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L'altitude sans brûler les étapes

Si l’altitude attire, elle reste définitivement une (belle) inconnue. Et pour cause : la diminution de l’oxygène, l’air plus sec, les températures en dents de scie (de + 40° à – 30°), les rayonnements solaires excessifs ou le mal aigu des montagnes (MAM) sont (quasi) impossibles à anticiper !
cordillère blanche pérou ascension alpiniste

Lors d’une ascension, il faut garder cette règle à l’esprit : “ne pas grimper trop vite” et “monter haut et dormir bas”, et savoir que les vieux adages font toujours recette. D’ailleurs, le “connais-toi toi-même” cher à Socrate pourrait être le meilleur conseil (de guide) avant d’aller tutoyer les sommets. “L’aspect psychologique est prépondérant sur le physique”, confirme le guide de haute montagne Paul Bonhomme. 

Quelles règles observer en altitude ?

Que l’on parte pour un trek ou pour un sommet de 8 000 mètres, il est nécessaire de fonctionner par pallier. On peut considérer qu’au-delà de 4 000 mètres d’altitude, 500 mètres de dénivelée par jour sont un grand maximum. La règle principale est de ne pas brûler les étapes. Sur un trek, il ne faut pas voir trop grand, quitte à préférer des étapes moins difficiles que ce que l’on aurait fait habituellement. Surtout ne pas se mettre trop la pression, mais s’écouter, essayer d’anticiper le moindre “bobo” : un mal de dents ou une très légère entorse prendra une ampleur considérable en altitude ! L’écueil fréquent est de ne pas dire lorsque cela ne va pas. Il faut, au contraire, ne pas garder le mal pour soi, parler à son entourage. Ce qui permet d’anticiper le gros problème... celui qui oblige tout le monde à redescendre !

La marche en altitude nécessite-t-elle une préparation ? 

Il faut, surtout, prendre en considération l’état psychologique. Cet aspect pêche souvent dans la préparation. Beaucoup sont prêts physiquement - voire trop - et négligent l’aspect psychologique (pression, contrariétés, angoisses, etc.) avant le départ. Une fois en haut, ils ne comprennent pas pourquoi ils sont chamboulés, pourquoi ils perdent leurs moyens... En vue d’une marche en altitude à l’étranger, gardez aussi à l’esprit que le voyage en avion, la “redescente” au niveau de la mer et le fait d’être confronté à la nourriture locale ne garantissent en rien une préparation physique, même excellente, faite en Europe.

Vous avez tenté cet automne l’ascension du Dhaulagiri (8167 mètres) : quels sont les réflexes qui facilitent l’acclimatation ? 

Pour m’inciter à m’hydrater, je glisse tout simplement un peu de vitamine C dans l’eau pour lui donner du goût. Je garde toujours de l’aspirine à portée de main, qui a l’avantage de fluidifier le sang et constitue un bon truc pour éviter le mal de crâne. Attention toutefois à ne pas en abuser ! l’aspirine peut devenir problématique en cas de plaie. Côté nourriture, je n’hésite pas à m’alimenter... même quand cela ne va pas.

Petit lexique de l’altitude

Acclimatation : temps que requiert l’organisme pour s’habituer à la diminution de la pression atmosphérique.

Caisson hyperbare : enceinte en matériau flexible mise en pression à l’aide d’une pompe, dans laquelle est placée une personne atteinte du mal aigu des montagnes.

Hypoxie : diminution de la quantité d’oxygène dans les tissus.

Mal aigu des montagnes (ou MAM) : pathologie la plus fréquente en altitude, qui se traduit par de violentes céphalées, des troubles visuels, digestifs ou du sommeil, des sensations de vertige ou des palpitations cardiaques pouvant entraîner un œdème pulmonaire ou cérébral. Le MAM ne se “soigne” pas : il se gère par caisson hyperbare, évacuation et redescente. En savoir plus