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L'enfant et l'altitude

Les enfants ne sont pas des adultes miniatures ! Ils sont beaucoup plus sensibles aux effets de l’altitude, de la pression atmosphérique, de la raréfaction de l’oxygène, du soleil et du froid... et ne maîtrisent pas la bonne gestion de leurs efforts et la compréhension de certains symptômes. C’est donc à nous, adultes, de les observer, comprendre leurs besoins, leur apprendre les bons comportements et adapter leur équipement pour éviter les petits et grands incidents propres à la montagne. Questions à Gérard Guerrier, guide-accompagnateur.
randonnée alpes parent enfant

Comment réagissent les enfants face au froid et aux variations de température ?

En montagne, gérer son effort et marcher à un rythme régulier sont une nécessité... mais ce sont des règles bien abstraites pour les enfants, qui aiment aller vite, surtout s’ils ont froid et cherchent à se réchauffer. Pour éviter toute chute brutale de leurs ressources énergétiques, il est important de modérer leur rythme. Il faut pas oublier par ailleurs que, avec une surface corporelle comparativement inférieure de moitié à celle des adultes et une couche de graisse beaucoup plus mince, les enfants sont naturellement mal isolés contre les températures extérieures et se refroidissent vite, en particulier aux extrémités. La tête, les mains et les pieds doivent être bien protégés tout en évitant de “momifier” l’enfant, notamment dans les montées. Le principe étant de couvrir et découvrir vos enfants en permanence, en observant le moindre changement de rythme, de météo, les signes de fatique, plutôt que vos propres sensations.

Les enfants sont-ils plus vulnérables au soleil que les adultes ?

En altitude, les effets du soleil sont multipliés, non seulement parce que ses rayons sont moins filtrés, mais parce que 85 % d’entre eux sont renvoyés par la neige. Or, avec un épiderme aux tissus encore peu pigmentés qui filtrent mal le rayonnement solaire, et de larges pupilles qui captent davantage de lumière, un jeune enfant reçoit jusqu’à cinquante fois plus d’UVA qu’un adulte ! Pouvant provoquer brûlures sévères et dommages oculaires importants, cette vulnérabilité au soleil mérite quelques aménagements dans la panoplie des jeunes montagnards : port systématique de chapeau ou bonnet, vêtements à manches et jambes longues qu’il fasse froid ou chaud, protection solaire d’un indice supérieur à 30 et lunettes de bonne qualité de classe 3, idéalement 4.

Quels sont les risques en cas de variation rapide de la pression atmosphérique ?

La gestion des changements de pression atmosphérique s’effectue par la trompe d’Eustache, qui s’ouvre peu chez les enfants. Lors de dénivelés importants et rapides comme les trajets en téléphérique ou en voiture, la différence de pression entre oreille interne, sinus et extérieur se traduit parfois par des douleurs ORL ou même des saignements. Accompagné de jeunes enfants, en particulier enrhumés, il faut donc éviter les montées et les descentes rapides sans possibilités d’arrêt et prévoir des étapes intermédiaires leur permettant de s’acclimater progressivement.

Quelles sont les précautions à prendre pour éviter le mal des montagnes ?

A partir de 13-15 ans, les capacités d’acclimatation à la haute altitude semblent équivalentes à celles des adultes, c’est-à-dire qu’elles dépendent de la condition physique et des sensibilités de chacun. En dessous de 13-15 ans, en revanche, les capacités pulmonaires sont trop faibles pour résister efficacement à la raréfaction de l’oxygène ; c’est pourquoi il est nécessaire d’être particulièrement vigilant à l’apparition de certains symptômes (maux de tête, vertiges, insomnies, nausées, etc.) dès 1 500 mètres d’altitude. A partir de 2 500 mètres, la vulnérabilité des enfants s’accroît, et il est préférable de ne pas les entraîner plus haut sans acclimatation rigoureuse. Bref, en montagne, l’enjeu est d’anticiper les risques plutôt que de soigner les bobos, les maladies et les blessures, qu’ils soient liés au soleil, au froid ou à l’altitude.

Les enfants et le mal aigu des montagnes (MAM)

Le MAM est l’un des risques les plus graves en montagne dès 1 500 mètres d’altitude. Soyez attentifs aux symptômes et, en cas de doute, n’hésitez pas à redescendre !

Vulnérabilité : présente chez tous le monde, accrue chez les moins de 15 ans.
Symptômes : maux de tête, somnolence, insomnies, nausées, fatigue générale, vertiges, troubles de l’équilibre... qui apparaissent après un délai de quelques heures en altitude.
Risques : du simple mal de tête (céphalée) au grave œdème cérébral ou pulmonaire. Fatal si le malade n’est pas redescendu rapidement.
Traitement : redescendre aux premiers symptômes !

Les seuils de risques pour les enfants et les adolescents

  • En dessous de 1 500 mètres : pas de précaution particulière.
     
  • De 1 500 à 2 500 mètres : pas ou peu de risque de MAM, mais modification des capacités respiratoires et des performances. Précautions classiques pour les jeunes enfants contre le froid, le soleil et la pression.
     
  • De 2 500 à 3 500 mètres : vulnérabilité face à la raréfaction de l’oxygène et premiers risques de MAM, avec seulement le tiers d’oxygène du niveau de la mer à 3 000 mètres. Acclimatation progressive nécessaire de 300 mètres par jour entre deux nuits pour les enfants, nuit complète sur place déconseillée pour les moins de 10 ans.
     
  • De 3 500 à 4 500 mètres : domaine de la haute montagne, risque de MAM. Convient seulement aux adolescents de plus de 12 ans acclimatés.
     
  • De 4 500 à 5 500 mètres : risque de MAM omniprésent. Convient uniquement aux adolescents de plus de 15 ans bien préparés et ayant suivi un protocole d’acclimatation rigoureux.
  • Au-delà de 5 500 mètres : zone de haute dangerosité où la vie permanente est impossible. Ne convient ni aux enfants ni aux adolescents.