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Haute montagne : préparation psychologique

En haute montagne, l’altitude, le froid, la versatilité du terrain, l’isolement et l’immensité sont autant de facteurs qui attirent, mais génèrent parfois une angoisse diffuse. Didier Mille, guide de haute montagne, responsable de la destination Asie chez Allibert, fait le point sur ce qu’il faut savoir avant de s’engager dans l’aventure...
alpiniste sommet mont blanc

Pourquoi la haute montagne ne s’aborde-t-elle pas comme une sortie classique ?

En haute montagne, la progression se fait hors sentiers, les terrains sont souvent délicats, l’altitude change le rapport au corps et à l’effort. Autonomie et vigilance constante sont les mots d’ordre. Evoluer dans un milieu hostile ne s’aborde pas à la légère, ni sur le plan physique, ni sur le plan psychologique.
 

Quels sont les facteurs psychologiquement les plus perturbants ?

Sans doute l’altitude : personne ne peut prévoir comment son corps réagira au-delà de 2 000 ou 2 500 mètres. Le fameux “mal des montagnes” peut frapper n’importe qui. Maux de tête vomissements induits par le manque d’oxygène, il ralentit les réflexes et modifie les capacités d’endurance et de performance. Autant de facteurs de stress.

Autre facteur angoissant  : se retrouver dans un lieu isolé où l’on ne croise personne, où l’infrastructure est inexistante et où l’autonomie est la règle. Cet aspect doit être pris au sérieux, d’autant que ce qui peut provoquer une certaine euphorie les premiers jours peut se révéler traumatisant si le séjour se prolonge.

On peut également évoquer la marche de nuit…

En haute montagne, on part vers 2-3 heures du matin afin de bénéficier des meilleures conditions météo, rentrer tôt au refuge et éviter les orages d’altitude, fréquents en fin de journée. Or, marcher lorsqu’il fait nuit peut se révéler très angoissant à cause du manque de visibilité du terrain... mais aussi tout simplement frustrant du fait de l’impossibilité de profiter immédiatement du paysage. Une bonne récupération — et donc une bonne nuit ! — est donc indispensable pour garantir condition physique et solidité mentale.
 

Quelle est la meilleure façon de faire ses premiers pas en haute montagne ?

Pour réduire les risques et connaître progressivement ses capacités, ses envies et ses limites, l’idéal est de commencer par des expéditions techniquement faciles, de courte durée, dans des zones fréquentées. Il est en effet plus facile de rebrousser chemin, d’attendre le groupe au refuge ou, dans les cas extrêmes, de se faire rapatrier par hélicoptère dans les Alpes qu’en Himalaya !

Les règles de la sérénité

Etre accompagné par un professionnel 

  • ne jamais partir seul
  • se méfier du phénomène d’entraînement de groupe
  • rester humble face à ce milieu à la fois passionnant et hostile 

Veiller à son hygiène de vie au quotidien

  • arrêter de fumer (ou ne pas commencer !), éviter l’alcool et manger équilibré
  • entretenir sa condition physique
  • éviter les certitudes sur ses capacités d’endurance (en haute montagne, l’effort est très différent par rapport à la plaine ou le sentier) 

Choisir un équipement adapté

  • se faire conseiller par un professionnel
  • veiller à la qualité de ses sous-vêtements, trop souvent négligée
  • se rappeler que le bon équipement n’est pas le sur-équipement

Connaître le terrain

  • consulter des ouvrages pour se familiariser avec cet environnement
  • lire les topos-guides pour connaître la nature et les dangers du terrain
  • la veille, arriver tôt au refuge pour reconnaître le début du parcours (par exemple la première heure de marche)
  • pendant la marche d’approche, visualiser le parcours
  • prendre en compte la saison et les conditions météo
  • ne pas s’appuyer sur d’autres expériences, même récentes : la haute montagne change rapidement, notamment les glaciers