dons qu’elle fait à son peuple. L’agriculture, la pêche, l’élevage : tout provient de la générosité de la Terre, dont les Péruviens ont su préserver l’équilibre fragile. Mon guide péruvien m’a confié ces mots : "le jour où nous comprendrons que nous sommes tous habitants de la même terre, peu importe où nous sommes, c’est alors que nous commencerons à respecter la Terre comme elle le mérite vraiment."
Ce lien spirituel avec la nature rappelle à chacun que la Terre était là bien avant nous et restera après nous. Respecter Pachamama, c’est honorer la vie elle-même… Et c’est peut-être la plus grande leçon qu'offre un voyage au Pérou !
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